‹ Histoire de saint Martin, évêque de ToursChapitre 150 sur 155 · ierv., p · texte numérisé non relu

ierv., p

10 de juillet, au nombre de quinze cents. Le lendemain, de Beauvais , gouverneur de la ville , y fut reçu au milieu de la joie des catholiques.

Le clergé de Saint-Martin, qui s'était dispersé, apprit cette heureuse nouvelle. Il se rendit en toute hâte auprès du gouverneur et ne songea plus qu'à rétablir les offices divins dans son église. Pour cet effet, on la reconcilia, le 14 du même mois. Le gouverneur assista à cette cérémonie , et , avec lui , toutes les personnes qualifiées de la province qui n'avaient point abandonné la religion de leurs pères. Cette église naguères si opulente, se trouva alors manquer des choses nécessaires à la célébration du saint sacrifice. Quand on s'en fut pourvu d'ailleurs, une messe du Saint-Esprit y fut chantée* On entonna ensuite le Te Deum , en action de grâces pour la réduction de la ville.

La famille de saint Martin, dépouillée de tout bien temporel, ne possédait plus qu'un trésor. C'était sa foi; car d'un si grand nombre de bénéficiers, il y en eut seulement trois ou quatre qui dégénérèrent de la vertu de leurs prédécesseurs. Le clergé de la basilique s'assembla le mercredi 15 du même mois de juillet. Tous ses membres firent ensemble une promesse solennelle de vivre et de mourir dans la croyance de l'église catholique , comme aussi d'en garder religieusemenl tous les usages. Les malheureux qui s'étaient laisses corrompre abjurèrent l'hérésie. Un chanoine, conseiller au présidial, refusa seul et fut publiquement excommunié. Pkis tard il se soumit et demanda en public l'absolution de son crime.

Reconnaissant que le dérèglement des mœurs avait attiré la colère de Dieu sur la basilique . le chapitre de Saint-Martin pubHa, le 8 octobre 1562, des ordonnances très-rigoureuses <îontre les clercs dont la vie ne répondait pas a la sainteté

de leur état. Cependant, le chambrier de Téglise fut convaincu d'avoir trahi son ministère et livré les clefs du trésor au seigneur de la Rochefoucault. 11 fut arrêté et mis dans les prisons de la trésorerie.

Un des présidents du présidial , qui , pendant les troubles , avait le plus favorisé le parti huguenot , porta aussi la peine de sa perfidie. S'étant jeté avec plusieurs de ses complices dans un bateau, à dessein de se retirera Saumur ou à Nantes, dont les hérétiques étaient maîtres; il périt dans les eaux de la Loire, et la commune qui le poursuivait fit pécher son corps, qu'on pendit au premier arbre du grand chemin.

Il s'agit ensuite de rétablir le saint tombeau dans son ancienne forme. Les hérétiques Tavaient renversé et mis en pièces ainsi que les autres. Les cendres du corps de saint Martin et des autres saints brûlés avec lui , furent soigneusement recueillies et renfermées dans une caisse, qu'on plaça dans le caveau où ses reliques avaient autrefois reposé. On ramassa aussi les fragments du marbre envoyé jadis à saint Perpétue par saint Eufrône d'Autun. Une partie servit au rétablissement du tombeau, Vautre fut consacrée et posée sur le grand autel.

Quant aux restes du saint Patron, sauvés par le prêtre marguillier, ils furent déposés dans un coffre de bois doré avec ceux de saint Brice , de saint Grégoire et le drap de soie qui avait enveloppé le saint corps. Ces reliques furent toutes distinguées par des écriteaux signés du notaire du chapitre. Les actes capitulaires qui nous apprennent ces particularités ordonnent aussi que le prédicateur , dans le premier sermon fait au peuple, lui exposera de quelle manière toutes c^s reliques ont été conservées. Quelque temps après, on fit élever les quatre colonnes de cuivre , la coupole et le cha-

