CHAPITRE Xlll
PREDILECTION DU SÂllNT SIÈGE POUR L ËGLISË Dfi SÂmT-]tf4BT|B.
Nous nous trouvons ici avec bonheur en présence du grand pape Urbain IL
Nous avons vu précédemment les faveurs octroyées par les rois à la saitite basilique, en Thonneur de son illustre patron. Mais ce qui montre le mieux la dévotion du monde chrétien pour le glorieux saint Martin, c'est le soin particiilier que celle de Rome a toujours pris de son église. Les papes ont travaillé avec- un zèle infatigable à y rétablir Tordre et la discipline , toutes les fois qu'il s'y est manifesté quelque relâcheitteut. Quelques-uns l'ont fait en personne , beaucoup d'autnes par leurs légats ou commissaires apostoliques. Souvent Ils l'ortl assistée de leurs conseils danâ les affaires les plus difficiles et soutenue , dans ses plus pressants besoins , par leurs libéralités ou les secours qu'ils lui ont procurés.
Cette prédilection du saint siège, pour l'église dé Saint- Martin , s'explique encore par le zèle constant de cette église pour conserver la foi dans toute sa pureté et son obéissance, toujours prompte envers le vicaire de Jésus-Christ , pendant plus de mille ans qu'elle eut l'honneur de dépendre immédiatement de lui.
Le pape Urbain II * vint en France en 1095 et tint au indià de novembre de cette année, à Clermont, ce fameux concile où il prêcha lui-même la première croisade. De là il vint , au mois de mars suivant k Saint-Martin de Tours , où il assembla un synode. Il séjourna sept jours consécutifs dans le cloître , avec les chanoines . pour établir l'ordre qu'il jugea nécessaire dans cette église et en réformer le clergé.
Les chanoines de Saint-Martin avaient naguères refusé de recevoir processionnellement les légats du pape Grégoire YII, prédécesseur d'Urbain, du nombre desquels était Amat, archevêque de Bordeaux. Celui-ci, ne connaissant pas les privilèges de l'église, en avait porté ses plaintes au concile dlssoudun, qui les avait excommuniés. Le pape Urbain luimême était extrêmement irrité contre eux. Mais s'étant fait représenter lesdits privilèges , il les examina en présence de ses cardinaux , de Hugues , primat de Lyon , et de plusieurs autres évêques ou personnes constituées en dignité. Il y trouva, comme il le déclare bii-même dans une bulle expédiée àTéurs, au Château-de-Saint-Martin, que les chanoines de la basilique étaient dispensés de recevoir personne processionnellement autre que le pape , le roi et l'archevêque de Tours , ce dernier , une fois seulement en sa vie. Sa bulle commence par ces lûots : « Le Dieu^ de qui viennent tous les biens a
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daigné, par sa miséricorde, amener. aotre dévotipii aii tombeau du bienheureux Martin. » . .
Le pape se convainquit aussi, par repme^ df s :mem6$ privilèges que la bfisilique était en droit dî^voir^.sopéyêçuc propre. Mais , comme les pèlerinages a'y étaieijl plus si fiçé^ ^ents , le ministère de cet évéque n'était plu^ néces^e. C'est pourquoi Urbain supprima cette dipité qui avait subsisté pendant plus d*uu siècle. Toutefois VégUse deoieiiira immédiatement sujette au saint siège.
Le pape termina aussi un différent survenu entre le chapitre de saintrMartin et l'abbaye de Cormery. A cf sa\e% ^ il ordonna que les abbés de ce monastèi;e , pour marque 4e .l^ur dépendance, viendraient, selon le premier usage, sur Tordre du doyen et du chapitre ^ prendre leur crosse sur le ton\beau de saint Martin. II se fit encore, d^^ns la basilicgijie , ceindre la tête d'une couronne de palmç;s , ^ Tancienn^ manier^ . 4es pontifes rpmains. , . ,. , . :, ; ... .
Ce même onzième siècle , qui voyait ainsi vénérerie tombeau du grand saint, vit en même temps honorer sow. berceau. Geysa, quatrième duc des Hongrois et le premier chef chrétien de ce peuple , commença la reconstf uctiaay sous le même vocable, de l'égUse que Charlemagne avait fondée, à Sabarie. . : v, , ,> ^
Après sa mort, son fils, saint Etienne, premier roi, de Hongrie , acheva son œuvre. Ce prince ,véqérait, d'une. façon toute particulière saint Martin, qu'il regîirdait comnae. .le patron de la Hongrie et avait une extrême confiance dans son intercession. Une partie de ses sujets, attachés au paganisme, s'étant révoltés contre lui , Etienne ne craignit pas , sous l'étendard de saint Martin , de livrer au comte Cupa, leur chef, un combat plein de dangers. Ayant remporté une victoire complète et tué le comte rebelle, il attribua son triomphe aux suffrages de saint Martin.
Cortforméméût à m vœu fait par lui avant le côraBat et pour marquer au saint sa reconnaissance, ^ il construisit sous son nom , dit rhistorien * du pieux roi , un monastère auprès du foûds de ce saint évêque , au lieu appelé Mont-Sacré , où saibt Martin . lorsqu'il vivait encore en Pannonie , avait coutume de prier! » Ce monastère se trouva ainsi contigu à Tégliise relevée pair GèySà. Le saint monarque assigna à perpétuité à cette église toutes les dîme^ du comitat vaincu , et voulut que le monastère n'appartînt h aucun diocèse, mais fût soumis ihfitaédiatettient ' avec tout son térritoirie au seul siégé apostolique. Il exempta même les peuples fie cette église de la jùridiétiori des juges ordinaire^ et les réserva au tribunal du m ''' ' '■ " ■ "'•""•• ■
Oriàtid horàbre des ràh dè'Hôngriéi'ariïmés de la feêiiie déVotioh, confirmèrent dans les siècles suivante ces privilégeis. On a dé saint Ladislas, qui régna ïrènte-néuf après saint Etienne, un diplôme* dans lequel il éftumère et confirme leàpossesàions du monastère de Sàint-Martîn. ''''
Mais revenons aux matijùes de prédilection données piàr le saint siège à Tillùstre chapitre de Saint-Martin de Tours.
Au siècle auîvâbt , le chapîtrfe dé Saint^Martin ' renouvela un de ses statuts par lequel il était défendu de recevoir aucun chanoine qui ne fût de condition libre. Voulant le faire confirmer par leur supérieur , lés enfants de saint Martin s'adressèrent au pape Alexandre III, qui leur accorda cette confirmation par sa bulle expédiée à Anagni, le deux des ides d'octobre. Il y déclare qu'il l'accorde en qualité de supérieur immédiat. « Car , dit-il aux chanoines , bien que ttous soyons