PRÉFACE
le 4axte donné par M. Daunoa est irréproebable, k dm oatrok ttMê ftèAf qu'il a bien veuln me sign»* 1er. J'ai profité en outre des notes des eommeii^ai*
res qui éclaîrcissent presque toutes les difGcuItës biatoriquee et la plupart des obscurités que peut oâiir le sens. J'étais bien jeune encore lorsque je voyais :M. Dannon consamr les loieirs de son aetive vieilh$8lBe à ce travail, qui est un modèle, et dont jè ne songeais pas alors que je pourrais un jour tirer un tel profit.
Je dois aussi remenâer tous ceux qui ont bien voulti in'aider de leurs odnseils^ à Tlnstitat, à la Bibliotiièque Impériale et ailleurs; maïs îl est plus convenable que je m'abstienne de les nommer, sachant d'avance que mon travail est trop imparfait pour ne pas m'imflfifser de la discrétion dans ma reconnaissance. Eosséje miens réussi, je devrais m'attendre encore à beau-» coup d'objections. On me dira, et non sans raison, que je publie un texte qui n*est d'aucun temps, et Mfia désavoueront tous les admirateurs de Joinville* J*aeceptd cette critique, je me Tadresse & moi-même «t je la proclame d'avance. Mais ce n'est ni pour la gloire de Joinville, ni pour la satisfaction de ses rares admirateurs que je publie ce petit volume; c'est dans rintérét de eenx qui ne Tadmirent pas encore, ou qui ne l'admiretft que inr piarole. Bs apprendront, dans une certaine mesure, à l'admirer en connaissance de cause, s'ils lisent un livre où se retrouvent, sous une forme moins obscure pour eux, la plupart de ses qualités» Il ne Vagit pas, en effet, d'une œuvré purement litté^ rairè, où la forme soit toujoun nécessaire pouriRtIre 7aloir le fond. Tout en regrettant de n'avoir pu conserver ce que Joinville, dans son vieux et bardi lan-
Vi PRÉFACB.
gage, oommunique de grâee à sas eauflories, de Irai* cheur à ses peintures et du momment à ses drames,
j'ai du moins la consolation de penser que la véiitc historique subsiste, dans son intégrité. A elle seule, elle fera en même temps et le yif attrait et la haute utilité de ce livre.
Oui, j'en suis convaincu, malgré les défauts que j'y ai pu mettre, ce livre plaira même à ceux qu'a blasés la lecture malsaine des romans, parce que le grand drame de la croisade leur mettra sous lee yeux des scènes plus émouvantes dans leur réalité que les vaios mensonges dont se repaît leuriraagination.il instruira ceux-là même qui se fl altent de connaître à fond le moyen âge, el qui dan s Taveuglement de leur passion ou la préoccupation de leur système, sont toujoura entraînés à l'exalter ou à le rabaisser outre mesure. Qu'est-ce que cette vérité artificielle et incomplète que les historiens modernes découvrent à grand'peine ou acceptent sans cent rôle, au milieu des erreurs qui robscurcissent et la dénaturent, en comparaison de cette pleine lumière que répandent à grands flots lee récits de Joinville? Ce n'est pas un livre écrit à tête reposée, et qui trahisse nul part l'étude ou le calcul; c'est une longue déposition dictée et comme improvisée, depuis la première page j usqu'à la dernière, par un témoin qui s'abandonne au courant naturel de ses souvenirs. Si le même fait lui revient à la pensée, il vous le contera de nouveau, comme il s'inquiétera peu de répéter deux ou trois fois le même mot dans le cours d'une même phrase. Il ne s'agit pas pour lui d'être éloquent, mais de laisser parler sa mémoire, son cœur, son imagination, sa conscience surtout, d'oà
FRÉFAGB. . TU
la vérité jaillit comme de source. Il ne l'épargne à peisonnei pas même au dergé qa'û reepecte profim-> dément, ni au saint roi qu'il a tant aimé sur la terre
avant de le vénérer dans le ciel. Joinville a des saiDics de brusque franchise qui étonnent, et qu'on serait tenté de prendre pour des inconséqucDces^ si elles n'attestaient sa constance dans la sincérité. £n un mot, quiconque ne Ta pas lu neconnait véritablement ni saint Louis ni le treizième siècle. Son histoire est du petit nombre de celles qu'aucune autre ne peut remplacer^ et les meilleures ne sauraient apporter plus d'instruolion, mériter pins de confiance ni exciter plus d'intérêt.
Je n'applique point ce jugement à quelques passages qui, de l'aveu de Joinville ou à son insu, furent intercalés dans son livre, depuis le dernier alinéa du chapitre czxxiz jusqu'à la fin du chapitre cxLUi^ J'en ai signalé les véritables auteurs; ne les connût-on pas, il serait facile de voir que ces pages, quoique dignes de foi, ne ressemblent guère au reste de l'histoire. Partout ailleurs c'est bien Joinville qui parloi qui raconte ce qu'il a vu, et qui sait se faire écouter et croire.
Je termine en rappelant les époques principales de sa rie. Jean, sire de Joinville, sénéchal de Champagne, naquit vers 1224, deux ans avant l'avènement de saint Louis. En 1241, il assistait à la cour plënière tenue à Saumur par le roi de France, dont le frère, Alfonse comte de Poitiers, venait d'être armé chevalier. Joiu-
1, Cette division par chapitres manque dans les manuscrits et les meilleures éditions; j'ai cru nécessaire de l'établir pour la commodité du lecteur et pour ia clarté des citations.