pil^au (fui, au dernier àiëcle, oeuvraient encore lé tombeau «acre. Oh renferma dans Cfe' petit àôéq les relique^ de^ saint Martin et déj^ autres âiints. Ce fut seulement plusieurs années après ,1e 40 iiovéïÔbré 1639^,' qu^on en tira la partie du crâne et Tos du bras de saint Mârtià pour les pïacèir daùs les reliquaires d*or et d'argent' c(ùi s'exposàienl jadis les jours, de ses fêtes i^r lé gnlnd kutél de la basilique, il ne resta dès, lors dans la ^upofé , avec Tes reliques de saint Bribe et ^Ç saint Grégoire, que le voile de soie qui avait servi à envelopper le corps de ^int Martin, et quelques fraginents qui s'étaient détadiés de ces Aéut reliques. r

Après ces récits mêléis de larines, l'ordre des tempsi ^lous. rappelle à l'âbblBlye de' Saint-Martin d'Amiens. '"fea i]^V, une bidle ^û pape Pië V, dû 14 màTs, réunit cette abliayek^ Téf éché en faveur du cardinal de Gréqûy , évêque d'Amiens. En i654, les religieux se trôuvàrtt riêdiiits à un très-petit nombre, le roi Louis XlII Mt lés Célestins en possession deleurabbâyë, malgré iëà protestations tant des religieiK., que du chapitre de la cathédrale. L'évêque récueillit dans son propre palais les prêtres de Satnt-Martih .qui se retirèrent bientôt à l'abbaye de Saint-Àchèul , pour se rétablir ensuite dans une antre maîison qu'ils achetèrent a Amiens, rue de Beauvais (aujourd'huî hospice dés Incurables). Cette même année, le cardinal de la Rochefoucault mit la réforme. La maison cessa d'être sous la juridiction du Chapitre et fut unie h la congrégation de Sainte-Geneviève, dont les religieux vinrent s'y établir en 1635. Les armés de l'abbaye étaient d'azur h la roue d'argent enferrée d'un écu rond.

Nous avons parlé d'un reliquaire donné à cette abbaye par Louis XI pour renfermer le morceau du manteau du saint catéchumène. Un arrêt du 43 février 1636 ordonna aux religieux Célestins de restituer ce reliquahre aux chanoines

réguliers de Saint Martin â'Âmi(;as. l^ç.^^Diars de.la m^ine année', les ilôyen et çti^OQiaes de la jcaihédralf; s'étant rendus dan^' l'église des. Ç^le^ti9$.,,.&ix,idËS, c^anoù^ Réguliers de l'abb^e' s'y rendiren^Jiuçsi.,fljeiijji,de ,£eux;« portèrent la rçu^e sûr leurs t'i).iuk'SvS>r(-(;édés Ae. deux auireset suivis d^'déiîi derniers i\ûi avaient ckicun un cierge, à lanuj(),lls mar cnèrentproressionnellemi'iit accoinpagaés d'un gr^àcoo- . cours de peuple jusqu'à la cliapelk de la ncmvelle jnaigiDBdes. retigieÙ!; de Syiut-JIarlin, „■.,•:•. ■

Un monument plus intévessaiu eucore et plus spccial tétait

cetui qu'on voyait au milieu du fiiœur et de la <fome de .

l'église de la même abbaye. Il élait ilesliné à rappder .qu'en

céteiidi'oït.uièuie s:iint Martin avait,duunê une partie de.&o»

ma'n'èaif. On l'appelait le pas de Saint-Martin. Passus SiancU

Martini'. C'était un ouvrage ea cuivre,, ^e, %ure carréeQu

àquatre.faces, délicatement travaillé, de la bouteur dg quatre

pieds. < Siir la moulare d'en bas, nC^t ucl, autour ancien/,

faite d'un lioarlire noir est écrit à l'cntour çp aifaii) d^treoigrit

ajolivé'l'un lîystiqm' laLia. doulle sçiiçijest,:' ;,.,, ... i .■ .

