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IIL LA BARONIE DE LONGUEUIL

Le premier seigneur de Longueuil s'appelait Charles Lemovne.

Cette seigneurie lui fut en partie concédée à lui-même, dès 1654^, puis agrandie en sa faveur, lors de son mariage, en 1668. On l'appelait alors la Petite-Citière.

Elle fut encore agrandie, en 1700, et érigée en baronie en faveur de Charles Lemoyne de Longueuil, fils du précédent et fait baron par Louis XIV, cette même année.

Enfin, elle reçut ses limites actuelles en 1710, par une nouvelle augmentation en arrière de Longueuil, de Chambly et de Laorairie.

(1) Nous en avons vu l'acte d'échange parmi les vieux papiers de feu Pierre Moreau.

(2) Jean Loupret fut le père de Denis Loupret, l'aïeul d'André Loupret, et le bisaïeul de Chs Loupret, magistrat stipendiaire, décédé à Saint-Jean, il 3- a deux ans.

(3) Mgr Tangua^'. A travers /es registres, p. 217.

C'est clans ce dernier agrandissement qtie se trouvent le presbytère, le cimetière et l'église de Saint-Luc.

La baronie de Longueuil, après être passée de Charles Lemovne de Longuetiil, premier baron, à Charles Lemo^vne de Longueuil, second baron et fils du précédent, puis à Charles- Jacques Lemoyne de Longueuil, troisième baron, fils du précédent et époux de Marie-Anne FleuryD'Eschambault, se trouva, en 1755, à tomber de lance en quenouille.

Elle passa alors aux mains de Melle Marie-Charles-Joseph Lemovne de Longueiail, quatrième baronne et fille posthume du précédent baron.

Melle de Longueuil fiit la transition, par laquelle la baronie passa, de mains françaises et catholiques, en mains écossaises et protestantes.

Placée d'abord soixs la tutelle de son oncle, M. D'Eschambault, Melle la baronne passa aussi, au mariage de sa mère avec l'honorable William Grant, sous la tutelle de ce dernier, qui lui aida à administrer ses biens.

C'est en compagnie de ce M. Grant que, en 1781, Melle de Longueuil, en présence du gouverneur, tête nue et un genou en terre, déclarait à haute et intelligible voîx, qu'elle rendait foi et hommage au roi. (1)

L'acte de foi et hommage était ordinairement sviivi du dénombrement de la seigneurie. Nous n'avons pas pu, cependant, trouver celui de la baronie de Longueuil pour 1781 . Il aurait, pourtant, été une pièce intéressante pour l'histoire de Saint- Luc.

Melle la baronne de Longueuil épousa elle-même, le 7 mai 1781, le capitaine David Alexandre Grant de Blairfindie, neveu de son beau-père, et mourut à Montréal, le 17 janvier 1841.

La baronie passa ensuite à ses descendants, Charles William Grant, cinquième baron, Charles Jacques Irvine Grant, sixième baron, et Charles Colmore Grant, septième baron.

Ce dernier mourut subitement, à New-York, on il était de passage, le 13 décembre 1898, et fut inhumé à Montréal, au cimetière Mont-Royal, sept jours après. (2)

(1) Actes de foi et hommage de 1781.

(2) The Montréal Daily Star. 19 déceml^re 1898.

COLONISATION DE SAINT-LUC 11

La famille seigneuriale de Longueiiil demeure en Angleterre, où la covironne britannique a reeonnvi son titre de baron; mais elle a à Saint-Jean, pour le dernier agrandissement de la baronie, un agent ([ui en eolleete les rentes. Le titulaire actuel est AL le notaire Eugène Arehambeault.

