‹ Histoire de saint Martin, évêque de ToursChapitre 154 sur 155 · L^Univers · texte numérisé non relu

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« Toutes les autorités se sont rendues avec empressement à rinvitcitioD que le conseil d^administration leur avait faite d'assister à cette cérémonie, et il était touchant de voir Tarmée active représentée par des députations de tous les corps de la garnison. M. le général commandant la subdivision à leur tête, en face de lieutenants-généraux, d'amiraux, de maréchaux-de-carap , de colonels , d'officiers de tous grades , vivant dans la retraite et des souvenirs de leurs belles actions.

« M. Le préfet, empêché de s*y rendre par des affaires imprévues , en a fait témoigner ses regrets par M. le maire de la ville, que Ton trouve toujours favorable à toutes les institutions utiles. Si cette association n'avait pour but que quelques réunions de vieux camarades d'armes, on verrait presque avec indliférence qu'il s'en forme dans d'autres villes de France ; mais une de ses attributions est de venir en aide à ceux de ses membres qui sunt peu favorisés de la fortune , et de faire , pour les veuves et pour les orphelins , ce que le tuteur le plus zélé entreprendrait dans rintérêt de sa nouvelle famille. Espérons donc que ce bon exemple sera suivi ailleurs. »

Nous cédons encore au désir de citer le fragment d'une lettre qu'un jeune élève du sanctuaire écrivait un douze novembre.

«Je vous écris aujourd'hui avec empressement et bonheur-

Eh ! quel temps plus favorable pcurrais-je choisir que ces

jours consacrés a la mémoire de notre père commun. Hier , à la maison de campagne , appuyé sur l'embrasure d'une fenêtre , je cherchais des distractions , mais , malgré moi , ma pensée voyait tout en noir. Ah ! c'est que des deux côtés de moi j'avais des ruines. Ici près, Marmoutier, plus loin, deux vieilles tours que le soleil dorait de ses derniers feux. Alors ,

mon imagination rebâtissait et l^antique monastère et l'insipe église de Saint-Martin. Je voyais ces 'cinq clochers dont les flèches allaient se perdre dans les nuages, je croyais entendre venir jusqu'à moi la voix solennelle des cloches ou bien les chants lents et harmonieux des moines entourant l'autel d'or. 11 était trois heures, c'était l'heure des vêpres, et les voyageurs , et les promeneurs oisifs , et les chars qui , sans cesse , circulaient sur la route , me rappelaient les temps heureux où nos pères , chômant ce beau jour , allaient en habit de fête baiser la poussière des lieux sanctifiés par la présence du bienheureux , et y chercher une nouvelle étincelle d'amour pour celui qui les avait tant aimés. Mais hélas ! ceux-ci passaient et repassaient , k^s uns pour acquérir les biens de la terre , les autres pour courir à leurs fêtes , et nul ne donnait un regard , un soupir au lieu béni. Oh ! comme cela me serrait le cœur. Hélas! soixante années à peine ont passé et tout a été changé , le souffle des enfers a dispersé les pierres du sanctuaire et la désolation est venue habiter la terre des saints. 0 terre, que n'as- tu conservé une des empreintes de ces pieds qui, tant de fois , t'ont parcourue ! Que n'as-tu reçu dans le calice d'une de tes fleurs une goutte des sueurs de ce front auguste et vénéré. 0 pierres ! que n'avez-vous un langage pour nous redire ce que vous avez vu. Peut-être , alors , notre insouciance serait moins grande et le silence de la mort ne régnerait pas dans votre enceinte sacrée. »

Maintenant, voyons où en est encore aujourd'hui le culte de Saint-Martin à l'étranger : une seule contrée noiis servira d'exemple pour l'Europe catholique.

« Rien, nous dit un con*espondant, n'est plus vivant que la mémoire de saint Martin dans les contrées Rhénanes. La plupart des villes , comme Cologne ei Bonn , ont une église sous sm invocation. Le 10 novembre est particulièrement

consacré à son honneur. Ce jour-là , ou plutôt ce soir-là , on allume des feux sur les montagnes, dans les vallées, en un mot dans toute l'étendue du territoire rhénan, A pareil jour , je me suis plusieurs fois donné le plaisir d'aller passer la soirée sur la cime du Drauhenfels, Tune des sept montagnes qui dominent le pays, et j'estime que je voyais trois cents feux. A l'approche de ce jour ardemment souhaité par l'enfance villageoise, les enfants vont de maison en maison demandant un fagot , et dans ce but , ils chantent un couplet dont voici la traduction littérale :

Saint Martin était un brave homme, Il partagea son manteau avec un pauvre homme.