Ici , Martin^B |iartagi!»i^Jfiç(ij'jlc a\ee.JeiC(u;îst-

itnousa doDuércxempIc ponr qo/: npug-^siions.ije'^èive.

« È^ult le corgs^du.pjédç^^Uait hjotir diÇj)ur airain. Après,

sur la cornii;lie eneore ie marbre.nojr gii airain comme dessus^

se lit: ''^ I , ,.^ ,,.,. ;, ,.- ■.,-i-;,'

^iuctï!ai:l|ncliy.(liv|6a.$,wn>4i4e|*- ■■.:,-. ■-!■" ■ '

'ïln l'ail trois cénls aioulcztrenle-st^l. ,. ,. ,,,- , n Et puis, sur le dessu^ à l'entoiff-à'une lamg qui le couvr«

entaillée de %ures.est encore en .^irain séparémeoi^avé en

latin: . . L , ,,. ,,

"Mon ami Martin m'a couvert de cet h(J»it, , .

lorsqu'il n'ciait pas encore lavé par l'eau du, bain sacri'. »

*.>Morlié(c,ABt.,«fAm.,l,i, ?.<)«,-■■

Le style de ces inscriptions dont les lettres étaientgothiques, le caractère du monument lui-même, tout Tâttribue à une époque asse^ reculée , sans qu'on puisse néanmoins la déterminer avec certitude. Du reste, voici ce qui se lisait dans un ancien Ordinaire de Tabbaye de Saint-Martin aux Jumeaux * : c Pendantque seditleM^^ni^a^ Tautel et Pas du bienheureux Martin sont encensés par Tabbé et le prieur. » On ne connait pas la date de cet Ordinaire, qui aurait pu servir à fixer celle du monument. Mais puisqu'il est question de Tabbé dans la rubrique , il est du moins certain que l'Ordinaire et par conséquent le Pas sont antérieurs à l'année 1565, époque de la réunion de l'abbaye à Tévéché.

Nous avons vu comment la sainte basilique de Tours avait été rendue au culte de son illustre patron. La royauté qui n'avait pas su la préserver de tant d'outrages, voulut bien alors prendre part à sa joie. Elle le fit en la personne de Louis XIV.

Comme ses prédécesseurs, Louis-le-Grand daigna ise montrer jaloux du titre d'abbé de Saint-Martin *. Le 17 juillet 1650, sur les onze heures du matin, Louis se présenta devant la basilique , el fut reçu à la porte par le chapitre en corps avec la croix. Là, le chantre tenant le bâton, insigne de sa dignité . présenta au roi un surpUs que Sa Majesté mit sur le dos d'un des siens , et une aumusse qu'elle prit sur son bras. Ayant baisé la vraie croix , le monarque se rendit à la première chaise du chœur , placée à l'entrée , à gauche , où le chantre l'installa, et d'où il se dirigea vers la place qui lui était préparée devant le [grand autel. Quant au serment usité, il le remit au premier voyage qu'il ferait dans sa majorité.

4. Le P. Daire, Ilisl. d'Amu, 1. 2, p. 294. 2. Gcrv., p. 397 et suiv.

Cette seconde cérémonie eut lieu le mardi 12 mar& 1652. Ce jour-là, a Theure de midi, Louis XIV se transporta dans l'église de Saint-Martin. Là, en qualité d*abbé séculier, chanoine et protecteur de cette église , il fut reçu processionnellement par le clergé de la basilique, à la porte du Change. Il était accompagné de la reine , sa mère , du duc d'Anjou , son frère unique , des princes et grands seigneurs de la cour. Une grande affluence de -peuple de toute condition se trouvait aussi à cette fête. De la porte du Change , Louis fut conduit au chœur, devant le grand autel. Il y entendit la messe, célébrée par le prêtre Gandin , chapelain ordinaire de son oratoire , chanoine et chambrier de saint Martin.

