PRÉFACE
que langue moderne. Je n'entends pas dire qu'elle ne se compose que de motsTÎeilUsoa tout a fait hors d'usage ;
il est certain au contraire que la plupart de ceux qu'on y rencontre subsistent encore maintenant. Mais ces mots, qui ont traversé six cents ans pour venir jusqu'à nous» ont rarement consenri le même sens et la même or* thographe ; ils se présentent souvent dans un ordre qui ne nouà est plus familier, quelquefois sans être escor* lés des articles ou des pronoms qui en sont aujourd'hui presque inséparables : tout cela suiBt pour qu'une phrase qui, prise en dëtaily semble n'offrir aucune difficulté, reste dans son ensemble obscure ou inintelligible.
Il n'en faut pas dayantage pour expliquer comment il se fait que dans un temps où la curiosité historique
est si vi\e, l'histoire la plus digne de piquer cette curiosité reste encore, corarae au siècle dernier, reléguée dans le domaine solitaire de l'érudition. Le moment n'est-il pas Tenu de l'en faire sortir, et de la produire enfin au grand jour? N'y a-t-il .pas un grand nombre de personnes qui saisiront avec empressement Toccasîon délire une vie de saint Louis écrite par un homme qui a passé de longues ^nëes dans Tintimité de ce grand roi, qui l'a connn mieux peut-être qu'aucun de ses contemporains, et qui a laissé de cette beUe et sainte figure un portrait frappant de vérité? S'il était possible d'imaginer que Joinville lui-même pût reparaître au milieu de nous, et nous raconter tout ce qu'il a vu d'un siècle si éloigné et si différent du nôtre, tous n'accourraient-ils pas, avides d'entendre le plus sincère et le mieux informé des témoins? S'ils ne pou- '*'iiitnt comprendre son antique langage, s'il fallait pour
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PRÉFACE. iU
oomuiltre 1* Téritér^eourir àim iaterpirtoiiitme inluK bile, ne s'y résigneraient-ik pts idnût que de laisser
échapper une telle occasion de s'instruire? Hé bien, ce que l'on ferait pour entendre Joinville nous parler de saint Lonis et du treixième siède, il faut le fair» pour lire son admirable bistoire; car en la lisant on entendra réellement ce vieux chevalier racontant tout ce qu'il sait de son bon et saint roi Louis.
Voilà pourquoi je me suis décidé à faire Toffice d'ia» ierprète, tout incapable que je sois de bien remplir une lâche dont j*ai appris par expérience à connaître toutes les difficultés. Je ne me flatte pas d'avoir réussi à le mettre à la portée de tous sans lui rien ôter de la grâce naife de son style; et je n'ai point cherché à offrir an lecteur un texte accommodé à notre goût moderne, en remédiant aux négligences et aux imperfections de la langue d'autrefois. J'aurais pu assurément le tenter sans y perdre tous mes efforts. Mais c'eût été un triste succès que de travestir ainn Joinville sous la faune âéganoe d^nne telle traduetion. J'aime bien mieux paraître plus inhabile encore que je ne suis, et laisser dans mon texte des phrases mal tournées et des expressions triviales ou mémo incorrectes. On y trouvera la preuve que j'ai respecté le langage de Joinville toutes les fois qu'il n'était pas nécessaire de le changer pour le rendre intelligible.
Ce que je n'ai point hésité à transformer radicalement, ^est rorthographe ancienne, qui ne pouvait être bonne à rien dans une édition destinée à tous les leo» leurs excepté aux érudits. Je ne crains pas d'ailleurs qu'on me blâme d'avoir sacrifié un détail si peu essentiel dans la langue de Joinvill^i et d'y avoir intro-
dilit VcHrdiQgraphe nsnelk, «slaqMUdiMen des lao*
teiirs méconnaîtraient les mots qui leur sont le pins familiers. Je n'ai point hésité non plus à remplq,cer par •d'antres expressions celles qui ont définitivement disparti de nos dictionnaires. Mais fallait-il maintenir toutes celles qu'on y trmnre eaeore, quoiqu'elles ne soient plus en usage ; ou changer au contraire tout ce qui s'écarte des habitudes actuelles? Je ne me suis fsqposé de suivre absolumei^ m Tun ni Tautre sja* tàme; j'ai plutAt essayé de garder entre oea deni es*trémes une certaine mesure : c'est à mes lecteurs qu'il appartient de décider si j'y ai réussi.
Ge texte qui dans la forme extérieure difière à oei^ tains ^aids, et le mmns possible pourtant, dn teite original y le reproduit au fond avee une senipuleuse exactitude. J'ai pris pour guide T excellente édition publiée par M. Dauuou en 1840, dans le vingtième volume du Recueil des bistoriens de France; il n'y en a pas qui représente phis fidèlement le texte du plus ancien manuscrit, avec les variantes que fournissent les premiers éditeurs et le volume connu sous le titre de manuscrit de Lucques^ Mon savant ami, M. Jules Marion, qui prépare, pour la Société de Tlnstoîie de France, une édition de J<nnville destinée aux thmoK* d'érudition, s'est assuré par une collation attentive ^ue
1. J'ai iait rarement usage de aés variantes, et àloisseulement i|a*cUes étaient nécessaires pour la clarté; mais j'ai cm inutile . Âa avertir le lecteur : de tels détails ne doivent être signalés qqe dans une édition critique. Je me contente d'avertir ici quo moa texte, presque toigours calqué sur le manuscrit 13 668 de la BiUiothèquè impériale, ne s'bppnie ^ue tràs-rarement sur Ut leçous du manusorit de Lucqàes (n** 10148 et 10