CHAPITRE PREMIER
La paroisse de Saint-Lue, dans le comté de Saint-Jean, le district d'Iberville et le diocèse de Montréal, est située sur la rive gauche du Richelieu, entre Saint-Jean d'Iberville et Chamblv.
Elle comprenait, aittrefois, à part la plus grande partie de son territoire actuel, toute la partie de Saint-Jean située sur le Richelieu, et s'étendait par ses dessertes sur les deux rives de cette rivière, jusqu'aux états de New-York et du Vermont.
Bien rapetissée par l'érection de Saint-Jean, elle est aujourd'hui bornée, à l'est, par le Richelieu, qui la sépare de Saint- Athanase ; au nord-est, par Chambly ; au nord-ouest, par Laprairie ; à l'ouest, par l'Acadie ; et, au sud-est, par Saint-Jean.
La paroisse de Saint-Luc est de forme irrégulière ; mais elle a environ trois milles de front sur le Richelieu, et environ sept milles de profondeur vers le nord-ouest, et est traversée dans toute sa longueur, par vme ancienne route militaire appelée le Chemin-de-Sain t-Jean.
C'est le long de ce chemin que se trouvent les rangs doubles du Côteau-des-Hêtres, où sont le presbytère, le cimetière et l'église, à deux milles du Richelieu, et de la Grande-Savane, le phis beau de la paroisse et des environs.
Le territoire de Saint-Luc est sillonné, à l'ouest, par une rivière étroite et tortueuse, légalement appelée la Petite-Rivière de Montréal, laquelle a sa source à Hemmingford, comté de Huntingdon, et son embouchure, au bassin de Chambly.
La Petite-Rivière roule ses eaux, fougueuses à la fonte des neiges et stagnantes en été, à travers les paroisses de Slierrington, Napierville, L'Acadie, Saint-Luc et Chambly. Elle coupe le Chemin-de-Saint-Jean presque à angle droit, à égale distance de Laprairie et de Saint-Jean, à l'endroit appelé Half-way- House, où il y avait autrefois des hôtels et des relais.
L'île Sainte-Thérèse, gracieuse émeraude dia Richelieu, dont nous donnons une esquisse, est habitée par plusieurs familles et fait partie de la paroisse de Saint-Luc comprise elle-même en trois seigneuries distinctes.
Ainsi, les terres de l'ouest et de l'est de la Petite-Rivière, la Grande-Savane et les terres adjacentes du côté de l'Acadie, font partie de la seigneurie de Laprairie ; la Petite-Savane et le Petit-Rang, le Bord-de-l'eau, le Côteau-des-Hêtres et la Petite-Acadie, à l'est et au sud de la paroisse, sont dans l'augmentation de la baronie de Longueuil (d'où l'ancien nom de Saint-Luc de la baronie de Longueuil) ; et, enfin, les terres annexées à la paroisse, en 1880, au bas de l'île Sainte-Thérèse et au nord-est de la Petite-Savane, appartiennent à la seigneurie de Chambh'.
Les pères Jésuites ont appelé Côte-Saint-Stanislas-Kostka la concession à l'ouest de la Petite-Rivière ; Côte-Saint-Louis de Gonzague, celle de l'est, où se trouve la Côte-à-Gladu ( 1 ) ; et Côte-des-Saints-Anges, la concession plus connue aujourd'hui sous le nom de Grande-Savane. (2)
A part le Côteati-des-Hêtres et cjuelqucs côtes du rang de Saint-Louis-de-Gonzague, le sol de Saint Luc est très uni. Et encore, la Côte-à-Gladia, dont on parle comme d'une côte formidable, n'a qu'une douzaine de pieds de dépression. Le Cô-
(1) Ainsi nommé de J.-Bte Gladu, premier concessionnaire du terrain, où elle se trouve. Dénombrement de 1781.
(2) Dénombrement de 17S1 aux archives fédérales à Ottawa.
