Jean de Brieune, roi de Jérusalem, prit Damiette en
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dans le camp que tous les autres meubles soient apportés à l'hôtel du légat, sous peine d'excommur nication. » A ce conseil se rangèrent tous les autres barons. Or il advint ainsi que tous les meubles que l'on apporta à l'hôtel du légat ne montèrent qu'à six mille livres.
Quand ce fut fait, le roi et les barons firent quérir monseigneur Jean de Valéry le prud'homme, et lui dirent ainsi : « Sire de Valéry, dit le roi, nous sommes convenus que le légat vous baillera les six , mille livres à partager, là où vous croirez que ce soit le mieux. — Sire, fit le prud'homme, vous me faites grand honneur, grand merci à vous I mais cet honneur et cette offre que vous me fakes, je ne l'accepterai pas^ s'il plait à Dieu, car je déferais les bonnes coutumeè de la terre sainte, qui sont telles, que quand Ton prend les cités des ennemis, sur les biens que Ton trouve dedans, le roi doit en avoir le tiers et les pèlerins en doivent avoir les deux tiers. £t cette coutume le roi Jean la tint bien quand il prit Damiette; et ainsi que les anciens le'disent, les rois de Jérusalem, qui furent avant le roi Jean tinrent bien cette coutume. Ët s'il vous plait que vous veuillez me bailler les deux tiers des froments, des orges, du riz et des autres vivres, je m'entremettrai volontiers pour les partager aux pèlerins. » Le roi ne se décida pas à le faire, et Taffaire demeura ainsi ; d'oii maintes gens se tinrent pour mal satis-
faits de ce que le roi défit les bonnes coutumes
anciennes.
Les gens du roi, qui auraieut dû parleur débon* naireté retenir les marchands, leur louèrent,
comme Ton disait, aussi çlxer qu.'ils purent les boutiques pour vendre leurs denrées ; et pour cela le bruit en courut en pays.étranger ; d'où maints marchands rcmoncèreut à venir au camp. Les barons, qui auraient dù garder Le leur pour le bien employer en temps et lieu, se prirent à donner de grands repas avec excès de viandes. Les gens* du commun se prirent aux mauvaises femmes, d'où il advint que le roi donna congé à tout plein de ses gens quand nous revînmes de captivité. Et je lui demandai pourquoi il avait fait cela; et il me dit qu'il avait su certainement qu'à la distance du jet d'une menue pierre autour de son pavillon, des lieux de débauche se tenaient par ceux à q^i il avait donné congé, et celaau t^mps desplusgrandes misères où l'armée eût Jamais été.
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XXXVil. — Les Sarrasins attaquent le C∓ mort de Gautier d'Autrèche*
Or x:evenons à notre matière, et disons ainsi qu'un peu après que nous eûmes pris Damieiis^
DE SAINT LOaiS: Tl
toute la chevalerie du soudan vint devant le camp
^ et assiégea notre camp du côté de la terre. Le roi et toute la chevalerie, s'armèrent. J'allai tout armé parler au roi, et le trouvai tout armé afi»is sur une chaise, et avec lui, tout,armés, plusieurs des prud'hommes chevaliers qui étaient de^sbn corps de bataille. Je lui requis la permission pour moi et mes gens, d'aller jusque hors du camp pour que les Sarrasins ne se jetassent pas au milieu de nos^ tentes. Quand monseigneur Jean de Beaumont ooit ma requête, il cria trèa^fort après moi,, et me commanda de par le roi que je ne partisse pas de ma tente jusques k tant que le. roi me le commaniâmtit.
Je vous ai parlé des prud'hommes chevaliers • qui étaient avec le.roi, parce qu'il y en avait avec lui huit, tous bons chevaliers, qui avaient eu de beaux £Eûts d'armes en deçà de ia mer et au delà; et de tels chevaliers s'appelaient ordinairement bons chevaliers. Les noms de ceux qui étaient chevaliers auprès du roi sont tels : monseigneur Geofïîroy de Sargines, monseigneur Matthieu de llarly, monseigneur Philippe de Nanteuil, .monseigneur Imbert de Beaujeu, connétable de France, qui n'était pas 14, mais était au dehors du camp, lui 0t le maître des arbalétrim avec la plupart des sergents d'armes du roi, à garder le canâp de . peur que les Turcs n'y fissent dommage.
