PUIS PAR LES HUGUENOTS
Le seizième siècle fut une époque désastreuse pour l'église de saint Martin. Ce fut le roi très-chrétien qui donna le signal des spoliations sacrilèges qui s'y exercèrent."' • '• '
François I", comme ses prédécesseurs , lorsqu'il fut reçu abbé et chanoine de cette église , avait fait serment d'en être le protecteur. Toutefois , quelques officiers de ses finance^; abusant de sa facilité, lui persuadèrent quevdans les besoins pressants de l'État , il pouvait légitimement se servir du treillis d'argent qui fermait le tombeau sacré. Ils vinrent à Tours, au mois de juillet de l'année 1522, signifier auk chanoines l'ordre qu'ils avaient de l'enlever.
On a conservé dans les registres de l'église la réponse que le chapitre leur fit ; elle est conçue en ces termes : « Les
chanoines disent qu'ils sont très-humbles et très-obéissants chapelains et orateurs dudit seigneur roi et qu*à eux n'est de quereller , arguer et contester avec sa majesté ; mais que , craignant d'offenser Dieu le Créateur et Monsieur saint Martin, ils n'osent et ne doivent consentir ledit treillis être pris ou enlevé * . »
Les officiers royaux passèrent outre , e^ le treillis fut mis en pièces, le 8 du mois suivant.
Cette action si peu attendue d'un prince catholique jeta tous les gens de bien dans la consternation. Ceux mêmes qui s'étaient chargés de cette entreprise en eurent honte et ne voulurent jamais permettre qu'on en dressât le procès-verbal. Le fabricier de l'église et quelques chanoines s'étant opiniâtres à le vouloir faire furent chassés par eux avec leurs notaires. La chose alla si loin , que ces mêmes chanoines ayant paru à l'une des fenêtres de l'église pour voir ce qui s'y passait, on tira stir eux plusieurs coups d'arquebuse.
Le treillis , ainsi brisé , fut chargé à la porte de l'église dans des chariots escortés de plusieurs compagnies de soldats qui les conduisirent à la Monnaie. On en fit des testons , où d'un côté était empreinte l'effigie du roi , et de l'autre l'image du treillis de saint Martin.
Plusieurs- historiens • ont cru que les malheurs de François P' furent le châtiment de cette profanation. Eti effet , peu de temps après, ce prince, abandonné dé ses troupes au siégé de Pavie , eut dans sa retraite son cheval tué sous lui , et luimême , dangereusement blessé , fut fait prisonnier sur les terres doimées jadis par Charlemagne à l'église de Saint- Martin.