‹ Histoire de saint Louis (volume 2)Chapitre 114 sur 126 · CXXXVI. — Autres exemples de la fermeté et de la justice · texte numérisé non relu

CXXXVI. — Autres exemples de la fermeté et de la justice

de saint Louis.

11 advint depuis que nous fûmes revenus d'outremer que les moines de Saint-Urbain élurent deux abbés ; l'évêque Pierre de Châlons (que Dieu absolve I) les chassa tous deux, et bénit pour abbé monseigneur Jean de Hymeri , et lui donna la

crosse . Je ne le voulus paa recevoir paroe ^u'iUvait

lait tort à Tabbé Geoffroy, qui avait appelé coniare lui et était allô i Rome. Je iim tant Tabbaye m mes mains que ledit Geoffiroy -emporta la^croase^ «tqueflelui-là la perdit à ^ui T^vêque l'avait donnée; et tandis que ta. contestation durait, Tévéque me fit excommunier. C'est pourquoi il y eut, à lin parlement qui se tint à Paris, grande guereUe entre moi et Tévêque Pierre de Flandre et la coish tesse Marguerite de Flandre et Tarchevéque de Reims, qu'elle démentit, k rautre parlement <pû vint a^rès, tous les prélats prièrent le roi qu'il vint leur parler tout seuL Quand ilrevinstde parler aun prélats, il vint à nous, qui Tatteodions daas la chambre du palais , et nous dit tout en riant le tourment qu'il avait eu avec les prélats^ doiiÉ le premier fut tel, que rarchevéque de fieims.avait dit au roi : « Sire, que me ferez-vous pour la garde de Saint-Remi de Reims que vous m'enlevez ?

Car je ne voudrais pas avoir [sur la conscience] un péché tel que vous Tavez, pour tout le royaume de franco* — Par les reliques qui sont céans % fit te roi, vous en feriez autant pour Ctompii^e, à cause de la convoitise qui est en vous. Or, y a-t-il là un paquie j — L'évéquede iSbartoes mm nequil^

1. n ^«git ta Mliqafi» ée la Mfea qÉi iétasMit à la te^ Chapelle.

fit le roi,que je lui fisse rendre ce que je retenais du sien. £t je lui dis que je ne le ferais pas jusques à tant que mon dû fût payé. Et je lui dis qu'il m'avait fait hommage ses mains dans les miennes^ et qu'il ne se conduisait ni bien ni Icyalement envers moi quand il me voulait déshériter. — L'évéque de Chàions me dit, ût le roi ; Sire, que me ferez-vous au sujet du seigneur de Joinville qui enlève i ce pauvre moine l'abbaye de Saint-Urbain ? — Sire évéque, fit le roi, vous avez établi entre vous qu'on ne doit entendre en cour laïque aucun excommunié ; et j'ai vu par une lettre scellée de trente-deux sceaux que vous êtes excommunié.

C'est pourquoi je ne vous écouterai pas jusques à tant que vous soyez absous. » Et je vous montre ces choses parce qu'il se délivra tout seul par son bon sens de ce qu'il avait à faire.

L'abbé Geoffroy de Saint-Urbain, après que je lui eus fait sa besogne, me rendit le mal pour le bieUi et appela contre moi. Il fit entendre à notre saint roi qu'il était en sa garde. Je demandai au roi qu'il fit savoir la vérité sur ce point» si la garde était sienne ou mienne. « Sire, fit l'abbé, vous ne ferez pas cela, s'il plait à Dieu; mats retenez-nous en ordonnant qu'il soit plaidé entre nous et le seigneur de Joinville ; car nous aimons mieux avoir notre abbaye en votre garde qu'en la garde de celui ï qui est l'héritage. » Alors le roi me dit : «Disent-

