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Des temps graves et critiques étaient arrivés, où un fléau étrange souilla les églises et jeta le trouble partout Car, c'est alors pour la première fois que fut découverte, au sein des Espagnes, Tinfâme hérésie des gnostiques, superstition funeste , cachée auparavant dans les ombres du mystère. Cette peste était née chez les Égyptiens. Mais , comment s*étaitrelle formée, c'est ce qu'il n'est pas facile d'expliquer. Le premier qui l'introduisit dans l'Espape fut Marc , Égyptien , originaire de Hemphis. Il eut pour disciples Agapé, fenmie noble , et le rhéteur Hepidius, par qui fut instruit Priscillien, homme distingué par sa naissance et puissant par sa richesse. Ardent , inquiet , éloquent , ayant acquis de. l'érudition par beaucoup de lectures, habile à disserter et k disputer, il eût été heureux si ses goûts dépravés n'eussent gâté son excellent génie. Pour l'âme comme pour le corps, il avait nombre de qualités. Il pouvait veiller beaucoup, et supportait facilement la faim et la soif. Sans aucun désir de posséder, il usait de ses biens avec une extrême modération. Mais avec cela, il était d'une vanité excessive, et enflé au dernier point de ses connaissances profanes. On a cru même qu'il avait, dans sa jeunesse , exercé les arts magiques. Lorsque cet homme se fut livré à cette secte pernideuse, grand nombre de nobles, et plus encore de roturiers, dominés par l'ascendant de son éloquence, et séduits par ses flatteuses paroles, vinrent se joindre à lui. Les femmes surtout, avides de nouveautés, d'une foi chancelante, et curieuses en tout par caractère, se rendaient en troupes auprès de lui. Car, son air et sa mise respiraient l'humilité , et sou extérieur remplissait ceux qui le voyaient d'estime et de respect pour sa personne.
Les disciples de Priscillien prirent le nom de priscillianistes. Le fond de leur doctrine était celle des Manichéens , mêlée des erreurs des gnostiques et de plusieurs autres hérétiques.
Ils disaient que les âmes sout de même substance que Dieu ; qu'elles descendent volontairement sur la terre au travers de sept deux, et par certains degrés de principautés , pour combattre contre le mauvais principe , auteur du monde , qui les sème en divers corps de chair. Enseignant que les hommes sont attachés à certaines étoiles fatlles , et que notre corps dépend des douze signes du zodiaque, ils attribuaient le bélier à la tête, le taureau au cou, les jumeaux aux épaules, et ainsi du reste , suivant les rêveries des astrologues. Ils ne confessaient la Trinité que de paroles. Car, ils disaient avec Sabellius fue le Père , le Fils et le Saint-Esprit sont les mêmes sans aucune distinction réelle de personnes. Ils différaient des Manichéens , en ce qu'ils ne rejetaient pas ouvertement Tancien Testament. Toutefois ce n'était qu'artifice , car Us expliquaient tout par des allégories. Aux livres canoniques, ils ajoutaient et préféraient même une foule de livres apocryphes, dont quelques- uns piquaient la curiosité ignorante par des titres bizarres; comme, par exemple, ceux d'Armagil, de Barbilon, d'Abraxas , de Leusiboras, qu'ils se vantaient de tirer de l'hébreu. Ils s'abstenaient de manger de la chair, comme immonde, et, en haine de la génération, séparaient les mariages, malgré la partie qui n'était pas de leur opinion , disant en général que la chair n'est pas l'ouvrage de Dieu , mais des mauvais anges. Ils s'assemblaient de nuit , et commettaient beaucoup d'impuretés qu'ils couvraient d'un secret profond; car ils avaient pour maxime de tout nier quand ils étaient pressés , maxime qu'ils exprimaient par ce vers : Jure, parjure-toi, mais garde le secret. Ainsi, parlaientils à quelqu'un dont ils se défiaient, ils ne disaient rien que de catholique, et anathématisaient Prisciilien même. Ils jeûnaient le dimanche , aux fêtes de Pâque et de Noël , et se retiraient ces jours-là pour ne pas se trouver à l'église. En effet, en
haitte de la ehair , ils croyaient que Jésos^diritt A'ett tié ftt ressuscité qu'en apparence. Ils recevaient, dans l'églfae, l'eucharistie conune les autres, mais ne la consommaieill pas.
