IV INTRODUCTION
ques, a pris place dans des livres graves, et pénétré jusque dans les manuels mis aux mains de l'enfance. Il est temps de mettre fin à ce martyre posthume, in- . fligé depuis trois siécles au saint évéque.
Puis, en ces jours d'agitation maladive, où l'on ne sait si la France finit ou recommence , il n'est pas inopportun de remettre sous les yeux l'image de l'un de ces vieux pontifes qui l'ont faconnée, comme un essaim pétrit le miel dans une ruche ?. Il est bon, en ces jours de molle et timide langueur où l'énergie chrétienne s'énerve, de montrer qu'un prétre de Dieu, la main sur l'Évangile, peut mourir, mais défaillir, jamais *; il est bon d'évoquer de la tombe une voix de plus qui nous dise : Lutte pour la justice et le salut de ton âme ; pour la justice bats-toi jusqu'à la mort, et Dieu pour toi renversera tes ennemis À. |
Pour mieux saisir et coordonner les événements qui se pressent autour de Léodégar, et avant d'entrer dans l'intérieur de cette monographie, il nous a semblé nécessaire de dessiner le fond de scène et de présenter quelques vues générales et préliminaires sur le septième siècle et les grandes choses d'alors, la Papauté, l'Episcopat, le Monastère et les Saints qui, par légions, remplissent une mission dont l'importance considérable mérite quelque attention. |
* On lit dans une Histoire de France racontée aux enfants, par M. Lamé- Fleury, t. 1, p. 101 : « Un gentilhomme bourguignon, nommé Léger, qui était un homme altier et turbulent , et par-dessus tout l'ennemi déclaré d'Ébroin..., se jouait de tout ce qu'il y avait de plus sacré. »
* Gibbon, Cf. Vit. S. Etton., Boll. x jul. Confluebant quotidie velut ad alvearia apes assiduz, insignes christianze ductores militie beatus Amandus, sanctus Ursmarus, etc. Vita S. Audoen. posterior. , n. 7, Boll. xxw aug.
3 Sanct. Cyprian., Epist. 59.
4 Pro justitia agonizare, pro anima tua; et usque ad mortem certa pro justiia, et Deus expuguabit pro te inimicos tuos. Eccli , 1v, 33.
INTRODUCTION, v
Peut-étre semblera-t-il ambitieux d'ouvrir la vie d'un saint inconnu par une revue du monde. Nous trouverions plns babile et plus commode assurément d'éviter ce préambule embarrassant et souvent oiseux des monographies, pour aller droit en avant , emportant rapidement le lecteur en des voies inexplorées, ouvrant autour de lui des horizons inattendus, éclairés d'une lumiére toujours nouvelle à mesure que le champ se déploie.
Mais comment se jeter brusquement en plein septième siècle, avec des noms oubliés et un grand homme à peu prés inédit? Qui a oui parler de notre saint martyr et de son époque, plus méconnue et plus injustement traitée que lui? Les six premiers siécles ont trouvé grâce. Les âges postérieurs à Charlemagne ont été successivement réhabilités. Quant aux cent et quelques années qui séparent Grégoire-le-Grand deCharlesle-Grand , il est convenu de n'y voir qu'un chaos qui se débrouille dans une ombre épaisse, et méme pour plusieurs, c'est le début fatal d'une longue décadence, le commencement de mille ans de barbarie *.
Cependant la restauration catholique de l'histoire doit reprendre son œuvre au septième siècle, première victime de la conspiration ourdie dans l'histoire depuis trois cents ans contre la vérité.
! Ce système est naivement résumé dans ce mot de M, Daunou : « L'antiquité , quoi qu'on en dise, n'offre point d'exemple d'un joug aussi accablant que celui qu'imposaient à nos misérables aieux tant d'institutions despotiques, militaires, féodales, sacerdotales, monastiques, scolastiques, imaginées ou perfectionnées depuis le 6* siècle de l'ére vulgaire jusqu'au 14°, » (Garant. indiv., p. 139.) Ceci s'écrivait vers l'an 1 de l'ére de la liberté, et, quoi qu'on dise de l'esclavage et de tout le paganisme , il n'y avait pas d'appel contre cet arrét , grâce aux garanties individuelles octroyées par M. Dauuou ct ses co. législateurs,
v] INTRODUCTION.
En attendant d'autres architectes qui travaillent sur un plus vaste plan, nous apportons comme pierre d'attente, une Vie de Saint, quelques faits peu connus, trois ou quatre piéces nouvelles que de longues recherches nous ont fait rencontrer ; bonne fortune inespérée, mêlée à de chers souvenirs, dernier et décisif motif de tout ce travail '.