« On dit dans le populaire que les feux s'allument en souvenir de ce que saint Martin brûla les idoles. Cet usage n'existe pas à la Moselle. Néanmoins , Trêves a, plus que toute autre ville, conservé le souvemr de saint Martin. Il existe, dans une salle de la Porta-Nigra, un bas-relief en médaillons , représentant les siûnts évêques qui ont visité Trêves , et , quoique de facture assez moderne , il témoigne que la tradition du séjour de saint Martin s'y était perpétuée. Saint Martin se trouve ici en compagnie des saints Ambroise , Augustin , Athanase , Paul de Constantinople , de Théodore de Marseille, de Léon IX et de saint Bernard. Sous chaque saint se trouve une légende. Sous saint Martin on lit : c II illustra Trêves par ses miracles et le combla de ses bienfaits. » Trevirim miraculis illustrât, bene^ciis cumulât : 574 et 584. En tête de ces divers pei^sonnages figure un livre ouvert, et au-dessus une mitre, une crosse et un encensoii*. Le livre présente rinscriptiou suivante : « Ils rendent témoignage de notre foi. Y Hi testimmùum fiiei nastrœ perhibent. Mais ce qui est d'une toute autre importance, cest que la bibliothèque de

Trêves possède un fort beau manuscrit du xi* siècle , œuvre d'un moine de l'abbaye d'Echternach et nommé Théofried. Ce codex contient en trente-sept pages in-folio , en vers latins rimes , une Vie de Saint-Martin , ornée de miniatures. »

Le fait suivant nous montre le nooi de saint Martin honoré en Amérique.

Deux prêtres anglais , passant par Tours , vinrent , il y a environ quinze ans, rendre visite au supérieur du grand séminaire de Tours. Ils voulaient lui demander des renseignements sur le chapitre de Saint-Martin. Ils lui dirent qu'ils étaient missionnaires en Amérique; que l'église dans laquelle ils exerçaient le saint ministère était en union de prières

avec le chapitre de Saint-Martin de Tours ; que , dans cette église , on avait toujours continué à faire certaines prières réglées , dans la pensée qu'on avait part aux prières que faisaient à Tours les chanoines de Saint-Martin; qu'ayant quelques moments à passer à Tours, ils avaient désiré savoir $i on y priait encore pour leur éghse , dans laquelle ils devaient continuer leurs fonctions , après avoir passé quelque temps en Angleterre. Ils furent fort affligés d'apprendre que le chapitre de Saint-Martin n'existait plus et que son église avait été démolie. Ces deux ecclésiastiques, au témoignage du vénérable supérieur , paraissaient respectables. Il ne douta pas de la vérité de ce qu'ils lui dirent. Ils n'avaient aucun motif de le tromper , car ils ne lui demandèrent point autre chose que les renseignements dont on a parlé.

Il faut, croyons-nous, pour expliquer ce fait, remonter aux lettres d'association accordées par le chapitre de SaintrMartin au séminaire des missions étrangères.

Voici un autre fait du même genro. Un prêtre de Tours traversait , il y a une dizaine d'années , uae des places de cette ville. Deux étrangers Tabordent et le prient de leur

indiquer le chemin à prendre pour aller à Téglise de Saint- Martin. <Eh ! Messieurs, leur répondit-il, ne savez-vous pas que cet édifice n'existe plus? — Ah Dieu! firent les étrangers avec douleur , nous qui sommes venus de si loin pour le voir! 9 C'est du prêtre même que nous tenons ce récit.

Nous terminerons cette seconde partie de notre ouvrage ^ là où s'est arrêté la première , c'est-à-dire à Candes.

Louis XVIII est l'auteur du dernier hommage royal rendu au nom de saint Martin. La cure de Candes , quoique peu considérable par le nombre des paroissiens , fut par lui dotée comme les cures de canton.

En 1833 , monseigneur de Montblanc , archevêque de Tours , sur la demande de M. le curé de Candes , accorda à cette église une parcelle des reliques de son patron. La translation en fut faite par M. Dufêtre, alors vicaire général, depuis évêque dé Nevers , le dimanche 30 juin , au milieu d'un nombreux clergé et des flots d'une population accourue des paroisses voisines. La relique fut placée avec son reliquaire dans le cadre de Tautel de la chapelle du tombeau , qui, depuis ce jour, restaurée par les soins du digne curé, s'est appelée la Chapelle-Saint-Martin,

En octobre 1843 , cette chapelle fut enrichie d'une parcelle des os de saint Martin plus apparente et enveloppée d'un morceau du même drap d'or qui enveloppe les précieux restes du saint , à la cathédrale de Tours.

Candes a vu avec admiration, il y a quelques années, deux évêques en habits pontificaux , agenouillés au pied de l'humble autel et vénérant les saintes reliques. Bon nombre de prêtres visitent cette chapelle et tiennent à grand bonheur d'y dire la sainte messe. Le gouvernement a fait don à l'église d'un tableau présentant l'action célèbre du charitable catéchumine.

Trois lieux illustrés par les glorieux mérites du saint confesseur attiraient jadis, en Touraine, la foule des pèlerins. A Tours on visitait le tombeau de saint Martin , à Marmoutier sa cellule , h Candes son lit. Maintenant une voie publique profane la place où fut la basilique de saint Martin de Tours. Les bâtiments de Marmoutier ont mêlé leurs ruines à celles de la sainte cellule. L'église de Candes seule subsiste, coninie si le lieu où mourut le saint pontife devait conserver jusqu'à la fln le témoignage de sa bienheureuse immortalité.

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