L'honorable (car il devint conseiller législatif) David Alexandre Grant de Blairfindie appartenait à une famille noble. M. de la Chena^-e, expert en la matière, déclare que « les titres originaux de la famille des Grant, de Normandie, originaire d'Ecosse, sont des mieux en règle ; qu'ils prouvent que cette famille est noble, et que, conduite d'Ecosse en France et en Normandie, vers 1350, par Jean Graj, ambassadeur d'Ecosse en France, elle y est avijourd'luii représentée par M. Grant de Blairfindie. » (1)

Nous crovons que c'est en l'honneur de ce AL Grant de Blairfindie que l'on donna le surnom de Blairfindie à la paroisse de l'Aeadie en grande partie comprise dans la baronie de Longueuil.

Quoiqu'il en soit, la terre qui porte l'église et le cimetière de Saint-Luc, fut concédée le 3 août 1779, par M. D'Eschambault, oncle et procureur de Melle de Longueuil, à J.-Bte d'Honay, par acte du notaire Lalanne, de Laprairie.

C'est une terre de trois arpents de front sur trente de profondeur. Elle est dite, dans le contrat de concession, située à la Côte-des-Saints-Anges, et tenant, sur le devant, au Cheminde-Saint-Jean.

A cette époque, évidemment, on l'egardait encore le Côteaudes-Hêtres, comme une continuation de la Côte-des-Saints- Anges, et il en portait le nom.

Cinq ans plus tard, le 3 septembre 1784', notaire Lalanne, cette terre et une atitre du Côteau-des-Hêtres, aujourd'hui possédée par M. Lévi Péladeau et concédée à J.-Bte d'Honay en

(1) Nos renseignements sur les Ijarons de Longueuil sont jjresque tous tirés du livre de Al. Daniel, p. s. s. : Les grandes familles françaises du Canada (pages 150 ss.), et des Pièces et documents relatifs à la tenure seisneuriale.

même temjjs qtie la première, devenaient la propriété de Jean Moreau, qui donnait à d'Honay en échange, mais sans soutte ni retour, dit l'acte, sa terre de la Grande-Savane et une autre à lui concédée, à l'ouest de la Petite-Rivière, par le Père Floquet, en 1770.

On changeait souvent de propriété à cette époque, afin de ne pas avoir à payer les lods et ventes au seigneur.

D'Honay, dit l'acte d'échange, avait défriché une quinzaine d'arpents sur la terre de l'église, et v avait bâti une maison de pièces sur pièces (qui existe encore) de vingt-qtiatre pieds en carré, couverte en planches, avec cheminée de pierre, et y avait préparé le bois d'ime grange.

L'autre terre n'avait qu'environ douze arpents en valeur, sans bâtiments.

Il V avait donc encore beaucoup de bois, à Saint-Luc, et l'on y menait encore la vie active et méritoire du colon. Par cette vie laborieuse nos pères préparaient des patrimoines à leurs fils, et se réservaient du pain pour leur vieillesse.

Quant aux terres de la Petite-Acadie, elles n'étaient pas plus avancées.

La première du rang, aujovird'hui possédée par AL Henri Moreau, concédée par M. D'Eschambaidt à l'arpenteur Giboulon, fut acquise par Jean Moreau, le 21 février 1779, pour soixante-dix chelins de la province. Elle n'avait alors ni désert, ni bâtiment.

La terre de M. Hector Perrier, aussi à la Petite-Acadie, sur laquelle a vécu notre aïeul paternel et sur laqvielle nous sommes né, fut concédée à François Lanoue, le 6 mars 1783, par David Alexandre Grant de Blairfindie, époux de Madame la baronne. (1)

Les terres du Bord-de-l'eati, de la Petite-Savane et de la partie de la seigneurie de Chambly comprise dans Saint-Luc, ont dû être concédées presque à la même époqvie que celles du Côteau-des-Hêtres et d'une partie de la Grande-Savane ; mais les habitants, qui v demeuraient furent d'abord desservis de *Chamblv.

(1) Nous en avons vu le contrat.

COLOXISATIOX DE SAIXT-LUC 13

Le premier colon du Bord-de-l'eau à été Joseph Dupuis de Montpellier, bisaïeul de M. Patrice Dupuis. Il a dû s'y établir vers 1775. (1 ) Il venait de la France.

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