Voy. chap. en
Dfi 8ÂINT LOUIS. 217
ZCV. — Mœiin des Tartaiw; orgueil de leur roi; saint Louis se lepent de lui «voir eavoyé m message.
Le peuple de ce prince chrétien était si grand
que les messagers du roi nous contèrent qu'il y avait dans leur camp huit cents chapelles sur des chars. Leur manière de vivre était telle, qu'ils ne mangeaient pas de pain, et vivaient de chair et de lait. La meilleure chair qu'ils aient c'est celle de cheval ; et ils la mettent par couches dans la saumure, et la font sécher après, jusques à tant qu'ils la tranchent ainsi que du pain noir. Le meilleur breuvage qu'ils aient et le plus fort, c'est du lait de jument confit dans des herbes. On fit présent au grand roi des Tai tares d'un cheval chargé de farine, qui était venu de trois mois de marche de . loin ; et il la donna aux messagers du roi.
Ils ont un grand nombre de chrétiens qui croient . à la religion des firecs^ et ceux dont nous avons parlé, et d'autres. Ceux-là ils les envoient sur les Sarrasins quand ils veulent guerroyer avec les Sarrasins ; et ils envoient les Sarrasins contre les clirétiens quand ils ont affaire aux chrétiens. Toute espèce de femmes qui n'ont pas d'eniants vont à la guerre avec eux ; ils donnent aussi bien une
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solde aux femmes qu'aux hommes, selon qu'elles sont plus vigoureuses. Et les messagers du roi contèrent que les hommes et les femmes soldés mangeaient ensemble aux hôtels des riches hommes à qui ils étaient ; et les hommes n'osaient toucher aux femmes en nulle manière, à cause de la loi >que leur premier roi leur avait donnée. Ils emportent dans leur camp toute espèce de chairs ; ils mangent de toutes. Les femmes qui ont des enfants les conduisent, les gardent, et paréparentie manger à ceux qui voiiL ù la bataille. Ils mettent les chairs
* Grues entre leurs selles et leurs pans d'habit, et quand le sang en est bien sorti, alors ils les mangent toutes crues. Ce qu'ils ne peuvent manger, ils le jettent dans un sac de adr ; et quand ils ont faim, alors ils ouvrent le sac, et mangent toujours la plus vieille d'abord. Je vis un Gorasnnn, qui fut de l'armée de l'empereur de Perse, et qui nous gardait en prison; quand il ouvrait son sac, nous nous bouchions le nez parce que nous ne pouvions
. y tenir, à cause de la puanteur qui sortait du sac. Or, revenons à notre matière et disons que quand le grand roi des Tartai es eut reçu les messagers et les présebs, il envoya quérir avec sauf conduit plusieurs rois qui n'étaient pas encore venus se mettre à sa merci ; et il leur lit tendre la chapelle, et leur dit en telle manière : « Seigneurs, le roi de France est venu en notre sujétion, et voici le tribut
qu'il nous envoie ; et si vous ne venez vous mettre en notre merci, nous renverrons quérir pour vous vaincre. » Il y en eut assez de ceux-là qui, par peur du roi de Fratice, se mirent en la merci de ce roi des Tartares.
Ses messagers vinrent avec ceux du roi ; ils apportèrent au roi de France des lettres de leur ^and roi qui étaient ainsi conçues : « C'est une bouue chose que la paix ; car en Jterre de paix ceux qui vont à quatre pieds mangent Therbe paisiblement ; et ceux qui vont à deux, labourent la terre dont les biens viennent paisiblement. Et nous te mandons cette chose pour t'avertir ; car tu ne peux avoir la paix si tu ne l'as avec nous ; et tel roi et tel .(et ils en nommaient beaucoup) , tous nous les avons passés au fil de Tépée. Ainsi nous te mandons que chaque année tu nous envoies assez de • ton or et de ton argent pour que tu nous retiennes comme ami ; et si tu ne le fais, nous te détruirons toi et tes gens, ainsi que nous avons lait de ceux que nous avons ci-devant nommés. » Et sachez que le saint roi se repeulit fort d'y avoir envoyé.
220 HISTÛIiUS
XCYI. — Chevaliers arrivés de Norvège.
Or, revenons k notre matière et disons que tandis que le roi fortifiait Gésarée, arriva au camp monseigneur Alenars de Senaingan, qui nous conta
qu'il avait fait son vaisseau au royaume de Norvège , qui est bout du monde vers TOccident ; et que dans le voyage qu'il fit vers le roi, il tourna tout autour de l'Ëspagne et dut passer par les détroits de Maroc. Il passa par de grands périls avant qu'il vînt a nous ; le roi le retint lui dixième de chevaliers. £t il nous conta que dans la terre de Norvège les nuits étaient si courtes en été, qu'il n'était nulle nuit où l'on ne vit la clarté du jour qui finit et la clarté du jour qui se lève. U se mit^ lui et ses gens, à chasser aux lions, et ils en prirent plusieurs très-périUeuscment. Car ils allaient tirer sur les lions en piquant des éperons tant qu'ils pouvaient; et quand ils avaient tiré, lé lion s'élançait sur eux, et à l'instant il les eût atteints et dévorés, si ce n'eût été qu'ils laissaient choir quelque morceau de mauvais drap ; et le lion s'arrêtait dessus, et déchirait le drap et le dévorait ; car il croyait tenir un homme. Tandis qu'il déchirait ce drap, un autre allait tirer sur lui ; et le lion lais-
sait le drap et allait courir sur le chasseur ; et sitôt que celui-ci laissait choir un morceau de drap, le lion se rejetait sur le drap. Et en faisant cela, ils tuaient les lions 4 coups de flèches.
JLCYU. — Philippe de Toucy engagé par le roi. Mœurs des Gommains >
Taudis que le roi fortifiait Gésarée, monseigneur Philippe de Touey vint à lui ; et le roi disait qu'il étçit son cousin parce qui! était issu d'une des sœurs du roi Philippe, que l'empereur même eut pour femme*. Le roi le retint lui dixième de che- • valiers pendant un an ; et alors il partit, et s'en retourna en Constantinople, d'où il était venu. Il conta au roi que l'empereur de Constantinople ' et les autres riches hommes qui étaient en Constantinople, étaient alors alliés à un peuple qu'on appelait Gommains, afin d'avoir leur aide contre Vatace, qui alors était empereur des Grecs ; et pour que les uns aidassent les autres de bonne foi, il
1. Philippe de Toucy était petit-fils de la sœur de Philippe- Auguste, Agnès, et de Branas ou Vran as, seigneur grec, qu'elle avait épousée en secondes noces, étant veuve d'Androuic, empereur de Constantinople.