‹ Histoire de saint Louis (volume 2)Chapitre 88 sur 126 · V^y. cbap. zzn · texte numérisé non relu

V^y. cbap. zzn

monceaux d'ossements de gens morts. Us s'enqui*rent comment les Tartares étaient venus en assez grande autorité pour avoir tué et détruit tant de gens ; et voici de quelle manière, ainsi qif ils le

rapportèrent au roi. Les Tartares étaient venus et originaires d'une grande plaine de sable, là où il ne croissait nul bien. Celte plaine commenrait à de très -grandes et très-mer\'eiileuses riches qui sont au bout du monde vers TOrient, lesquelles roches nul homme ne passa jamais, ainsi que les Tartares le témoignent; et ils disaient cpie dedans était enfermé le })e;iplc de Gog et ()e Mai^og, qui doivent venir à la lia du monde, quand Tante* christ viendra pour le détruire. En cette plaine était le peuple des Tartares, et ils étaient sujets au prêtre Jean' et à Tempereur de Perse', dont la terre venait après la sienne, et à pkisicurs autres rois mécréants; à qui ils devaient tribut et servage chaque année, à cause du pâturage de leurs bétes; car ils ne vivaient pas d'autre chose. Ce prêtre Jean et rempearemr de Perse, et les autre» rois, tenaient

1. Le nom de pritrê Jean dôstgne na prinoe cPAste, ehfétieanertorien, qni pIa dêMoé par-Geagn-tth&o;

2. L» prince appelé ioi empereur de Perse, est le roi da.Kha- * lism, Mohammed, et après lui, son ais, vaincus Vun et Tautr^

par Gengis-Ktan. A la suite de-eee eatastropLee, les llliailsaiiBS on ConMains^ chaaaés^ de^Bersa, tfawaneèiâi^ en. Syrie, où ils remportèrent en 1244 une grande victoire sir les chrHiens. (Voy. chap. en.)

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eu tel mépris les Tartares, que quand ils leur apportaientleurs rentes^ils ne les voulaient pas rece voir devant eux, mais leur tournaient le dos. Parmi eux il y eut un homme sage qui parcourut toutes les plaines, et parla aux hommes sages des plaines et des différents lieux, et leur montra le servage là où ils étaient I et les pria tous d'aviser comment ils sortiraient du servage là où le prêtre Jean les tenait. 11 ût tant qu'il les assembla tous au bout de la plaine, en face la terre du prêtre Jean, et leur montra ces clioses ; et ils lui répondirent qu'il parlât et qu'ils exécuteraient. £t il leur dit qu'ils ne pouvaient réussir s'ils n'avaient un roi et un seigneur au-dessus d'eux; et il leur enseigna de quelle manière ils auraient un roi, et ils le crurent. Et la manière fut telle, que de cinquantedeux tribus qu'il y avait, chaque tribu lui apportât une flèche qu'elle eût marquée à son nom ; et de l'accord de tout le peuple, il fut convenu que l'on mettrait ces cinquante-deux flèches devant un enfant de cinq ans, et (!elle que Fenfant prendrait d'abord fixerait la tribu d'où Ton ferait un roi. Quand Tenfant eut pris une des flèches, l'homme sage fit retirer en arrière toutes les autres tribus; et il fut établi en telle manière, que ceux de la tribu d'où l'on devait faire un roi éliraient entre eux cinquante-deux honmies des plus sages et des meilleurs qu'ils auraient. Quand ils furent élus,

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chacun apporta une flèche marquée à son nom.

Alors il fut convenu que celui dont Tenfant prendrait la flèche, de celui-là on ferait un roi. £t l'en- * fant en prit ùne qui était celle du sage qui les avait . conseillés; et le peuple en fut si heureux, que chacun en montrft une grande joie, il les fit taire et leur dit : • Seigneurs, si vous voulez que je sois votre roi, vous me jurerez par Celui qui a fait le ciel et la terre que vous garderez mes commandements. » £t ils le jurèrent.

Les établissements qu'il leur donna ce Ait pour tenir le peuple en paix; et ils furent tels, que nul n'y ravit la chose d'autrui, et que l'un ne ûrappât point l'autre s'il ne voulait perdre le poing, et que nul n'eût de rapports avec la femme d'autrui ni avec la fille d'autmi, s'il ne voulait perdre le poing ou la vie. Il leur donna beaucoup d'autres bons établissements pour avoir la paix.

