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au dortoir là où Tabbé de Cheminon dormait :
l'abbé avait découvert sa poitrine à cause de la chaleur qu'il avait; et ce prud'homme, qui était couché au dortoir où Tabbé de Cheminon dormait, vit la Mère de Dieu qui alla au lit de Tabbé, et lui ramena sa rôbe sur la poitrine de peur que le vent ne lui fit mal. »
Cet abbé de Cheminon me donna donc mon écharpe et mon bourdon ; et alors je partis de Joinr ville, sans rentrer au chdteau j usques à mon retour, à pied, sans chausses et en chemise ; et j'allai ainsi à Blécourt et à Saint-Urbain et à d'autres reliques qui sont là. £t pendant que j'allais à Blécourt et à . Saint-Urbain, je ne voulus jamais retourner mes , yeux vers Joinville, de peur que le coeur ne m'attendrit pour le beau château que je laissais et .mes deux enfants.
Moi et mes compagnons nous mangeâmes à la Fontaine-r Archevêque devant Dongeux; et là, l'abbé Adam de Saint- Urbain (que Dieu absolve 1) donna une grande foison de beaux joyaux à moi et aux chevaliers que j'avais. De là nous allâmes à Auxoi\ne ; et nous en partîmes avec notre harnais, ([ue nous avions fait mettre en bateaux pour aller depuis Auxonne jusqu^s à Lyon en descendant la Saône ; et à côté des bateaux on menait les grands destriers.
A Lyon, nous nous embarquâmes sur le Rhône
pour aller à Arles-le-Bianc; et sur le Rhône nous trouvâmes un château que Ton appelle Roche-de- Glun, que le roi avait fait abattre parce que Roger, •le seigneur du château, était accusé de dérober les
pèlerins et les marchands.
XXVni. -* Embarquement des croisés, aa mois d'août 1348*
Au mois d'août nous entrâmes dans nos vaisseaux à la Roche-de-Marseille. Le jour que nous entrâmes dans «nos vaisseaux, Ton ût ouvrir la porte du vaisseau , et Von mit dedans tous nos chevaux que nous devions mener outre-mer; et puis Ton referma la porte et on la boucha bien, comme quand on noie un tonneau, parce que quand le vaisseau est en mer toute la porte est dans TeaUi Quand les chevaux furent dedans, notre mattre nautonier cria à ses nautoniers qui étaient à la proue du vaisseau et leur dit : < Votre besogne estelle prêté? » Etilsrépondîrent : « Sire, que les clercs et les prêtres s'avancent. » Aussitôt qu'ils furent venus, il leur cria : « Chantez, de par Dieu ! » Et ils s'écrièrent tout d'une voix : «Fien?*, creator Spiritus. » Et le maître cria à ses nautoniers : < Faites voile^ de par Dieu I » Et ainsi firent-ils. Et en peu de temps, le vent frappa sur les voiles, et nous eut enlevé la
TU6 de la terre, tellement que nous ne Times que le cîel et Feau; et chac[ue jour le vent nous éloigna des pays où iiousélions nés. Et par là je vous montre que celui-là «st un fou bien hardi qui s'ose mettre entel péril avec le bien d'autrui ou en péclié mortel ; car Ton s'endort le soir là où on ne sait si Ton se trouvera au fond de la mer au matin.
En mer il nous advint une fière merveille; car nous trouvâmes une montage toute ronde, qui était devant la côle de Barbarie. Nous la trouvâmes vers rheure de vêpres, et navi^âmes toute la nuit , . et crtÉmes bien avoir fait plus de cinquante lieues, et le lendemain nous nous tix)uvâmes de^^ant cette même montagne ; et ainsi nous advint-il par deux fois ou par trois. Quand les mariniers virent cela, ^ ils furent tout ébahis et nous dirent que nos vais- > Beaox étaient en grand péril ; car nous étions devant la terre aux Sarrasins de Barbarie. Alors un prêtre prud'homoM, qu'on q^tpelaitle doyeiide Maurupt, nous dit qu'il n'eut jamais à souffrir en sa paroisse ni par déiaut d'eau m par trop de pluie, ni de tout aatbne fléau, sans que, aussitôt qull avait fait trois processions trois samedis, Dieu et sa mère. le délivrassent ^ C'était samedi; nous fîmes la j»remiàre procession aittovr des deux mâts du vaisseis/u ; moimême ^e m'y fis porter à bras, parce que j'étais