‹ Histoire de Saint LouisChapitre 23 sur 261 · XL NOTIONS SUR LA GP.AMMAIRE · texte numérisé non relu

XL NOTIONS SUR LA GP.AMMAIRE

l'article les se prenait quelquefois pour celles, et par contre le démonstratif ces pouvait se prendre pour les.

Dialecte. La langue de Joinville, telle que la font connaître les chartes originales de sa chancellerie, constitue-t-elle un dialecte relativement à la langue de l'Ile-de- France? Je crois, sans pouvoir l'aflirmer, qu'il y avait entre ces deux langues une identité à peu près complète. Toutefois on peut dire qu'au temps de Joinville la finale eur était préférée dans l'IIe-de-Franee à la finale our ou à son équivalent or, par exemple dans leur et dans les nombreux substantifs dont la désinence est aujourd'hui en eur. Il est aussi constant que dans l'Ile-de-France on n'employait pas la diphtongue ei au lieu de é, notamment à la fin des participes passés de la première conjugaison et de certains substantifs féminins, en sorte qu'on écrivait amé, vérité, et non amei, veritei. C'est une occasion d'avertir que dans les chartes de Joinville les finales our et ei ne sont pas constantes; mais comme elles dominent, je me suis cru autorisé à les rétablir dans le texte de l'Histoire. La diphtongue ei est d'ailleurs un des caractères distinctifs du dialecte lorrain, dont l'influence devait se faire sentir dans la seigneurie de Joinville plus que dans d'autres parties de la Champagne.

Variantes orthographirques. Je veux expliquer, en terminant, pourquoi j'ai laissé subsister dans cette édition un très grand nombre de variantes orthographiques. J'aurais pu, il est vrai, en faire un relevé afin de dresser la liste complète des mots fort nombreux dont l'orthographe pouvait être ramenée à l'uniformité. J'aurais examiné ensuite s'il convenait, par exemple, d'écrire faîne, soumes, etc. plutôt que femme, sommes, etc. Mais en admettant qu»^ j'eusse réussi à faire des choix judicieux entre toutes ces variantes, ce travail aurait eu pour résultat de mettre le texte de l'Histoire en désaccord avec celui des chartes. En

ET LA LANGUE DE JOINVILLE. ÏLl

oiïel, pour me servir des mêmes exemples, je dirai qu'on rencontre dans les chartes, non seulement famc et femme, soumes et somînes, mais encore fanme et feme, some, sovics, soiunes. sons et suns. En un mot il n'y u d'uniformité dans les cliartes de JoinviUe que pour l'orthograplio grammaticale; il n'y en a pas pour ce que nous a])pelons l'orliiographe d'usage. Je reconnais qu'il y aurait là une réforme à faire, mais elle pourrait exiger un ouvrage spécial ol fort étendu, analogue à celui qu'a publié M. Ambroise Firmiu Uidot sous le titre d'Observations sur lorthographe française. Comme les nombreuses corrections sollicitées par mon ancien et vénéré confrère ne sont pas encore réalisées dans la dernière édition du Dictionnaire de l'Académie, il faut pardonner aux clercs de Joinville de n'avoir pas atteint, il y a six cents ans, à une perfection que l'on recherche encore aujourd'hui.

Résumé. J'espère n'avoir rien omis d'essentiel dans ces observations sui- la langue et la grammaire de Joinville. Je me suis proposé surtout de préparer le lecteur à une étude qui doit entrer désormais dans le plan d'une bonne éducalion littéraire, et qui conduira certainement à une intelligence plus exacte de la grammaire moderne. J'ai voulu en même temps expliquer et justifier les procédés qui ont été appliques à la correction grammaticale du texte publié dans celte édition. 11 est maintenant facile de reconnaître que tous ces changements, quoiqu'ils se comptent par milliers, ne sont pas le résultat d'une tentative aventureuse, nniis la conséquence naturelle d'un progrès sage et mesuré, qui arrive en son temps, et qu'ils ont pour objet de rendre à la langue de notre vieil historien sa véritable physionomie, profondément altérée dans les copies peu lidèles qui nous 8'jul parvenues.

DE

Page 1