Durant cette messe et après Tévangile, le trésorier et chantre, en aube et en chape, tenant son bâton cantonal, vint, assisté de ses deux sous-chantres aussi revêtus de chapes, présenter au roi un gros livre couvert de velours rouge. Ce volume, que la bibliothèque de Tours possède encore, contient les saints Évangiles écrits sur vélin en lettres d*or, et à la fin le serment que les rois de France avaient coutume de faire dans la basilique de Saint-Martin , en leur qualité d'abbés séculiers, chanoines et protecteurs de cette église.

Louis fit ce serment en ces termes :

« Nous Louis, par la grâce de Dieu, roi de France, abbé et chanoine de cette église de Saint-Martin de Tours , jurons et promettons à Dieu et à saint Martin d'être à l'avenir le protecteur de cette église , de la défendre et soutenir dans tous ses besoins en lui conservant ses droits , ses biens , ses honneurs , ses privilèges , ses franchises et immunités. Ce que je promets de faire avec l'aide dé Dieu , sincèrement et de bonne foi, selon mon pouvoir. Ainsi, Dieu veuille m'aider et ses saintes paroles. »

A l'exemple de nos rois» les princes de leur sang et les

pluf^.j^aD^:i|ei|^6iir8 dQ.France^it^^ sont fut oiijiiûnneiir d*étre)reçii^<eb|noinei^^e âainlfMftrtin. .€e |m fois per^noe^ k iPeux ^uî ^avaien t: îendic âe&^einriees^ çoisidé- ^ables^à ^oelM ôgli^a» 'futdefMiis laJrépompeDse de>ir dévotion particulière qu'on avait au saint patron , et demeura attaché auKçfiiige^ dâaiiv^ues^.^t^aux domaipeg dfs seîgaeoi^' «"^ . Uaouiifrâgd A de l'an 466f( uous^ ftmroit quehl[ues^.irim9eignements iSfH* latbasilique*dé Gandés au kvh* sièdé. Il parte de la chevecerie de Gandes, dont le village d&$ainl4i^imuèi était une annexe. Le chapitre de Gandes était entièrement soumis à l'archevêque de Tours qui en conférait la prévôté et les prébendes au nombre de douze. On voyait dès lors » dans cette église, comme aujourd'hui, une sorte de cénotaphe supportant une statue couchée et figurant le tombeau de saint Martin. Ce monument était fort visité des fidèles : « A cause du soulagement qu1ls recevaient dans leurs maladies et afflictions par les mérites du bon pasteur. » Cette dernière ligne de notre auteur peut nous servir de complément pour les lacunes que le silence 4è5,fç»y|te^ laisse dans Thisloire de cette basilique. Des pèlerinages , des guérisons miraculeuses , toute riiistoirc de Gandes est là.

En 1032 , un arrêt du Grand Conseil déclarait les ecclésiastiques de Gandes exempts des sept sols six deniers d'entrée pour chaque tonneau de vin cueilli dans leurs vignes.

En 1715, la basilique de Gandes, déjà endommagée par le temps, avait encore été ébranlée par un violent tremblement de terre. Une partie considérable de ses murs avait croulé. Elle était menacée d'une ruine complète. Louis XIV se souvint du serment qu'il avait fait à Saint-Martin ; il fit restaurer à ses frais l'édifice qui bientôt fut rétabli dans

i. Le Paradis dclicieux de la Toiiraiue , 2« part., p. Si .

Sun anciefloe beautés U avait ehisrgé dé' ce^ œuvre Bernard Ghaovelia». gouverneur dé'' la pribvincô de Tours. Cehii-ci . Touvrage iermia^^ fit attacher à Vun des pHiêrs de la nef une iabledé oiarbre^i rappelle eno^preaujourd'hui lanmnificence royale. ^ • v.= •■' • /•■«•'• * '=•

Nou$[avoo8 iippris par eommufiicatiqn orale qu'avant la révolution les béqédictius de Botargueil venaient; la veille de b Sainl-Martin , h la collégiale de Gandes et y contaient lés premières vêpres.

Page 1