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CHAPITRE SEPTIEME

La cloche bénite est indispensable aux paroisses catholiques.

Elle appelle aux offices, chante la naissance spirituelle des enfants de TEglise, tinte lugubrement lorsqu'ils sont malades, et pleure à leur décès.

Aussi la paroisse de Saint-Luc eut-elle sa cloche dès son berceau. Les comptes du sieur Antoine Boivin, marguillier-comptable de 1802, ont, à Tarticle des dépenses, un item pour la corde de la cloche.

D'où venait cette cloche ? Combien pesait-elle ? Où avait" elle été bénite ?

Nous savons seulement, /Çjëles comptes du sieur J.-Bte MoUeur, marguillier de 1810, que, en 1810, on paya six livres pour la faire transporter à Laprairie.

Selon toute vraisemblance, elle fut renvoyée à Téglise de Xaprairie, d'où elle était venue. M. Boucher, qui avait, en quelque sorte, assisté à la naissance de Saint-Luc, avait évidemment eu l'obligeance de la prêter.

Il est probable que ce n'était qu'une très petite cloche, que l'on avait perchée sur le toit du presbytère.

On disait, à Saint-Luc, en 1875, que la première cloche de la paroisse avait été donnée à Saint-Jean, lors de l'érection de cette dernière paroisse, et que Saint-Jean, plus tard, l'avait donnée à une autre nouvelle paroisse, d'où elle avait encore émigré vers le sud-est.

Nous n'avons pu trouver aucun document écrit capable de «donner de la consistance à cette rumeur. Au contraire, les

l'etit-fil* de Jean Mcireiiu, cher du In brnnchc cadette (le In ramillc Moreiiu, de Siiint-Luc.

comptes de 1810 disent qu'elle a été transportée à Laprairie.

Cette première cloche servit jusqu'en 1810.

Le 2 novembre 1809, M. Berthelot écrivait à Mgr Plessis :

« Nous avons une cloche montée sur une chèvre, qui n'est pas des plus alertes. Pour le moment, la cloche neuve nous est encore moins utile que la vieille,' que l'on sonne encore sans danger. Pour la neuve, elle a beaucoup de difficultés à remuer. Elle est condamnée à garder le silence jusqu'au printemps. »

La seconde cloche de Sain£-Luc fut achetée, en 1809, et a duré jusqu'au 4 juillet 1875, oti elle fut incendiée.

Elle fut payée, on le voit aux comptes de la fabrique, 1487 francs. Comme elle pesait environ 450 livres, elle avait coûté un peu plus de 3 francs la-fivre.

Elle fut bénite, en 1810, et eut pour parrain Michel Morin,et pour marraine, sa sœur Gefièvi'ève, épouse de J.-Bte Moreau. On nous a souvent répété que, en l'honneur de ses parrain et marraine, elle s'appelait « MjfhpirÇrençyiève » (1)

Ses parrain et marraine furent très généreux. Les comptes de 1810 portent l'item suivant :

« Par les parrain et marraine de la cloche: 288 Ibs. )>

et cet autre item fourni par les assistants, sans doute.

« Pour la cloche : 86 Ibs.»

Elle fut sonnée pour la dernière fois, comme tocsin, dans la nuit du 3 au 4 juillet 1875, à l'incendie de l'église. On la vit entourée de flammes et tomber en poussant des sons lugubres. C'était le râle de son agonie.

Le lendemain, on retrouva ses débris parmi les cendres fumantes, et plusieurs personnes en emportèrent des fragments.

Les paroissiens cherchèrent, alors, en vain la première cloche, que l'on disait avoir été donnée à Saint-Jean.

bans leur indigence, ils s'adressèrent au gouvernement fédéral, qui leur prêta la cloche du canaly ainsi appelée parce qu'elle servait, à la tête du petit chenal, à appeler le traversier du canal Chambly.

C'était une cloche d'une vingtaine de livres et d'un son pitoyable. Elle ne fut jamais bénite, et fut (comme la seconde

(1) Tradition de la famille Moreau.

cjoche avant d'avoir été placée au clocher) perchée sur une chèvre, dont on pouvait dire comme de celle de la seconde, qu'elle n'était pas des plus alertes.

Cette petite cloche servit néanmoins jusqu'en 1882, au mois de juillet, où la cloche actuelle fut achetée de la maison Chanteloup, de Montréal, et bénite.

Elle pèse 1,035 livres et a coûté $392,50 ; mais on a donné la cloche fondue et brisée en déduction du prix d'achat, à 12 centins la livre.

Elle fut bénite, dans l'église de Saint-Luc, le 23 juillet 1882, un dimanche, fête de Saint Apollinaire, par messire Joseph Morin, curé de Saint-Jacques-le-Mineur, notre prédécesseur.

Il y eut messe solennelle chantée par messire H. Carrière, alors curé de Sherrington, assisté de M. Ambroise Hébert, comme sous-diacre, et de nous-même comme diacre. (1)

M. Florent Bourgeault, curé deLaprairie, fit le sermon de circonstance, et il y avait un grand concours de fidèles.

La cloche reçut les noms de Marie-Luc-François-Etienne- Alexandre, et plusieurs de ses noms sont écrits sur ses parois.

Elle eut un grand nombre de parrains et de marraines ; mais il est probable qu'aucun d'eux ne donna autant que les parrain et marraine de la cloche Mîcbel-Geneviève.

De leur nombre étaient l'honorable F.-G. Marchand et sa cousine, Mme Paradis; M. et Mme Louis Molleur; M. et Mme Sheridan; le docteur H. Moreau et sa jeune fille, Joséphine, aujourd'hui madame Lécuyer : M. et Mme Jacques Emery Molleur, de Saint-Jean ; M. Jérémie Moreau et Mme Paul Denault, et plusieurs autres paroissiens de Saint-Luc avec leurs épouses.

Ils avaient presque tous été placés dans le sanctuaire.

Il y eut grand gala après la cérémonie religieuse. Les parrains et marraines, et tous les membres du clergé, furent conviés à un banquet, qui eut lieu dans la grande maison en face du presbytère.

Les fidèles de Saint-Luc avaient une cloche, et ils en éprouvaient une grande satisfaction.

(1) M. Ambroise Hébert, ordonné p^^être, à Laprairie, le 27 décembre 1882, mourut, au même endroit, le Ici" novembre 1884.

M, I'atuich Dri'fi:

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