‹ Histoire de Saint LouisChapitre 2 sur 261 · II PREFACE · texte numérisé non relu

II PREFACE

ses grands vassaux. Là, pendant que Robert de France, comte d'Artois, fils puîné de Louis VIII, armé chevalier depuis quatre ans, servait à la table de son frère le roi de France; pendant que la reine mère, Blanche de Castille, était servie elle-même par le fils de sainte Elisabeth de Hongrie, jeune prince de race royale, et parle comte de Boulogne Alfonse, destiné à monter un jour sur le trône de Portugal, Joinville remplissait, de son côté, l'office d'écuyer tranchant auprès de son maître Tnibaut, comte de Champagne et roi de Navarre (§ 93).

Ces devoirs de domesticité féodale, qui nous sembleraient humiliants, ne compromettaient pourtant ni la dignité ni l'indépendance du caractère. Joinville, qui trouvait tout naturel de servir à table son suzerain, n'hésitait pas, quand il le fallait, à faire acte de résistance : il en donna la preuve en J2i8, au moment de partir pour la croisade, quand saint Louis, dont il n'était pas alors le vassal, prétendit à tort lui faire prêter un serment de fidélité (§ 114).

Cinq ans plus tard, au contraire, Joinville entra sous la suzeraineté du roi en acceptant de lui, au mois d'avril 1253, une rente perpétuelle de deux cents livres tournois. 11 n'est pas douteux qu'à cette occasion il n'ait consenti à prêter le serment qu'il avait refusé en 1248; néanmoins il ne cessa pas d'être tenu aux mêmes devoirs envers Thibaut de Champagne, roi de Navarre. Il servait donc alors deux maîtres à la fois ; mais ce double joug ne lui semblait pas trop lourd, parce que, en thèse générale, la féodalité était un régime de subordination et non de tyrannie , dans lequel les devoirs étaient limités et compensés par des droits correspondants. De là vient que saint Louis, après son retour de la croisade, eut occasion de déclarer qu'il avait à remplir envers Joinville, devenu son homme, certaines obligations dont il n'aurait pu s'affranchir sans injustice (§ 677).

Un protestant illustre a reconnu de nos jours, avec une haute impartialité, que le catholicisme était une grande école de respect Celte définition convient aussi, dans une

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