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Or il advint que monseigneur Gautier d'Autrèche se fit armer en son pavillon de tous points, et quand il fut monté sur son. cheval, Técu au cou, le heaume en téte, il Ot lever les pans de son pavillon, et piqua des éperons pour aller aux Turcs; et au mojnent où il partait de son pavillon tout seul, toute sa suite s'écria : Chatîllon ! Or il advint ainsi qu'avant d'arriver aux Turcs il tomba, et son cheval lui passa sur le corps, et le cheval s'en alla, couvert de ses armes, à nos ennemis, parce que la plupart des Sarrasins étaient montés sur des juments ; et pour cela le cheval tira vers les Sarrasins. £t ceux qui le virent nous contèrent que quatre Turcs vinrent sur le seigneur Gautier, qui gisait à terre, et en passant devant lui, ils lui donnaient de grands coups de leurs masses là où il gisait. C'est alors que le délivrèrent le connétable de France, et avec lui plusieurs des sergents du roi qui le ramenèrent sur leurs bras jusques à son pavillon. Quand il vint là, il ne put parler : plusieurs des chirurgiens et des médecins du camp allèrent à lui, et parce qu'il leur semblait qu'il
n*Y avait point de péril de mort ils le firent saigner des deux bras. Le soir, très-tard, monseigneur Aubert de Narcyme dit que nous i'allassions voir parce que nous ne l'avions pas encore*w, et c'était un homme de grand nom et de grande valeur* Nous entrâmes dans son pavillon, et son
chambellan vint à notre renccmtre, pour que nous
allassions doucement et pour que nous n'éveillassions pas son maître. Nous le trouvâmes gisant sur des couvertures de menu vair, et nous appro» châmes tout doucement de lui, et le trouvâmes mort. Quand on le dit au roi, il répondit qu'il n'en voudrait pas avoir mille pareils, puisqu'ils voudraient agir sans son commandement, comme l'avait fait celui-là.
XXXYIU. — NoaTeUes attaques des Sarrasins; le roi se décide à attendra rarrifée da comte de Poitiers.
Les Sarrasins i pied entraient toutes les nuits
dans le camp et tuaient les gens là où ils les trouvaient donnant; d'où il advint qu'ils tuèrent la sentinelle du seigneur de Courtenay, et le laissèrent gisant sur une table, et lui coupèrent la téte, et remportèrent ; et ils firent cela parce que le Soudan donnait de chaque tète de chrétien un Lésant d'or. Et cette persécution advenait parce que les corps de batailles gardaient le camp, chacun sa nuit, à cheval ; et quand les Sarrasins voulaient entrer dans le camp, ils attendaient que le bruit des chevaux et des troupes fût passé; alors ils s'hitroduisaient dans le camp par derrière le dos
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des chevaux, et rassortaient avant cpi'û fût jonr. £t pour cela le roi ordonna que les corps de bataille qui avaient coutume 'de faire le guét ft cheval le feraient à pied, en sorte que tout le cauip était en sûreté par nos gens qui faisaient le guet, parce qu'ils étaient répandus de telle manière que l'un touchait à Tautre.
Après que cela fut fait, le roi prît le parti de ne pas partir de Damiette jusques à tant que fût venu son frère le comte de Poitiers, qui amenait Tarrière-ban de France. Et pour que les Sarrasins ne s'élançassent pas dans le camp à cheval, le roi fit clore tout le camp de grands fossés; et sur les fossés faisaient le guet, tous les soirs, des arbalétriera et des sergents, et aux entrées du camp aussi.
Quand la Saint-ftemi fut passée, sans qu'on outt nulles nouvelles du comte de Poitiers (de quoi
le roi et tous ceux de l'armée étaient en grand trouble, car ils craignaient que quelque mtflheur ne lui fût advenu), alors je rappelai au légat comment le doyen de Maurupt nous avait fait trois processions en mer, par trois samedis de suite, et comment avant le troisième samedi, nous abordâmes en Chypre ^. Le légat me crut et fit crier les trois processions dans le camp par trois same-
l, Voy. chap. ZZYUI.
dis. La première procession commença en Thôtel
du légat, et ils allèrent à l'église Notre-Dame dans la ville ; laquelle église était faite da,as la moficraée des Sarrasins, et le l%ftt Fav^it dédiAe.eu f'imn*^ neur de la Mère de Dieu. Le légat lit le sermon par deux samedis. Là fut le roi et les riches hommes de r armée, auxquels le légat donna indulgence plènière. .
Avant le troisième samedi, vint le comte de Poitiers, et il n'était pas besoin qu'il lut venu auparavant; cardans l'intervalle des trois samedis, il y eut une si grande tempête en mer devant Damiette, qu'il y eut bien deux cent quarante vaisseaux^ tant grands que petits, brisés et perdus, avec les gens qui étaient dedans noyés et perdus. Si donc le comte de Poitiers fût venu auparavant^ et lui et ses gens eussent été tous abîmés.
Quand le comte fie Poitiers fut venu, le roimanda tous ses barons de l'armée pour savoir dans quelle voie il marcherait, ou vers Alexandrie ou vers Babylone. D'où il advint ain8i,*que le bon comte Pierre de Uretagne, et la plupart des barons de l'armée lurent d'accord que le roi allât assiège! Alexandrie, parce que devant la ville il y avait uu bon port là où abordent les vaisseaux qui appor* tent des vivre/ à l'armée. A cela le comte d'Artois fut contraire, et dit qu'il ne conseillerait pas qu'on allât ailleurs qu'à Babylone, parce que c'était le
cbcf-lieii de tout le royaume d'Égypte; et il dit que qui voulait tuer tout d'abord le serpent , il Jj ^^d ^vail rciMscr le chef. Le roi laissa tous les ^autrçs ^çonjsgjls dg eîes barons et s'en tint au Gou^icil de son frère.