De ses imaiis
épée et lui ôta le cœur du ventre, et alors u s'en vint au roi, la mlûn tout ensanglantée, et lui dit : « Que me donneras-tu à moi qui t'ai occis ton ennemi, qui t'eût fait mourir s'il eût vécu? > Et lé roi ne lui répondit rien.
LXX. — La Tie des prkoimîen est encore menacéa. Nouveau tiaité du roi avec les émirs.
Il en vint bien trente à notre galère, tenant des épées toutes nues et des haches danoises. Je demandai a monseigneur Baudouin d'ibelin, qui savait bien le sarrasinois, ce que ces gens disaient;
et il me répondit qu'ils disaient qu'ils venaient nous trancher la téte. 11 y avait tout plein de gens qui se confessaient i un frère de la Trinité, qui était au comte Guillaume de Flandre. Mais à mon endroit, il ne me souvint pas de péché que j'eusse fait; mais je réfléchis que plus je voudrais me défendre ou m'esquiver, et pis cela me vaudrait. Ët alors je me signai et m'agenouillai aux pieds de l'un d'eux, qui tenait une hache danoise k charpentier, et je dis : c Ainsi mourut sainte. Agnès. > Messire Gui d'Ihelin, connétable de Chypre, s'agenouilla près de moi et se confessa à moi; et je lui dis : « Je Yous absous, avec tel pouvoir que Dieu
m a donné. » Mais quand je me levai de là, il ne me souvint pins de chose qu'il m'eût dite ou ra-^
contée.
Ils nous firent lever de là où nous étions et nous mirent en prison dans la sentinede la galère; et beaucoup de nos gens crurent qu'ils l'avaient fait ' parce qu'ils ne voudraient pas nous assaillir tous ensemlile, mais pour nous tuer Tun après Tautre. lA dedans nous fûmes dans une telle souffrance, le soir et toute la nuit, que nous gisions tout à Tétroit, au point que mes pieds étaient contre le bon comte Pierre de Bretagne, et les siens étaient contre mon visage. Le lendemain les émirs nous firent tirer de la prison là Où nous étions, et leurs messa^rs nous dirent que nous allasuons parler aux émirs pour renouveler les conventions que le soudan avait faites avec nous, et ils nous dirent que nous fussions certains que si le soudan eût vécu, il eût fait couper la téte au roi et à nous tous. Aussi ceux qui y purent aller y allèrent; le comte Bretagne» le connétable et moi, qui étions grièveme nt mahdes, nous demeurâmes. Le comte de Flandre, le comte Jean de Soissons, les^eux frères d'Ibelin, et les autres qui se purent soutenir, y allèrent*
Ils s'accordèrent avec les émirs, en telle manière que sitôt qu'on leur aurait délivré Damiette, eux délivreraient le roi et les autres riches heaunes qui étaient là ; car pour le menu peuple,, le soudaa
Tavait fait emmener vers Babylone, excepté ceux qu'il avait fait tuer. Et cette chose il l'avait faite contrair^nent aux conventions qu'il avait avee le roi; c'est pourquoi il semble bien qu'il nous eût aussi fait tuer sitôt qu'il aurait eu Damiette. Le roi leur devait jurer aussi de les satisfaire de deux cent mille livres avant qu'il partît du fleuve, et de deux cent mille livres en Acre. Les Sarrasins, par les conventions qu'ils avaient avec le roi, devaient Grardor les malades qui étaient à Damiette, les arbalétriers, les armuriers, les viandes salées, jus» ques à tant que le roi les enverrait quérir.