Nous avons passé rapidement sur cette fange d'idées impies et de secrets imâmes pour nous retrouver phis vite sur le terrain des faits. — Insensiblement, cette plaie £itàle avait gagné presque toutes les parties de l'Espagne. Il y eut plus : quelques évêques inêmes furent pervertis. De ce nombre , on cite Instance et Salvien qui avaient pris le paitl de Priscilllen , non-seulement en adhérant à sa doctrme , mais en formant avec lui une sorte de conjuration. Hygin, évéqué de Gordoue, leur voisin, l'ayant appris , en instruisit Idace, évéque d'Émerita, qui ne sut garder aucune reteijue. Le télé immodéré avec lequelil poursuivit Instance et ses compagnon^ ajouta un brandon à cet incendie naissant, et exaspéra les coupables , au lieii de lés faire rentrer dans le devoir.
Ainsi, après de nombreux et mémorables débats entre les deux partis, un Synode se rassembla à Cœsaraugusta , aujourd'hui Sarragosse. Les évêques d'Aquitaine , dit notre historien , y assistèrent. Or, en ce temps , TAquitairie coniprenaittout le pays situé entre la Loire, le Rhône, l'Océan et les Pyrénées. La cité des Turones en faisait donc partie ; ce qui déjà suffit pour faire présumer la présence de saint Martin au concile. Mais une chronique du v^ siècle ne permet pas d'en douter*. «Un concile, dit-elle, se rassemble à Cœsaraugusta. Il fut présidé par Phégadius, évêque d'Agen. Etaient présents, Tévêque de Bordeaux, l'évêque de Toulouse, celui d'Helena. Étaient aussi présents, Idace, métropolitain de Èraga; Audentius, métropolitain de Tolède ; Etherius, évéque
i. F. t, Dexter., ad an, 380.
^'Û9aèt6; CaUierittS/ d*Oxma; Lupus, évéque de Telo; V^ittritts, évéque de Çkesaraugusta, et autres, parmi lesquels ^2^ ^ Barcekmoe, et aussi des Gaules, saint Martin de Tours. 1
Saint Phegadios qui présida ce concile est le même qui ,
^ès Texii de saint Hilaire , tint tête à la fureur des Ariens.
^ TappeUe communément saint Phébade. L'évéque de
wr<Jeaux ou Burdegala était alors saint Dauphin , dont nous
^ï^rons encore occasion de parler. L'évêque de Toulouse
^^ lohssL était saint Exupère , à qui saint Jérôme donne de
S^^nd» éloges.
^es évéques s'assemblèrent dans la sacristie de Téglise de
^**'^agosse;car c'était là que se tenaient alors les conciles.
^ais, les hérétiques n'osèrent pas se confier à leur juge-
, aucun d'eux ne comparut : leur sentence fut néanmoins
^^^^noncée. Furent condamnés, Instance et Salvien, évéques,
^Pîdins et Priscillien, laïcs. A cet arrêt, on joignit, contre
^.^**<^onque recevrait les condamnés à sa communion, menace
^^^ï^courir la même sentence. Ithace, évoque de Sossuba, fut
^^^r'çéde publier le décret des évéques, et principalement de
"^Vcr de la comipunion Hygm, qui, après avoir, le premier,
^^^lE^uivi ouvertement les hérétiques, s'était honteusement
corrompre par eux, et les avait reçus à la communion.
