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CHAPITRE SIXIEME

La chapelle du haut du presbytère devenant trop petite, M. Berthelot écrivit à Tévêque, le 16 octobre 1808 :

« Vous savez, monseigneur, comme notre chapelle est petite. Dans Tété, il n'y a pas de place pour tous ceux qui viennent au catéchisme", malgré que j'aie déchargé la chapelle des plus jeunes enfants, en leur faisant faire un petit catéchisme en bas.»)

Cependant, il avouait au même, dans sa lettre du 16 février 1810, que ses espérances d'avoir une église à Saint-Luc étaient évanouies.

La chose en resta là jusqu'en 1817, où il se forma deux partis. L'un, composé surtout des habitants de la Grande-Savane et du Côteau-des-Hêtres, voulait l'église à côté du presbytère ; l'autre, formé surtout des fidèles du village de Saint-Jean, la demandait pour Saint-Jean même*, ou du moins pour le Richelieu au-dessous de Saint-Jean, et envoya, en ce sens, une requête à l'évêque.

M. Charles- William Grant, futur baron de Longueuil, travailla pour Saint-Jean, et y offrit un terrain pour la construction d'une église catholique.

w Les habitants de Saint-Luc, » disait-il à Mgr Plefesis, dans sa lettre du 26 août 1817, « parlent de bâtir une église en leur

paroisse. Une grande majorité d'entre eux est d'opinion

que l'endroit le plus convenable, comme le plus central, serait

la petite ville de Dorchester Si c'était l'opinion de Votre

Grandeur, sous peu, il n'y aurait pas qu'une église protestante

à cet endroit Je réitère à Votre Grandeur T offre d'un terrain avantageusement situé et suffisant pour remplir les objets que Votre Grandeur pourrait avoir en vue dans ce nouvel établissement, que jç seconderai de tout mon pouvoir. »

On peut se demander si M. Grant était poussé à cette générosité par la pensée d'agrandir le règne de l'Église, ou par l'espoir de mieux vendre ses propriétés dans les environs de Saint- Jean, lorsque l'église y serait construite.

M. Boucher, qui avait été chargé d'examiner l'affaire, envoyait, le lendemain, 27 août 1817, un mémoire sur cette paroisse, et, le 8 septembre, une longue lettre, dans laquelle, après avoir fait la description de Saint-Luc, il disait :

« Les curés de Saint-Luc désireraient que l'église fut placée sur la rivière Chambly, et ce serait, sans doute, le désir des habitants situés vers ce lieu ; mais ce n'est point celui de la Grande-Savane et de la paroisse en général. La requête présentée ne fait mention que d'une église. Or, la place de l'église est près du cimetière et du presbytère... Placer l'église ailleurs, ce serait exiger l'achat d'un nouveau terrain, la construction d'un nouveau presbytère, l'érection d'un nouveau cimetière... Transporter l'église ailleurs ce serait créer un procès...

« Si les paroissiens de Saint- Luc veulent que leur église soit placée ailleurs que sur les six arpents, où sont déjà le presbytère et le cimetière, qu'ils fassent une nouvelle requête, où ils feront mention d'une église, d'un presbytère et d'un cimetière... »

La requête de Saint-Jean, n'ayant pas été bien faite, et les observations de M. Boucher étant fort justes, la place de l'église ne fut pas encore définitivement choisie. L'affaire ne fut reprise qu'en 1820, sous M. Demers.

Une nouvelle requête de Saint-Jean, signée par Louis et François Marchand, John Woods, Mott, Sweetland et autres, demandait une église au Richelieu.

De son côté, M. Demers écrivait à l'évêque, le 9 novembre 1820, que la majorité des habitants était opposée à , la construction de l'église ailleurs qu'au Côteau-des-Hêtres ; qu'il souffrait beaucoup de n'avoir qu'une petite chapelle pour des-

servir 1,800 communiants, dont 1,000 de Saint-Luc, 500 des Mille-Roches, et 300 de sa mission de Saint- Valentin ; que Téglise devrait, pour répondre au dçsir des gens, être construite chez Charles Fréchette, le premier habitant du Bord-de-l'eau, au bout de la montée de Saint-Jean, bien que la meilleure place pour la construire serait dans l'anse, sur le Richelieu, à l'entrée du chemin neuf, qui conduit de Saint-Jean à Blairfindie ; que la plupart des fidèles de Saint-Jean sont des charretiers et des journaliers ; que M. Boucher donne toujours à la Grande-Savane l'espérance de garder l'église au Côteau-des-Hêtres (1)

M. Boucher fut encore délégué à Saint-Luc, le 7 janvier 1821, et fit rapport, le 28 février.

Cependant, l'affaire traîna encore en langueur jusqu'en 1823, où M. Gaulin écrivait, le 13 juin, que les habitants étaient irrités par la crainte de perdre l'église au Côteau-des-Hêtres, et qu'ils avaient consulté M. Sullivan, avocat, pour savoir si l'évêque pouvait la leur enlever.

