‹ Histoire de saint Martin, évêque de ToursChapitre 127 sur 155 · Loire Hist., t. 4, p. 2S · texte numérisé non relu

Loire Hist., t. 4, p. 2S

CHPITRE IX.

PRITILÉGES ACCORDÉS EN CONSIDÉRATION DE SAINT HARTUf.

Comme nous l'avons déjà vu, dès le vi* siècle, la sainte basilique offrait , contre toutes sortes de poursuites , un asile assuré que les rois mêmes n'osaient violer. L'exemption et les privilèges ont aussi distingué la cilô , autrefois , siège du grand pontife. C'est sur quoi roule le récit suivant de saint Grégoire , qui raconte un événement auquel il a pris part *.

Le roi Childebert avait envové dans le Poitou deux ofBciers , Florentianus , maire de la maison royale , et Romulfus , comte du palais ; le but de leur mission était de faire payer au peuple les impôts accoutumés. Leur office rempli en ce pays , ils se rendent à Tours. Là , ils veulent contraindre le peuple à payer les mêmes contributions. Ils se vantaient » en

L llist., 1. 9, ch. 30.

effet, d'avoir entre les mains le livre où se trouvait consigné le chiffre des impôts que les citoyens de Tours avaient payés sous les rois précédents. Saint Grégoire leur répondit : « On sait, il est vrai, que du temps du roi Chlotaire, la ville de Tours fut taxée et que les livres de cette taxe furent présentés au roi. Mais , par cramte du saint évéque Martin , le prince en eut regret et les livres furent brûlés. Après la mort de Chlotaire , ce peuple fit serment au roi Charibert qui , de son côté , jura de n'infliger à ce peuple , ni lois , ni coutumes nouvelles, Gaïzo qui, dans ce temps, était comte, ayant pris le capitulaire fait par les écrivains antérieurs , se mit à exiger les tributs. Arrêté dans cette opération par Tévéque Eufrône, il poussa la malice jusqu'à se présenter devant le roi pour lui montrer le capitulaire dans lequel étaient indiqués les tributs. Gémissant sur ce qui s'était fait et craignant la puissance de saint Martin , le roi jeta cet écrit au feu ; ensuite, il envoya à la basilique les pièces d'or provenant de cette exaction, et déclara en même temps qu'aucun citoyen de Tours ne devait payer d'impôt. Après la mort de Charibert , le roi Sigebert , qui posséda cette ville , ne fit peser sur elle aucun impôt. De même aussi , maintenant Childebert , arrivé à la quatorzième année de son règne, n'a jamais exigé de nous aucun argent. A présent vous êtes les maîtres de lever ou non l'impôt , mais prenez garde au mal que vous ferez , en agissant contrairement au serment du roi. »

A ces paroles de l'évêque , les officiers répondirent : « Nous avons entre les mains un livre dans lequel se trouve le cens infligé h ce peuple. — Ce livre , reprit Grégoire , n'est pas sorti du trésor royal où il n'existe plus depuis tant d'années. Ce ne serait pas chose étrange qu'il eût été, par haine pour ce peuple , conservé dans quelque maison particulière. Dieu jugera ceux qui» pour dépouiller nos coâci-

toyens , Tont remis en lumière après uq si long espace de temps.» Le même jour le fils d'Audinus, par qui ce livre avait été représenté , fut saisi de la fièvre et expira au bout de trois jours. Grégoire , cependant , manda vers le roi pour le prier de faire connaître sa volonté à ce sujet. Bientôt après on reçut une lettre écrite de la main même du roi et marquée de son sceau. Elle décidait que» par respect pour saint Martin , le peuple de Tours devait être exempt de la taxe. Ayant ouï lecture de cette missive , les envoyés du roi s'en retournèrent dans leur pays.

Nous entrons dans le vii* siècle.

Vers Tan 040 , saint Eligius ou Eloy ^ , qui n'était pas encore évéque, et Dagobert, roi des Francs, se distinguèrent ensemble par leur dévotion à saint Martin. En efifet , entr'autres bonnes œuvres, Eligius fabriquait en or , argent et pierreries, beaucoup de châsses pour les reliques des saints. Mais ce fut dans celle de saint Martin de Tours qu'il déploya toutes les merveilles de son art. Elle était en or et en pierreries , libéralités du roi des Francs, et surpassait en richesse et en beauté la châsse donnée par saint Perpétue.

Lorsque les reliques du saint eurent été renfermées dans ce brillant cercueil , le pieux artiste orna encore avec élégance l'ancienne châsse où le corps du saint avait reposé pendant deux siècles , et que l'on conserva longtemps avec beaucoup de respect.

Il obtint en outre du roi, pour la même église, un bienfait signalé. La ville de Tours était, au sujet de l'impôt, retombée dans • le droit commun. Pour honorer le saint confesseur , le roi , à la demande d'Eligius , fit don à cette église de tous les impôts payés à l'Etat par la cité , ce qu'il confirma par écrit. Depuis

f . Audoen.^ in Vit. S. Elig., 1. 1^ c. S2«

^mps, dit UD auteur contemporain, cette église possède ^^ les droits du fisc , et encore aujourd'hui , dans cette ^^e ville , le comte est établi par lettres de Tévéque.

À cette époque, c'était au tombeau de saint Martin que les rois et les princes venaient faire leurs serments les plus solennels. Pour marque de rengagement qu'ils y avaient pris , ils y laissaient leur canne ou bien un de leurs gants. Au dernier siècle on conservait encore , dans le trésor de la basilique, un de ces derniers objets*. Une inscription y était attachée, qui paraissait être du septième ou du huitième siècle. Un serment ainsi fait était réputé inviolable.

Nous devons mentionner ici les fameux privilèges accordés à la basilique, du temps de Grotpert, qui était éyéque de Tours en 652 ^

L'église de saint Martin était a}ors un monastère de Tordre de saint Benoit, sous la direction et l'administration d'un abbé. Elle avait un territoire fort étendu qu'elle tenait de la libéralité des rois. L'évéque Grotpert se dépouilla de toute la juridiction qu'il avait sur cette église et son territoire. Il consentit qu'elle fût et demeurât démembrée de son diocèse , et que toute l'autorité spirituelle et temporelle en appartint à la communauté, pour être exercée par l'abbé ou son prieur, et par ceux qui seraient jugés les plus capables. Il ne voulut pas même que lui ni ses successeurs pussent y exercer les fonctions du caractère épiscopal, comme de conférer les ordres, bénir les saintes huiles et faire le saint chrême, autrement qu'un évéque étranger, c'est-à-dire lors seulement qu'ils en seraient requis par l'îitbé et les''- religieux du monastère. Les évêques des

Page 1