^^ -^près ces décisions, les évéques établirent huit canons de
I ^^^C!iiphne, dans la vue de réformer les abus introduits par
""^Tésie. En voici la teneur : « Tous les évéques dirent :
on récite les sentences. Lupus, évéque , lut : I. Que toutes
femmes fidèles de l'Église catholique , se séparent de la
irçet des réunions des hommes étrangers. Qu'elle ne s'y
^^^ïident point elles-mêmes pour faire la lecture, nidansledes-
^^*>3, soit d'instruire , soit d'être instruites ; car, ainsi l'or-
^^Httie VapM». Tous les ^éques dirent anathàmeà ceux qui
n'observeraient pas cette sentence. — II. De méme> il lut : Que personne ne jeûne le jour du dimanche , pour cause de temps, de persuasion ou de superstition. Qu'on ne s'absente pas des églises le jour du Carême pour habiter les endroits secrets des maisons ou des montagnes ; mais que ceux qui sont encore dans cette pratique suivent l'exemple et le commandement des prêtres, et ne se rendent pas à des maisons de campagne étrangères, pour y tenir des assemblées. Tous les évêques dirent : Anathème soit celui qui commettra cette faute. — III. De même, il lut : Si quelqu'un est convaincu d'avoir reçu dans l'Église la grâce de l'eucharistie et de ne Tavoir pas consommée, qu'il soit anathème à perpétuité. Tous les évêques dirent : Il nous plaît ainsi. — IV. De même , il lut : Pendant les vingt-un jours qui commencent au seizième des kalendes de janvier, qu'il ne soit permis à personne de s'absenter de l'Église , ni de se cacher dans les maisons , ni de se retirer à la campagne , ni d'aller dans les montagnes ,- ni de marcher pieds nus; mais qu'on se rende à l'Église. Que celui qui n'observera pas cette règle soit , par ses décrets, anathème à perpétuité. Tous les évêques dirent : Qu'il soit anathème. — V. De même, il fut lu : Que ceux qui, par discipline ou sentence d'évêque, ont été séparés de l'Église, ne soient point reçus par les autres évêques. Si , sachant cela des évêques le font, il fut dit : Que celui qui aura commis cette faute n'ait pas la communion. — VI. De même, il lut : Si quelqu'un des clercs, par luxe ou vanité présomptueuse, se démet volontairement de son office , et sous apparence d'observer la loi, aime mieux paraître moine que clerc , il faut le chasser de l'Église, de telle sorte que , s'il ne satisfait durant longtemps par des supplications et observances, il n'y soit plus reçu. Tous les évêques dirent : Qu'il en soit ainsi. — VII. De même, il fut lu : Que personne ne prenne le nom de docteur , excepté
les personnes à qui il est accordé , selon ce qui est écrit. Tous les évêques dirent : Il nous plaît ainsi. — VIII. De même, il fut lu : On ne doit pas voiler les vierges qui se seront vouées à Dieu, si ce n'est à l'âge éprouvé de quarante ans, dont le prêtre devra s'assurer. Tous les évêques dirent : Il nous plaît ainsi. » — Suivent les signatures des évêques. — Le nom de saint Martin ne s'y trouve pas , non plus que ceux de plusieurs autres. Car, les actes de ce concile ne nous sont point parvenus dans leur intégrité , et le peu qui en a été conservé a souffert de nombreuses altérations. — Ces canons portent la date de l'ère hispanique ccccxviii , qui répond à l'année chrétienne 380. — Le saint était alors âgé de soixantecinq ans.
Ce fut vraisemblablement dans ce voyage qu'il passa par Yienne, sur le Rhône, où il vit, peut-être pour la première fois, ce PauUnus, qui plus tard fut saint Paulin de Noie. Dans une lettre de celui-ci à Yictrice *, on lit : t Tu daignes, je crois, te souvenir, que j'ai vu autrefois ta sainteté à Vienne, chez notre bienheureux père Martin , à qui le Seigneur t'a égalé, malgré l'inégalité de l'âge. Depuis lors, bien que j'aie eu peu de temps pour te connaître, j'ai toujours ressenti pour toi une grande affection ». A cette époque, Paulin était encore, comme il l'avoue lui-même, aveuglé par les soucis de ce siècle. Il était né à Bordeaux en 555. Il avait donc vingt-six ans, lorsque se tint le conseil de Sarragosse. On comptait, dans sa famille, tant du côté paternel que du côté maternel, une longue suite de sénateurs illustres. Son père, Pontius Paulinus était préfet du prétoire dans les Gaules , et le premier magistrat de l'empire d'Occident. A cette haute naissance, Paulin joignait un esprit élevé et pénétrant, un génie