‹ Histoire de saint Louis (volume 2)Chapitre 70 sur 126 · Yoy. cbap Lxnr · texte numérisé non relu

Yoy. cbap Lxnr

de l'épée, comme ils avaient fait aux autres. Et ils

s'en allèrent.

Dès qu'ils s'en furent allés, il s'élança dans notre pavillon une grande foule de jeunes Sarrasins, Tépéeaucôté ; etilsamenaientaveceuxunhomme de grande vieillesse, tout chenu, lequel nous fit demander s'il était vrai que nous crussions en un Dieu qui avait été pris pour nous, blessé et mis & mort pour nous, et au troisième jour ressuscité. £t nous répondîmes, < oui. > Ët alors il nous dit qu0 nous ne nous devions pas déconforter si nous avions souffert ces persécutions pour lui ; « car, dit-il| vous n'êtes pas encore morts pour lui ainsi qu'il est mort pour vous ; et s'il a eu le pouvoir de se ressusciter, soyez certains qu'il vous délivrera quand il lui plaira. » Alors il s'en alla et tous les autres jeunes gens après lui ; de quoi je fus très-content^ car je croyais certainement qu'ils étaient venus nous trancher la tète. Et il ne se passa guère de temps après, quand les gens du soudan vinrent qui nousdirentque leroiavaitnégociénotredélivrance.

Après que s'en fut allé le vieil homme qui nous avait réconfortés, les conseillers du soudan revinrentà nous et nous dirent que le roi nous avait négocié notre délivrance, et que nous envoyassions vers lui quatre de nos gens pour ouïr comment il avait fait. Nous y envoyâmes monseigneur Jean de Valéry le prud'homme , monseigneur Philippe de

Montfort, monsei gnemr Baudouin d'Ibelhi, sénéchal de Chypre, et monseigucur Gui d'IbeliDj connétable de Chypre, l'un des chevaliers les mieux doués que j'eusse jaDiais vus, et celui qui aimait le plus les gens de ce pays. Ces quaitre seigneurs nous rapportèrent en quelle inanière le roi M«s avait négocié noire délivrance ; et ce fut ainsi.

LXVIi. — :5aint Louis est nionacê de la torturei il trcito ^ avec les Sarrasii». *

Les conseillers du soudan éprouvèrent le roi de la manière qu'ils nous avaient éprouvés, pour voir si le roi leur voudrait ])i omettre de livrer aucun des châteaux du Temple ou de rilopital, ou aucun des châteaux des barons du pays; et ainsi que Dieu le voulut, le roi leur répondit tout à fait de la manière que nous ayicms répondu. £t ils le menacèrent, et lui dirent que puisqu'il ne te voulait pas faire, ils le feraient mettre dans les bernicles. Les bernicles sont le plus mxel tomrment que Ton puisse souffrir; et ce sont deux morceaux de bois plialits, munis de dents au bout, et ils entrent ïim en Tantra, et sonft liés au bout avec de fintes courroies de cuir de bœuf. Et quand ils veulent mettre .les gens dedans, ils les eonehent sur te côté et

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leur mettent les jambes parmi les chevilles; et puis alors ils font asseoir un homme sur les morceaux de bois ; ensuite de quoi il ne demeurera plus un demi-pied entier d'os qui ne soit tout brisé . • Et pour faire du pis qu'ils peuvent, au bout de trois jours, quand les jambes sont enflées, alors ils remettent les jambes enflées dans les bernicles, et les rebrisent tout derechef. A ces menaces le ♦ roi leur répondit qu'il était leur prisonnier, et qu'ils pouvaient faire de lui & leur volonté.

Quand ils virent qu'ils ne pourraient vaincre le bon roi par les menaces, ils revinrent à lui et lui demandèrent combien H vouftralt donner d'argent au Soudan, et avec cela il leur rendrait Damielte. Ët le roi leur répondit que si le Soudan voulait lui prendre une somme raisonnable de deniers , il manderait à la reine qu'elle les payât pour leur 4élivrttQee« fit ils diFent:«Gommeiite0i^quevMis ne voulez pas dire que vous ferez ces choses ? » Et le roi répondit qu'il ne savait si la reine le voudrait faire , parce qu'elle était sa dame. Et alors les • conseillers retournèrent parler au Soudan, et rapportèrent au Toi que si la reine votilait payer vu million de besants d'or, qui valaient cinq cent mille livres-^, il délivrerait le ifoi. '£t le roi leur.

1, &?ipoii dix miUiQQS'Onit ireiUa^deux m\l» trmt» motif flunmaîe, en supposant, comme cela est probable, qu'il s'agit 4^ tivres tournois.

deEianda sur leur serment si le Soudan les délivrerait pour autant, au cas que la reine le voulût faire. Et ils retournèrent parler au Soudan, et au retour firent serment au roi qu'ils le délivreraient ainsi. Et dès qu'ils eurent juré, le roi dit et promit aux émirs qu'il payerait volontiers les cinq cent mille livres pour la délivrance de ses gens, et Da- • miette pour la délivrance de sa personne ; car il n'était pas tel qu'il se dût racheter à prix d'argent Quand le Soudan ouït cela^ il dit ; « Par ma foi , il est large le Franc de n'avoir pas marchandé sur une si grande somme de deniers : or allez lui dire, fit le Soudan^ que je lui donne cent mille livres pour payer la rançon. »

LZVni. — Les priflonnien dasoendent le fleiifs jusqif ao camp

. du soudin.

Alors le Soudan fit mettre les riches hommes

dans quatre galères pour les mener vers Damiette, . Dans la galère où je fus mis, fut le bon comte Pierre de Bretagne, le comte Guillaume de Flandre, le bon comte Jean de Soissons, monseigneur Imbert de Beaujeu , connétable de France ; le bon chevalier monseigneur Jean d'Ibelin et monseigneur Gui, son frère, y furent mis. Ceux qui nous con-

duisaient en galère nous abordèrent devant un campement que le Soudan avait fait tendre au bord

du fleuve, de la manière que vous entendrez. Devant ce campement, il y avait une tour en perches de sapin et close i Tentour de toile teinte ; c'était la porte du campement. £t en dedans de cette porte, il y avait un pavillon tendu, là où les émirs, quand ils allaient parler au Soudan, laissaient leurs épées et leur équipement. Après ce pavillon, il y avait une porte comme la première, et par cette porte on entrait dans un grand pavillon qui était la salle du Soudan. Après la salle, il y avait une tour telle que devant, par laquelle on entrait dans la chambre du Soudan. Après la chambre du Soudan, il y avait un préau, et au milieu du préau, une tour plus haute que toutes les autres, là où le Soudan allait voir tout le pays et tout le camp. Du préau partait une allée qui allait au fleuve là où le soudan avait fait tendre dans Teau un pavillon pour aller se baigner. Tout ce campement ét^t clos de treillages de bois, et au dehors les treillages étaient couverts de toiles bleues, pour que ceui qui étaient dehors ne pussent voir dedans; et les tours étaient toutes quatre couvertes de toile.

Nous vînmes le jeudi^ devant FAscension en ce lieu, là où ce campement était dressé. Les quatre

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