Enfin, il fut décidé que le Coteau garderait l'église, et J.-Bte Morin, Janvier Normandin, Joseph Demers, Benjamin Holmes et Louis Fréchette furent élus syndics pour la faire construire.

Il fut convenu que la fabrique, qui avait de l'argent au coffre, fournirait 14,000 livres.

Les syndics ne prélevèrent donc que 18,879 livres, qui suffirent, avec les 14,000 livres de la fabrique, à payer les contracteurs, dont Joseph Chevalier, maçon, eut 13,600 livres, et Joseph Fréchette, 12,400 livres pour les ouvrages en bois, la vitrerie, etc.

Les autres 6,839 livres furent affectées aux frais de cour et à divers matériaux.

Comme pour le premier presbytère, les fidèles devaient fournir la pierre, la chaux, le sable et le bois.

Ils fournirent, en effet, 18,879 livres en argent, 250 toises de pierre, 611 barriques de chaux, 1,222 barriques de sable, une grande quantité de bois, des journées d'hommes et de chevaux.

(1) Tous les documents se rapportant à la construction de l'église ou à sa reconstruction sont aux archives de la cure ou de l'archevêché.

Il avait été stipulé, dans la répartition, que l'argent se paierait sous six mois, un sixième par mois, et que les matériaux s'apporteraient à la demande des syndics, et que ceux qui négligeraient de fournir leur quote-part de matériaux ou de travail, paieraient la pierre 48 livres la toise ; la chaux, 5 livres, et le sable, 1 livre 10 sous, la barrique ; chaque journée d'homme 3 livres ; et chaque journée d'homme avec cheval et voiture, 12 livres.

Il y avait alors, dans la paroisse, y compris le village de Saint-Jean, 87 emplacements ou petits terrains couvrant 3,150 arpents de terre, et 11,530 arpents de grandes terres en culture. (1)

L'extérieur fut complété en 1826, et l'on y entra au commencement de 1827, sous M. Blanchet.

L'église était un édifice de 115 pieds de longueur sur 50 de largeur, avec deux fausses tours surmontées chacune d'un clocher portant un coq bronzé.

C'était une assez jolie église de campagne, sans colonnes, mais avec des transepts formant une croix latine, une abside et beaucoup de sculpture à l'autel, aux stalles, à la chaire accolée au mur du côté de l'évangile, et à la voûte.

On allait à la chaire par la chapelle latérale, comme aujourd'hui encore à l'Acadie. L'un des panneaux de la chaire portait, en bas-relief, un ange de bois qui tenait à la main un enfant.

L'autel, disent les devis, sur le plan de celui de Notre-Dame de Montréal, le tabernacle, semblable à celui de Sainte-Mariede-Monnoir, les six chandeliers et le crucifix du grand autel, copiés sur ceux de Blairfindie, furent faits par Daniel Finsterer, sculpteur sur bois, de Saint-Cyprien, et coûtèrent 3,320 livres de 20 sous.

La nef contenait 108 bancs compris en six rangées, dont deux doubles, et il y avait plusieurs bancs au jubé.

Au-dessus du maître-autel, un tableau en peinture représentait saint Luc une plume d'oie à la main comme évangéliste,

(1) Extrait de la répartition légale.

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et un bœuf à «es pied» pour rappeler, le bœuf étant la matière du sacrifice de rancicnnc loi, que, dans son évangile, il a représenté Notre-Scigneur Jésus-Christ comme souverain Prêtre et Sacrificateur.

A l'extérieur des murs de l'église, un chemin couvert conduisait de la chapelle latérale, du côté de l'évangile, à la sacristie, dont les fenêtres étaient garnies de barreaux de fer.

Cette église, témoin de tant de cérémonies touchantes, de tant de grAces obtenues, de tant de serments à Dieu, de tant de joies et de consolations, subsista jusqu'à la nuit terriblement mémorable du 3 au 4- juillet 1875, oii, du samedi au dimanche, elle fut accidentellement incendiée.

Le feu se déclara dans les dépendances curiales, où des cendres chaudes avaient été déposées par le personnel du presbytère, et un fort vent du sud le transporta aux clochers par-dessus le presbytère. L'église manquait d'échelle, et la population dut la regarder brûler.