HISTOIRB

ils vrai, que la garde de Tabbaye est mienne ? — Certes, Sire, fis-je, elle ne Test pas, maïs elle est ' mienne. > Alors le roi dit : « Il peut bien être que rhéritage soit vôtre, mais que vous n'ayez aucun

droit à la garde de cette abbaye. Mais il faudra si vous le voulez [dit-il à l'abbé], et selon ce que vous dites et selon ce que dit le sénéchal, qu'elle demeure ou à moi ou à lui. Je ne laisserai pas, pour ce que vous en dites, d'en faire savoir la vérité ; car si je le mettais dans l'obligation de plaider, je lui ferais tort à lui qui est mon Homme S en mettant son droit en plai loierio, duquel droit il m'offre do faire savoir la vérité clairement. > Il fit savoir la vérité, et la vérité sue, il me délivra la garde de Tabbaye et m'en bailla ses lettres. *

CXXXYII. — Amour de saiat Louis pour la paix.

Il advint que le saint roi négocia tant que le roi d'Angleterre, sa fenmie et ses enfants vinrent en France pour triûter de la paix entre lui et eux. Les gens de son conseil furent très-contraires à

4 . Ce passage prouve qa» Joinville était devenu l*homme ou It vassal de saint Louis, ce qu'il n'dtait pas avant la croisade (voy.

celle paiiS eiils lui disai^t ainsi : < Sire, nous

nous émerveillons beaucoup que votre volonté sait teile^que vous vouliez donner au roi d'Angle* terre une « grande partie de votre terre» que vous et vos devanciers avez conquise sur lui, et à cause de leur forfaiture. D'où il nous semble que si voits croyez que vous n'y ayez pas droit, vous ne faites pas bonne restitution au roi d'Angleteme quand vous ne lui rendez pas toute la conquête que vous et vos devanciers avez faite ; et si vous croyez que vous y ayez droit, il nous semble que vous perdez tout ce que vous lui rendez. » A cela le saint roi répondit en telle manière : « Seigneurs , je suis

certain ([ue les dcvanciei\s du roi d'Angleterre ont perdu tout à fait justement la conquête que je tiens; et la terre que je lui donne, je ne la donne pas coQime chose dont je sois tenu à lui ou à ses héritiers, mais pour mettre amour entre mes enfants et les siens, qui sont cousins germains. £t il me semble que ce que je lui donne je Tem* ploie bien, parce qu'il n'était pas mon homme, et qu'il entre par là eamon hommage. >

Ce fut l'homme du monde qui se travailla le plus pour mettre la paix entre ses sujets, et spécialement entre les riches hommes voisins et les princes du royaume, par exemple entre le comte

I. Voy. élÊÊip. m. Oe tnilé d» psHfi^'mmMn es fM^ tifiéien 1359.

de ChàloDi oocle du seigneur de JoinvUle, et son fib le comte de Bourgogne % qui avaient grande guerre quand nous revînmes d'outre-mer. fit pour faire la paix entre le père et le fils, il envoya des gens de son conseil en Bourgogne, et à ses dépens ; et par ses soins la paix se fit entre le père et le fils. Depuis, il y eut une grande guerre entre le roi ïlùi)aut de Champagne deuxième du nom, et le comte Jean de Ghftlon, et le comte de Bourgogne, son lils, pour Tabbaye de Luxeuil. Pour apaiser cette guerre, monseigneur le roi y envoya monseigneur Gervaise d'Escraines^,qui alors était maitre queux de france; et par ses soins il les réconcilia.

Après cette guerre , que le roi apaisa^ survint une autre grande guerre entre le comte Thibaut de Bar et le comte Henri de Luxembourg, qui avait pour femme la sœur de Thibaut; et il advint ainsi qu'ils combattirent l'un contre l'autre près de Piney, et le comte Thibaut de Bar fit prisonnier le . comte He^nri de Luxembourg, et prit le château de Linay, qui était au comte de Luxembourg de par sa femme. Pour apaiser cette guerre, le roi envoya monseigneur Pierre le chambellan , l'homme du

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