‹ Histoire de saint Louis (volume 2)Chapitre 7 sur 126 · Voy. chap. cziai el cxxni · texte numérisé non relu

Voy. chap. cziai el cxxni

après, qu'il entrât dans un autre vaisseau ; car ils

ne voyaient pas comment le vaisseau pourrait supporter le choc des vagues, parce que les clous avec quoi les planches du vaisseau étaient attachées étaient tous disloqués. Et ils montrèrent au roi un exemple du péril de ce vaisseau, parce que, dans la traversée que nous fîmes en allant outre-mer, un vaisseau en semblable cas avait péri; et je vis chez le comte de Joigny la femme et Tenfant qui seuls échappèrent de ce vaisseau. A cela le roi répondit : < Seigneurs, je vois que si je descends de ce • vaisseau, on n'en voudra plus; et je vois qu'il y a céans huit cents personnes et plus ; et parce que chacun aime autant sa vie que je fais la mienne, /nul n'oserait demeurer dans ce vaisseau, mais ils

demeureraient en Chypre. C'estpourquoi, s'il platt à Dieu, je ne mettrai pas autant de gens qu'il y en a céans en péril de mort, mais je demeurerai céans pour sauver mon peuple. » Et Dieu, sur qui il comptait, nous sauva, dans les périls de la mer, pendant dix semaines, et nous vînmes à bon port ainsi que vous l'entendrez ci-après. Or il advint qu'Olivier de Termes, qui s'était bien et vigoureusement comporté outre-mer, laissa le roi et de-

* meura en Chypre ; nous ne le revîmes qu'au bout l'un an et demi. C'est ainsi que le roi détourna le dommage de huit cents personnes qui étaient sur le vaisseau.

Dans la dernière partie de ce livre nous parlerons

de sa fin, comment il trépassa saintement.

Or je TOUS dis, monseigneur le roi de Navarre, que je promis à Madame la reine votre mère (à qui Dieu fasse bonne merci I) que je ferais ce livre; et pour m'acquitter de ma promesse je l'ai fait. £t parce que je ne vois nul qui doive aussi bien l'avoir que vous, qui êtes son héritier, je vous l'envoie, pour que vous et vos firères, et les autres qui l'entendront, y puissent prendre bon exemple, et mettre les exemples en œuvre, pour que Dieu leur en sache gré.

m. — CommeQoement du premiei livre. Principales vertus

de saint Louis.

Au nom de Dieu le tout-puissant;^ e, Jean, sire

de Joinville, sénéchal de Champagne, fais écrire la vie de nostre saint Louis, ce que je vis et ouïs par l'espace de six ans que je fus en sa compagnie au pèlerinage d'outre-mer, et depuis que nous revînmes. Et avant que je vous conte ses grands faits et ses prouesses^ je vous conterai ce que je vis et ouïs de ses saintes paroles et de ses bons enseignements, afin qu'on les trouve Tun après l'autre pour édiiier ceux qui les entendront.

Ce saint homme aima Dieu de tout son ewat et

en imita les œuvres; et il y parut en ce que, de même que Qieu mourut pour l'amour qu^il avait de son peuple, lui aussi mit son eorps en aventure plusieurs fois pour lamour qu*il avait de son peuple $ et il s'en fût bien dispensé s'il eût voulu, ainsi que vous Tentendrez ci-après. L'amour qu'il avait de son peuple parut à ce qu'il dit à son âls alaé dans une très^grande maladie qu'il eut à Fontaine* bleau : « Beau iils, dit-il, je te prie que tu te fasses aimer du peuple de ton royaume ; ear vraifflmt j'aimerais mieux qu'un Écossais vînt d'iicosse et gouvernât le peuple bien et loyalement, que si tu gouvernais mal au vu de tous. » Le saint homme aima tant la vérité que même avec les Sarrasins il

' ne voulut pas mentir sur ce qu'il Um avait promis, ainsi que vous Tentendrez ci-après*.

De la bouche il fut si sobre que jamais de ma vie je ne l'ouïs parler d'aucuns Éïébs, eotnme maints

. rkbes hommes le font; mais il mangeait bonnenenice que ses cuisinier» Sêfvaieiftt devant lui. n fut modéré dans ses paroles; car jamais de ma vie je ne l'ouïs médira de personne, ni jamais ne Touis ndmnseif te diable, lequel nom est bien répandu par* le royaume, ce qui, je crois, ne plaît pas à Dieu*.

Page 1