PREFACE
Esquisser le portrait de Joinvilie et le plan de son livre, en essayant de placer l'auteur et son œuvre dans le jour le plus convenable pour les bien faire apprécier, tel est l'objet de cette préface. De si grands changements se sont accomplis en France dans l'intervalle de six cents ans, que si la lan^nie du ireiziéme siècle est devenue obscure, il ne nous est pas facile non plus d'en bier. comprendre la civilisation. Il n'y a pas longtemps qu'on ne songeait même pas à les étudier : l'opinion dominante était que saint Louis avait régné sur un peuple à moitié barbare, et que Joinvilie avait écrit dans un patois grossier un livre peu digne d'être lu. La science moderne a fait justice de ces vi.ux préjugés en déclarant le treizième siècle digne du grand roi dont il porte le nom, et en comptant Joinvilie parmi les écrivains qui ont illustré notie histoire littéraire.
Mais c'est par hasard et sans y songer que Joinvilie a réussi, comme prosateur, à conquérir l'immortalité. Sa destinée véritable fut d'occuper dans la hiérarchie féodale le rang que sa naissance lui avait assigné sous la suzeraineté du comte de Champagne. C'est donc en cette qualité qu'il convient d'abord de le considérer.
A l'âge de dix-sept ans, il assistait à la cour plénière que saint Louis tint à Saumnr eu i'iii, an milieu de tous