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I. LA CITIÈRE ET LE CHEMIN-DE-SAL\T-JEAN

Le territoire de Saint-Luc s'est d'abord trouvé compris dans la Citière.

La Citière fut la première seigneurie concédée dans les environs de Montréal, le 15 janvier 1635, par la Compagnie des Cent Associés.

«La Citière,)) dit AL l'abbé Verreau, (1) "était un petit royaume s'étendant, dans le sens de la longueur, de la rivière Saint-François à celle de Chateaugua}^, et, dans la profondeur, des rives du Saint-Laurent à celles de l'Atlantique. C'était la plus belle et la plus fertile partie du pays. »

Les seigneurs de la Citière, n'ayant pas rempli les conditions de leur concession, cette immense seigneurie rentra au domaine de la couronne, sans que l'on ait commencé à coloniser Saint- Luc.

La colonisation de Saint-Luc commença par la construction du Chemin-de-Saint-Jean, peu après 1665.

(1) Mémoire de la Société Ro^-ale. Des commencements de Montréal. 1887. Pase 14-9.

A cette époque, les Français élevèrent un fort à Saint-Jean, ( 1 ) pour arrêter ou au moins inquiéter les colons de la Nouvelle-Angleterre, et ouvrirent, peu après, une voie quelconque pour communic|uer de ce fort à Montréal par Laprairie.

Ce fut le Chemin-de-Saint-Jean.

Ce chemin a donc bien plus de deux cents ans d'existence. Aussi, dit-on, à Saint-Luc, pour désigner une chose ancienne ou une personne âgée : Vieux comme Je Chemin-de-Saint-Jean.

C'est le long de ce chemin, dans la seigneurie de Laprairie, à l'endroit appelé La Bataille, que, en 1691, eut lieu, entre les Français commandés par M. de Valrennes et les Anglais sous le major Schuyler, ce combat, dont parle l'histoire, et qui se termina par la défaite de ces derniers. (2)

Pour commémorer ce fait, M. Bourgeault, curé de Laprairie, a fait élever une croix à cet endroit, en IcSQl.

Autrefois, le Chemin-de-Saint-Jean allait directement du Côteau-des-Hêtres à Saint-Jean. Il n'y avait pas de montée Fréchette. Ce ne fut que vers 1800 que l'on construisit cette montée, qui sépare aujourd'hui la paroisse de Saint-Luc de celle de Saint-Jean, et que l'on abandonna la partie du Chemin-de Saint-Jean, qui se continuait de cette montée à l'anse du Richelieu, près du village de Saint-Jean. (3)

La paroisse de Saint-Luc venait de s'établir, et l'on voulait donner aux colons du Bord-de-l'eau un chemin plus court pour venir à leur église.

Le Chemin-de-Saint-Jean fut macadamisé par bouts, vers 1830, par Benjamin Holmes, du village de Saint-Ltic. Holmes, contracteur principal, eut quatre-vingts dollars l'arpent, et réalisa ime jolie fortune en faisant faire l'ouvrage par souscontrats pour la moitié du prix qu'il recevait lui-même. (3)

L'ouvrage a été mal fait et ce chemin est souvent maitvais.

(1) Garneau. Histoire du Canada. Vol. 1, p. 206.

(2) Garneau. Ibidem, p. 348.

(3) Traditions conservées par MM. Pierre et Jéréraie Moreau.

COLONISATION DE SAINT-LUC

S II. LA SKKvNErKIE DE LAPKAIRiK

La seigneurie de Laprairie fut eoneédée aux Jésuites par AI. de Lanzon, le 1er arril 164-7.

A cette époque, totit de même, elle contenait déjà, sur le bord du fletive, un peii au-dessus du village actuel de Laprairie, une prairie dite de la Magclelnine, ainsi qu'on le voit dans son acte de concession. (1 )

A part, cependant, quelques défrichements près du fort, il ne se fit guère de colonisation sérieuse dans cette seigneurie que vers 1675.

Vers 1720, la population de Laprairie de la Alagdelaine débordait moins vers Saint-Luc et le fort Saint-Jean, que vers les paroisses actuelles de Saint-Philippe et de Saint-Constant, qui furent érigées bien avant celles de Saint-Luc et de L'Acadie.

On craignait encore les patrouilles de la Nouvelle-Angleterre, et l'on n'osait pas trop s'éloigner vers le sud-est.