Plusieurs citoyens, surtoitt du village, éveillés en sursaut par le tocsin, qui fut sonné vers onze du soir, accoururent nu sinistre pour ])orter secours. De leur nombre était Théodore Péladeau, maire de la paroisse, et son fils, Théodore, plus connu aujourd'hui sous le nom de Lévi.

M. Péladeau, père, fut victime de son dévouement. Ayant entrepris, avec son fils, de sauver des ornements sacrés, il avait déjà fait deux voyages de la sacristie au village chargé d'objets, lorsque, au troisième, il tomba asphyxié et littéralement consumé dans les brasiers du chemin couvert, où son corps, tout calciné, fut trouvé sans tète, sans jambes et sans bras.

Nous avons nous-meme été témoin de l'incendie, où nous sommes arrivé vers minuit, et nous avons vu le corps carbonisé de M. Péladeau î)lacé sur la galerie de devant du presbytère.

La population était atterrée par la perte de son église, mais plus encore par celle du brave et généreux citoyen, qu'elle estimait, et à propos duquel Mgr Bourget n'a jamais fait de prophétie de malheur.

On fit alors circuler la fausse et disgracieuse rumeur que la destruction de l'église était l'œuvre d'un incendiaire.

Nous ne le croyons point, et nous repoussons, avec la plus grande indignation, cette rumeur comme téméraire, injuste, fausse et calomniatrice.

Le Saint-Sacrement fut sauvé, ainsi que les vases sacrés et la plus grande partie des argenteries ; mais les fidèles de Saint- Luc, hélas ! n'avaient plus d'église.

M. le grand vicaire Moreau, natif de Saint-Luc, y fut immédiatement délégué par Mgr Bourget, et, dans l'assemblée, qu'il y présida, vers le 20 juillet, il fut unanimement résolu de reconstruire l'église immédiatement.

MM. Pierre et Jérémie Moreau (qui fut le président), J.-Bte Dépelteau, Moïse Denault et Joseph Bénoni Many furent élus syndics, et firent tout de suite dresser, un devis de reconstruction et une répartition.

Malheureusement M. le curé étant incapable de pousser l'affaire, la reconstruction n'eut lieu qu'en 1877, et MM. Francis Lemoine et ses frères, de l'Acadie, en furent les ouvriers.

La sacristie fut reconstruite, dès 1875, par la fabrique inutilement aidée de la charité publique. On y mit des bancs, qui se louèrent, et c'est là que, pendant deux ans, les fidèles assistèrent aux offices, la messe, s'étant d'abord dite, après l'incendie, à la Salle-des-Habitants.

L'église fut reconstruite au même endroit que l'ancienne et sur les mêmes murs latéraux, mais le portail ayant été plus •endommagé que le reste, parce qu'il était de pierre à chaux, fut totalement reconstruit. On ne refit qu'un seul clocher, et l'on ût disparaître le transept, qui contenait les chapelles latérales.

La reconstruction coûta environ 12,000 dollars, sans comprendre le parachèvement de l'intérieur, qui se fit plus tard, €t eut le Rev. Père Michaud, C. S. V., pour architecte.

L'église actuelle est ornée, à l'intérieur, de colonnes soutenant la voûte et la tour. La chaire est suspendue, dû côté de l'évangile, à la première colonne du Sanctuaire. Il y a moins de bancs que dans l'ancienne église, mais la rente annu- -elle en est plus élevée que jadis.

Le tableau du saint titulaire est encore au-dessus du Maître- Autel; mais, cette fois, il représente Saint-Luc, sa palette de

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peintre à la main, et peignant les traits de la très sainte vierge Marie.

Il y a trois autels, à Téglise, et un à la sacristie pour la messe sur semaine, Phiver. Le Maître-Autel est dédié à Saint- Luc. C'est une œuvre d'art offerte à Téglise en ex-voto par Nicolas Many, sculpteur émérite et fils de Saint-Luc. L'autel latéral, du côté de Tépitre, est dédié au Sacré-Cœur de Jésus ; celui du côté de l'évangile, à la très Sainte Vierge ; et celui de la sacristie, à Saint Joseph.

Les fidèles de Saint-Luc sont, avec raison, fiers de leur église, qui a été parachevée, sous M. Coallier, et décorée par M. Meloche.

Elle est proprette et bien agepçeè» Tout y met, lorsqu'on y entre, sous la bénigne impressipu quje c'est là vraiment la porte du ciel et la maison de Dieu.

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