Greg. Tur., Ilist. 1. i, c
et peut-être même vécut avec eux dans l'intimité. Quelques saintes femmes furent aussi ses sœurs spirituelles. On cite sainte Triaise , qui vécut recluse auprès de Poitiers , et sainte Florence qui avait suivi Hilaire à son retour d'Orient. Mais , le plus illustre des disciples du grand docteur de la Gaule , fut sans contredit, saint Martin lui-même , et Ton ne sait lequel des deux a donné plus de gloire à Vautre.
Saint Maternien, évêque de Reims, ayant eu révélation de la mort prochaine d'Hilaire et de la sienne propre , fit le voyage de Poitiers pour avoir la consolation de s'entretenir avec lui. Saint Martin dut sans doute aussi assister aux derniers moments de son maître et voir le saint pontife de Reims. Hilaire mourut tranquillement à Poitiers, célèbre par sa sainteté, sa doctrine et ses miracles , le 13 janvier de Tan 367. Ce grand génie avait attaché à son nom une double gloire , Tarianisme vaincu dans les Gaules , et saint Martin préparé à sa mission. A l'époque où il quitta la terre , cette seconde œuvre semblait achevée. La part principale d'ffilaire dans l'éducation de Martin , c'était l'encouragement qu'il avait donné à ses goûts monastiques. Il avait compris que tout l'avenir de son disciple était dans la vie reUgieuse. Ce fut là son mérite. Dieu fit le reste. Éprouvé dans l'état militaire contre les dangers du monde , contre les persécutions violentes, dans son voyage à Sabarie, Martin n'avait plus besoin que d'être fortifié contre lui-même par l'état monastique. Il n'était du reste , en ce temps , presqu'aucun illustre évêque qui auparavant n'eût été moine. Saint Athanase mena d'abord la vie d'ascète sous la direction de saint Antoine. Saint Epiphane avait été disciple de saint Hilarion. Saint Aschole , de Thessalonique , légat du saint siège, avait, comme saint Martin , abandonné parents et patrie , dès sa première jeuness e , puis était passé en Grèce , où il avait fait profession
de la vie monastîqiie. Mais les deux plus célèbres , par leur amour pour l'état monastique , sont saint Basile et saint Grégoire de Nazianze , dont Tun fut évêque de Césarée , et l'autre partriarche de Constantinople.
Le temps approchait où , après avoir , comme ces grands hommes , foulé le monde aux pieds par la pratique de cette philosophie , notre Martin devait , comme ils le furent , être élevé à la dignité épîscopale. Il gouvernait le monastère de Ligugé depuis dix ans. Un second miracle, aussi éclatant que le premier, sembla le désigner de nouveau à l'enthousiasme populaire*. Martin passait un jour près de la maison de campagne de Lupicin , homme honoré dans le monde. Tout h coup son oreille est frappée par des cris et des gémissements , comme seraient ceux d'une foule de personnes en proie à la plus vive douleur. Inquiet , il se présente , et demande quel est le sujet de ces pleurs. On lui apprend qu'un serviteur de la maison s'est pendu et vient d'être trouvé sans vie. Aussitôt il entre dans la chambre où git le cadavre et en fait sortir tout le monde ; ensuite , Couché sur ce corps inanimé , il prie pendant quelque temps. Bientôt la figure du suicide s'anime : il lève sur Martin des yeux languissants , puis fait un long efibrt pour se dresser. Enfin il saisit la main du bienheureux , se met debout et , à la vue de la foule , s'avance avec son libérateur jusqu'au vestibule de la maison.
Ce Lupicin , dont il est ici parlé , fut , disent quelques auteurs , consul en 367. Le nom d'un tel personnage dut contribuer à rendre plus célèbre encore le miracle opéré dans sa maison. Une tradition locale veut que le saint ait ressuscité un mort à Toumay , au lieu même occupé depuis par la fameuse abbaye de saint Martin de Tournay , qui aurait été
1, Sulp. Sev., V, B. M., n. 6,