XII. — Comment saint Louis rendait la justice
Le roi n'oublia pas cet enseignement, mais gouverna sa terre bien et loyalement et selon Dieu, * ainsi que vous l'entendrez ci -après. Il avait sa besogne réglée en telle manière que monseigneur de Is'esle* et le bon comte de Soissons% et nous autres qui étions autour de lui, qui avions ouï nos messes, allions ouïr les plaids de la porte qu'on appelle
1. Simon, sire de Nosle, qui fut run des régents du royaume pendant la seconde croisade de saint Louis.
2. .lean II de Nesle, dit le Bon et le Brgiie, comte de SoissOHS ie 12J7 ii \2'ti}. il était cousiu germain de Joinville.
maintenant les requêtes. Et quand il revenait de réglise, il nous envoyait quérir, et s'asseyait au pied de son lit et nous faisait tous asseoir autour de lui, et nous demandait s'il y en avait aucuns à expédier qu'on ne pût expédier sans lui; et nous les lui nommions, et il ordonnait de les envoyer quérir, et il leur demandait : « Pourquoi ne pre«nez-Yous pas ce que nos gens vous offimt? > Et ils disaient : « Sire, c'est qu'ils nous oûrent peu. » £t il leur disait ainsi : « Vous devriez bien prendre cela de qui voudrait vous Voftm. > Et le saint homme s'elDorçait ainsi, de tout son pouvoir, de les mettre en voie droite et raisonnable.
Maintes fois il advint qu'en été il allait s'asseoir au bois de Vincennes après sa messe, et s'accotait à un chêne ; et nous faisait asseoir autour de lui. £t tous ceux qui avaient aûaire venaient lui parler sans empêchement d'huissier ni d'autree gens. Et alors il leur demandait de sa propre bouche : « Y a-t-il ici quelqu'un qui ait sa pajrtie? » fit ceux qui avaient leur partie se levaient, et alors il disait : « Taisez-vous tous, et on vous expédiera l'un ajirès l'autre. • Et alors il appelait monseigneur Pierre de Fontaines et monseigneur Geoffrol de Yiliette*, et disait à l'un d'eux : « Ëxpédiez-moi cette pe!^A. ^
1« L^m est oéièbre eofome' jurisconsulte, r&utre Ait bailli d« Tours en 1261 et 1262.
Et quand il voyait qudque cboâe à amender dans les paroles de ceux qui pariaient pour antmi, luimême raiinendait de sa bouche. Je vis quelquefois en été que poor expédier ses gens» îl venait dans le jardin de Paris, vêtu d'une cotte de camelot, d'un • sttTCot de Uretaine sans manelies, un manteau de taffetas^ noir autour de son cou, très-bien peigné et sans coiiïe, et un ciiapeau de paonblauc^. sur sa léte.fit il £ufiaii étendre des tapis pour nous asseoir autour de lui ; et tout le peuple qui avait a£Èâre par-devant lui, se tenait autour de lui debout ; ei alocs il ks ÛLÎsait expédier de la maittère qwdje vous ai dite avant pour le bois de Yincennes.
XUL Saint £ottis repousse une demande injuste
des évâques.
Je le revis une a»tre fois à Paris, là où tous les
prélats de France lui mandèrent qu'ils vottiaient lui parler; et le roi alla au palais pour les onîr^ .
£t là était révèque Gui d'Auxerre^ qui fut iils de
r' 1. Je n'ai nen à dire du camelot et de la tiretainei ^.désignent encore .aujoord'hui des étoffes de laine. Je rappelle que le ' siumC » meUait par-deMi» la ooite^ et que c'est le sot caiM que .je rends par tafftimL
2> En plumes de paon Uanc.
s. Voy. chap. cx^ocr.
monseigneur GmHanme de Mello ; et il parla au roi pour tous les prélats en telle manière : « Sire, ces seigneurs qui sont ici, archevêques et évéques, m'ont (lit que je vous disse que la chrétienté périt entre vos mains. > Le roi se signa, et dit : c Or dites-moi comment cela se faitt » — « Sîre, fit-il, c'est parce qu'on prise si peu lesexconmiunications aigourd'huiy que les gens se laissent mourir excommuniés avant qu'ils se fassent absoudre, et ne veulent pas faire satis£action à l'Église. Ces seigneurs vous requièrent donc, sire, pour l'amour de Dieu et parce que vous le devez faire, que vous commandiez à vos prévôts et à vos baillis que tous ceux qui resteront excommuniés un an et un jour, qu'on les contraigne par la saisie de leurs biens à ce qu'ils se fassent absoudre. »
A cela le roi répondit qu'il le leur commanderait volontiers pour tous ceux dont on lui donnerait la certitude qu'ils eussent tort. « Et l'évéque dit que les.prélats ne le feraient à aucun prix, qu'ils lui contestaient la juridiction de leurs causes. M le .roi lui dit qu'il ne le ferait pas autrement; car ce serait contre Dieu et contre raison s'il contraignait les gens à se faire, absoudre quand le clergé leur ferait tort. « Et sur cela, fit le roi, je vous donne l'exemple du çomte de Bretagne, qui a plaidé sept ans avec les prélats de Bretagne tout excommunié^ et a tant fait que le Pape les a condamnés tous.
Donc si j'eusse contraint le comte de Bretagne, la première année , de se fàire absoudre, j'eusse péché contre Dieu et contre lui. » Alors les prélats sejDéfiigaèMnt; et jamais depuis je n'ai ouï dire qu'une demande fût' faite sur les choses dessus dites.