Cependant, les Jésuites firent plusieurs concessions de terres, à la Petite-Rivière et sur le territoire de Saint-Luc, de 1753 à 1772. Les pères J.-Bte. St-Pé et Pierre Floquet, entre autres, signèrent plusieurs de ces actes, et, après eux, les sieurs J.-Bte. Foucher et Pierre Panet (celui-ci notaire royal) comme avant affermé la seigneurie. (2)

Même après la suppression des Jésuites, le 11 novembre 1779, le père J.-Bte. Well, S. J., mettait Jean Moreau, ([ui était allé payer ses rentes seigneuriales, en bonne saisine de la terre que, l'année précédente, il avait eue d'échange de Pierre Brosseau, à la Grande-Savane. (3)

A part la terre concédée aux colons, les Jésuites accordaient à leurs censitaires un droit de commune pour faire paître leurs bestiaux, mo^^ennant une petite rente annuelle. Ce qui explique que plusieurs censitaires de Saint-Luc envoient encore

(1) Pièces et Documents relatifs à la tenure seigneuriale.

(2) Contrat d'échange du 4- août 1778.

(3) Sa signature est sui\ le contrat d'échange du 4 août 1778.

des bêtes à la commune de Laprairie, et qu'ils paient encore un droit de commune, chaque année.

Depuis l'acte de la législature de Québec passé en 1888 et dit Acte des biens des Jésuites, où ceux-ci ont renoncé à tous leurs droits sur leurs anciennes seigneuries, et n'ont réservé que leurs anciens droits sur la commune de Laprairie, leurs censitaires, même de Saint-Luc, paient aux Jésuites mêmes leurs droits de commune.

L'une des premières terres concédées, à la Grande-Savane, est aujourd'hui possédée par M. Edmond Brosseau. Elle est sise au nord du Chemin-de-Saint-Jean, et la seconde à l'est de la montée du Côteau-de-Trèfle.

Elle fut concédée à Pierre Brosseau ( 1 ) par le père St-Pé, le 8 février 1753, notaire Hodiesne, sous le gouvernement français.

On peut croire que Pierre Brosseau, dont le père, François Brosseau, était de Fontarabie, vint s'y établir peu de temps après ; car, lorsqu'il changea de terre avec Jean Moreau, le é août 1778, il y avait défriché plusieurs arpents, fait une maison et plusieurs bâtiments. (2)

On y voyait encore des ours, cependant, et autres bêtes sauvages. Raphaël Moreau, notre aïeul paternel, nous a souvent parlé de ces bêtes et raconté c[ue, étant encore petit garçon, il était un jour allé aux framboises sur cette terre, et que, en sautant sur un arbre renversé, il avait éveillé un ours couché près de cet arbre.

Il ajoutait que l'ours s'était sauvé, et qu'il avait fait de même.

En 1781, la terre de Jean Moreau, à la Grande-Savane, n'avait encore, tout de même, que trente arpents en culture. (2)

La Grande-Savane était donc encore loin d'être le lieau rang d'aujourd'hui, qui fait l'admiration des passants.

(1) Pierre Brosseau fut le père de Philippe Brosseau, l'aïeul de M. Samuel Brosseau, de l'Acadie, et le bisaïeul de M. Brosseau, maître de' poste actuel de Saint-Jean.

(2) Dénombrement de 1781.

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COLONISATION DE SAINT-LI'C 9

Jean Moreau y construisit une maison do chêne, c[uc nous avons vue nous-nicme, et qui a dviré plus de cent ans.

Cette terre demeura la propriété de Jean Moreau jvisciu'au 3 septembre 17S4-, où il la changea, ainsi t[u'ime autre terre que, depuis 1770, il possédait à l'ouest de la Petite-Rivière, pour deux terres du Côteau-des-Hêtres, que lui bailla J.-Bte d'Honay, par acte du notaire Lalanne. ( 1 )

De J.-Bte d'Honay elle passa à Jean Loupret (2), puis de celui-ci à son fils Denis Loupret, qui la donna à son fils Etienne, qui la vendit à Jules Faille, tpii la revendit à Edmond Brosseau, qui la possède encore.

Les terres, que Jean Moreau reçut, par échange, au Côteaudes Hêtres, et oii il vint s'établir en 1 784', l'année de la Grande- Noirceur (3), étant de la baronie de Longueuil, nous sommes naturellement amené à parler de cette belle seigneurie.

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