XCIV. — Victoire des Tartares sur le prêtre Jean; vision d'un de leurs piinees; sa oonversion.

Après qu'il eut mis chez eux ordre et arrange- . ment, il leur dit : « Seigneurs, le plus fort ennemi pe nous ayons, c'est le prêtre Jean ; et je vous commande que vous soyez demain tous préparés

pour lui courir sus; et s'il arrive qu'il nous déconfise \

(dont Dieu nous garde !), q[ue chacun fasse le mieux ^ qu'il pourra; et si nous le déconfisons, je commun Je que la chose dure trois jours et trois nuits, et que nul ne soit, si hardi qu'il mette la main à faire nul butin, mais seulement à occire les gens ; car après que nous aurons remporté la victoire, je vous partagerai le butin si bien et si loyal^ent que chacun s'en tiendra satisfait. » C'est à quoi ils s'accordèrent tous. ^ • *

Le lendemain ils coururent sus à leurs ennemis et ainsi que Dieu le voulut, ils les déconlirent. Tous ceux qu'ils trouvèrent en armes à pouvoir se défendre, ils les occirent tous; et ceux qu'ils ti*ouvèrenten habit de religion, comme les prêtres et les autres religieux, ils ne les occirent pas. Le reste du peuple de la terre du prêtre Jean, qui ne fut pas à cette bataille, se mit tout entier en leur sujétion.

L'un des princes de l'une des tribus nommées plus

haul fut bien perdu trois mois sans que l'on en sût aucunes nouvelles ; et quand il revint, il jn'avait ni Taim ni soif, car il ne croyait avoir demeuré qu'une nuit au plus. Les nouvelles qu'ils en rapportèrent furent qu'il avait trouvé ' un très-fhaut tertre, et là-dessus qu'il avait trouvé les plus belles gens qu'il eût jamais vus, les mieux vèbis, les mieux parés; et au bout du tertre, il vit un roi

DE SAINT lûUIS. ^16

.plus beau quelles autres, mièiiE vêtu e^ .mmx

pai é, usiïis sur un trône d'or. A sa droite siégeaient j&ix £ûis cauronnés, bien parés de pierres précieuses, et à sa gauche autanti Près de lui, à sa main droite, il y avait une reine agenouillée, qui lui disait et ie priait qu'il pensât à son peuple. A sa gauche, il y avait un très-bel homme, qui avait deux ailes aussi resplendissantes que le soleil ; et autour du roi, il y avait une grande foison de belles gens avec des ailes. Le roi appela ce .prince, et lui 4it : « Tu es yenu de Tannée des Tartares ? » Et il répondit : « Sire, j'en suis^ n vraiment. » — « Tu t'en iras à cette armt^ > lui diras que tu m'as vu, moi qui suis le Seigneur du ciel et de la terre ; et tu lui diras qu'elle me rende grâces de la victoire que * je lui ai donnée, sur le prêtre Jean et sur son peuple. Et tu lui diras encore de par moi que je lui donne pouvoir de mettre en sa sigétion toute la terre. » — « Sire, fit le prince, commentme croirat^eUe? » — « Tu lui diras qu'elle te croie .à ielles enseignes que tu iras combattre l'empereur de P^e avec trois cents hommes sans plus ét Usa peuple ; et pour que votre grand roi etoie^qoe j'aî le pouvoir de faire toutes choses, je te dor nerai lal force de déconiire Tempereur de Perse, qui com-j battra contre toi avec trois cent mille hommes armés et plus. Avant que tu aUles le combattre, tu requerras do votre roi qu'il te donne les prêtres et

su HISTOIRE

les gens de religion qu'il a pris dans la bataille ; et

ce qu'ils t'enseigneront, tu le croiras fermement toi et tout ton peuple. > — < Sire, fit-il, je ne m'en saurai aller si tu ne me fais conduire. > Et le roi se tourna vers une grande foison de chevaliers si bien armés que c'était merveille de les regarder; et il appela et dit : « Georges, viens ça. » Et celui-ci vint et ^'agenouilla. Et le roi lui dit : « Lève-toi, et me mène cet homme au camp sain et sauf. » Et ainsi fitril en un instant. Sitôt que ses gens le virent, ils montrèrent, et tout le camp aussi, une si grande joie que nul ne la pourrait raconter. Il demanda les prêtres au grand roi, qui les lui donna; et ce prince et tout son peuple reçurent leurs enseignements si débonnairement qu'ils furent tous baptisés. Après ces chôses, il prit trois cents hommes d'armes, et les fit confesser et préparer, et s'en alla combattre l'empereur de l^erse, et le déconfit et chassa de son royaume. Celui-ci s'en vint fuyant jnsques au royaume de Jérusalem; et ce fut cet empereur qui déconfit nos gens et prit le comte Gautier de Brienne, ainsi que vous l'entendrez ci-après K

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