TOI'OGKAI'HIK I)K SAINT-LUC S
teau-des-Hctres, d'environ deux niillcs de longueur et un mille de largeur, n'a (jue quatre à einq pieds d'élévation.
Il est à l'est du Chemin-de-Saint-Jean, (ju'il eoupe, cependant, près de la montée Frcchette, (|ui eonduit au Bord-de-l'eau, pour pénétrer sur (|uel([ues terres de la Petite-Acadie. C'est la partie la moins fertile de la paroisse.
Il portait jadis beaucoup de hêtres, d'où il a tiré son nom ; mais on n'y en voit presque plus, bien qu'il soit encore en plusieurs endroits, surtout A'is-à-vis l'église, recoixvert de bouleaux, de pins et de sapins.
La paroisse de Saint-Luc fait partie de cette riche et fertile vallée de terre grise et forte, qui longe le Saint-Laurent, et, par bouts, le Richelieu, de Contrecoeur à Salaberrv.
Au temps de la maturité des grains, la Grande-Savane, le Côteau-des-Hêtres, à l'ouest dit Chemin-de-Saint-Jean, et la Petite-Acadie, les trois greniers de Saint-Liic, offrent à l'observateur pkicé sur l'arrière du presbA'tèretin panorama splendide.
La, plaine s'y déploie large et majestueuse, et les moissons jaunissantes s'y balancent avec grâce, comme les ondes d'vm beau lac sous le charme de la brise.
L'horizon de Saint-Luc n'est pas moins intéressant (|i:'agTéable à la vue. On y compte, en différents jours, jusqu'à onze clochers brillant sur l'azur du ciel, et on y entend les cloches de plusieurs d'entre eux.
Plusieurs montagnes émergent au loin.
A l'est, le mont Johnson, ou Saint-Grégoire (c'est le plus rapproché), et les Alléghanys; au nord-est, les montagnes de Rougemont et de Saint-Hilaire ; an nord, la montagne de Saint- Bruno ; à l'ouest, le Mont-Royal, dont on distingue, en hiver, par de belles matinées, les rues en amphythéâtre, et, le soir, sa lumière électrique, que de bons 3'eux résolvent même de Saint-Luc, et, au fond, les Laurentides ; enfin, au sud-est, les Montagnes Vertes.
On a souvent vu de Saint-Luc, dans les grandes réjouissances de Montréal, les gerbes du feu d'artifice gravir les flancs de la montagne et les redescendre en miroitant, et on en a souvent entendu gronder le canon.
C'est que Saint-Luc n'est qu'à une vingtaine de milles de Montréal : à portée, par conséquent, de ses lumières intellectuelles, de ses marchés, de son commerce, de son industrie.
Cette paroisse est aussi à portée des chemins de fer du Pacifique et du Grand-Tronc, qui ont des stations à l'Acadie et à Saint-Jean (celui-ci traversant même l'angle sud de la Petite- Acadie). Elle est atissi à portée de la navigation du Saint- Laurent, du Richelieu et du canal Chaml)ly, qui passe stir son territoire entre l'île Sainte-Thésèse et la terre ferme, et à environ vingt -cinq milles des lignes qui séparent le Canada des États-Unis.
Saint-Luc, cependant, est isolé et dans un calme plat. Les bateaux, les trains de chemins de fer, même les fils téléphoniques, V passent, mais n'\' arrêtent pas. La malle n'est devenue quotidienne que depuis trois ou quatre ans.
Tout de même, la beauté de ses terres, la fertilité de son sol, ses vertes prairies émaillées de fleurs du printemps à l'automne, la nappe d'eau du Richelieu, ses jolis petits bois, d'où s'échappent des parfums, son air pur, sa tranquillité profonde, la proximité de l'éghse pour la plupart, l'affabilité, la douceur, la franchise et l'aménité de ses habitants, en font une campagne agréable, im lieu de déhces pour les amateurs de repos et de |Dcaix.