Gh. A
i «ur de la mort sa retrouva dans ce lieu qu'elle n'avait pas c^uitté depuis.
Plus d'un lecteur se lassera peut-être de cette longue énu-
scnération des misères humaines. Toujours des aveugles , des
:M3iu6ts ; des boiteux , des possédés , des infirmes de toute
sorte , voilà de quoi rebuter les oreilles les moins délicates.
IMais quoi? nos misères ne sont-elles pas la partie la plus
Téelle de notre vie? Du reste, la religion seule peut en parler,
car elle en a seule le secret et le remède.
Un habitant d'Angers ^ tonîba malade et fut contraint de se mettre au lit. La fièvre , croissant de jour en jour , le prive de l'usage de ses membres et lui enlève encore l'ouie et la parole. Peu de jours après , il guérit de la fièvre , mais reste sans voix. Alors , ses frères lui ôtent sa part de bien et le chassent de la maison paternelle. < Il est devenu fou , disaientils , Dieu ne doit pas souffrir qu'il demeure à nos charges et possède une part de l'héritage. »
En effet, ces hommes étaient de condition libre et vivaient de leur propriété. Le malheureux , malgré la perte de ses sens , avait néanmoins conservé toute sa raison. Prenant donc des planches , comme avait fait Piolus , le clerc de Gandes , il les entrechoquait de manière à imiter la voix d'un homme qui se plaint. Avec cette industrie , il arrive au bourg de Gandes et s'y joint aux autres mendiants. Pendant six ans ce pauvre se nourrit des richesses de la sainte cellule. G'était encore la nuit d'un dimanche. Le pauvre muet était couché dans la maison de son hôte , c'est-à-dire de saint Martin. Tout à coup ce lieu est rempli d'une immense clarté. L'homme, plein d'épouvante , se jette la face contre terre. Aussitôt lui apparaît un personnage en habits sacerdotaux. Il touche Tin-
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firme et forme sur son iront le signe de la croix, c Le Seigneur t*a guéri , dit-il ensuite , lève-toi , cours à relise , et rends grâces à ton Dieu. »
Dans TéUn de sa reconnaissance , le muet élève la voix et remplit de ses cris tout le voisinage. On accourt pour voir ce quec*est. L'étonnement est extrême, quand on entend parier celui que la veille encore on avait vu muet. Sur ces entrefaites, le signal des matines est donné. Le peuple se rassemble. On célèbre donc les veilles saintes , et toute l'assi* stance instruite du miracle glorifie la vertu du bienheureux. Deux énergumènes furent guéris à Gandes le même jour.
Il y avait k Gandes un bassin de cristal que ^ , d'après la tradition , saint Martin lui-même avait jadis donné à cette église. Les fiévreux , qui y buvaient un peu d'eau , étaient guéris aussitôt. Enfin, il parait qu'au vi*" siècle, les hauts personnages tenaient k honneur d'avoir leur sépulture dans la basilique de Gandes. En 586 S un homme puissant , nommé Pélagius, y avait fait mettre son tombeau. Mais, oppresseur du peuple et des clercs , il mourut au milieu de ses brigandages. Ses gens trouvèrent un jour son tombeau découvert, et la pierre qui le couvrait brisée en morceaux. Ils se contentèrent de l'ensevelir sous le portique.
On remarquera que tous ces faits se sont passés du temps de l'historien et devant des témoins nombreux, qu'il était mieux que personne en position d'être bien informé, que souvent il indique le nom de la personne et celui de la localité d'où elle était venue ; ses récits portent donc en eux-mêmes toutes les garanties de vérité.
Saint Mexme de Ghinon qui ' , du fond de son tombeau ,