‹ Histoire de saint Martin, évêque de ToursChapitre 47 sur 155 · Paul. Nel., ep · texte numérisé non relu

Paul. Nel., ep

CHîà^eiiiiécQttd, uiiye facilité merveilleuse à s^eiqprim^, dis* yi^tiùum qu^il avait cultivées dès son enfâBee par une étude :i():>iiJltte (tes différeotes branches de la littérature. Âusone fut ;)iMitt][aitr# déloqueoce et de poésie. Enfin, l'année précédente 37^ il avait été honoré du consulat, avant méffle son proii^;>st^ur Ausone.

iSous croyons devoir rattacher à cette entrevue le fait ;Mivant, rapporté par Thistorien de Martin*. Paulin, dit-il, ^ homme qui devait plus tard donner un si grand exemple, endurait dans un œil de très-vives souffrances. Déjà sa prunelle était couverte d'un nuage épais. C'était une taie qui s'y était formée. Martin lui toucha Tœil avec une éponge. C'en fiit assez pour rendre la partie malade saine comme auparavant, et en chasser toute douleur. — Cette guérison fut sans doute ) origine de Tamitié que Paulin lia depuis avec le saint , et il se pourrait bien faire que , dans leurs entretiens à Yienne , notre évéque Teût déterminé à ne pas différer plus longtemps son baptême. Qui doute , dit un biographe de Paulin , que par ses illustres leçons de perfection évangelique, saint Martin n'ait eu beaucoup de puissance pour lui éckdrer les yeux de Vâme , lui qui eut le pouvoir de lui rendre la lumière du corps? En effet, ce fut cette année que Paulin fut baptisé par saint Ihoiphin de Bordeaux.

Yictricius , ou Yictrice » qui semble avoir accompagné notre saint en Espagne, et être arrivé avec lui à Vienne, était évéque de Rouen. Cet ami de saint Martin avait été soldat comme lui. Poussé, comme lui, par un mouvement extraor- (Knaire de l'amour divin , il était allé un jour, revêtu de ses armes, se présenter au tribun. C'était sous le règne de Julien. 11 lui dit qu'il ren(Hiçait au serment militaire» et

i. VU. B. Mm n. 2i-

quittait avec joie ces armes destinées à répandre le sang , pofur se revêtir intérieurement de la paix et de la justice chrétienne. Le tribun furieux le fit briser à coups de bâton. Ce supplice n'ayant point abattu le martyr, les bourreaux le couchèrent nu sur un amas de fragments d'argile et de petites pierres aiguës. Ce nouveau tourment ne servit qu'à donner plus d'éclat à la constance de Yictrice qui , soutenu des consolations célestes, marcha courageusement vers le quartier du général, et parut en sa présence avec fermeté. Il fut condamné à mort. Comme on le menait au supplice , l'exécuteur, pour lui insulter, porta la main sur l'endroit du cou qu'il devait frapper. Aussitôt, les deux yeux tombèrent de la tête à cet insolent. Ce miracle fut suivi d'un autre. Le geôlier avait lié si étroitement Victrice, que les chaînes s'étaient enfoncées dans sa chair. Le saint pria les soldats qui le gardaient de le desserrer tant soit peu. Comme ils n'en voulurent rien faire, Victrice implora l'assistance de Jésus-Christ, et les chaînes tombèrent de ses mains. Personne n'osa lier de nouveau un homme que Dieu avait rendu Ubre, et le général, sur le récit de ces merveilles, relâcha le saint martyr. Devenu évéque, Victrice faisait fleurir son église. La ville de Rouen qui, avant lui, était à peine connue dans les provinces voisines, devenait alors si célèbre, qu'on en parlait avec éloges dans les pays les plus éloignés , et qu'elle comptait entre les villes recommandables par les lieux de sainteté dans lesquels Dieu faisait éclater sa puissance et sa miséricorde. On relevait le mélodieux concert qui s'y entendait dans l'égUse et les monastères où les psaumes étaient chantés tous les jours. On louait le grand nombre de vierges qui, par la pureté de leurs corps et de leurs cœurs, y faisaient un divin sanctuaire à Jésus-Christ; la ferveur et la chasteté des veuves, qui» jour et nuit, ne cessaient de s'y appliquer au service de

Dieu et aux œuvres de charité ; la cootin^ice seorite des persoDoes mariées qui, s*occupant assidûment à Toraison et aux exercices de piété, invitaient Jcsus-Christ à les honorer de sa visite. Quant à Victrice lui-même, il égalait ses ceuvres k ses paroles. La doctrine sainte était Taliment de sa vie, et sa vie une doctrine pour les autres.

C'est le témoignage que lui rend saint Paulin» dans la lettre citée plus haut.

Tds étaient les amis de saint Martin , et tel était, pouvonsnous croire, le fruit de ses leçons et de son exemple. Nous retrouverons encore une fois Victrice aux cotés de notre saint.

De Vienne , où Tavait sans doute conduit la grande voie romaine qui , ^outissant à Narbonne , renK)ntait jusqu'à Avignon, et de là, jusqu'à Lyon, il se dirigea, ce semble, vers le pays des Arvemes. Là eut lieu un fait qu'un célèbre écrivain du VI* siècle S originaire de cette contrée, atteste avoir maintes fois étendu raconter aux vieillards de son pays. Au bourg d'Arthonne, reposait le corps d'une religieuse, nommée Vitaline. Le bienheureux Martin, étant venu à son tombeau , la s^a, et celle-ci le pria de vouloir bien lui accorder sa bénédiction. Quand ils eurent achevé leur prière, le saint homme se tournant vers elle : « Dis-moi, très-sainte vierge, si tu as éé^k obtenu la vision du Seigneur. — J'en suis ewtpêcbée, répondit-elle , pour une chose qui, dans le siècle, me semblait bien légère : une sixième férié , jour auquel Ilotes savons que le Rédempteur du monde a souffert, je me Sftis lavé la tétc avec de l'eau. » En s 'éloignant de ce tombeau : « Malheur à nous , dit le bienheureux à ses ooftù^ pagjBons de voyage , malheur à nous qui vivons en ce monde I

i. flN«. Itar., lik.dQ«lor4 Coaf., c 8.

Si cette vierge eoiisacrée au Christ a mérité châtiment pour s'être lavé la tête ime sixième férié, que deviendroni-nou0« nous que tous les jours le siècle trompeur entraîne au péché? »

La sixième férié , en style ecclésiastique , désigne » comme on sait, le vendredi. On conjecture qu'à cette époque, dans la Gaule, une loi défendait de se laver le visage le jour du vendredi saint ; car autrement on ne verrait pas quelle eût été la faute de Yitaline* On pense encore que cette sainte n'était pas alors tourmentée par la peine du sens , mais seu** lement par le désir de voir Dieu.

Le bienheureux opéra aussi dans ce bourg beaucoup dd choâes dont le détail a paru trop long à l'écrivain que nous avons cité« Sortant du bourg d'Arthonne , l'homme de Dieu se dirigea vers Arverna. Instruits de son approche , les séiiateurs de cette ville, qui jouissaient alors du privilège de noblesse remanie , s'avancèrent à sa rencontre avec des cavaliers et des carrosses, avec des chars et des chariots* Pour lui , monté sur un âne et assis sur une housse des plus pauvres, il était arrivé au sommet de la montagne de Belen# d'où l'on contemple la position du bourg de Ricomagus^ Voyant de là ces gens qui venaient k hii dans ce^pompeuK équipage: < Que Veulent, dit-il, ces personnes qui %'9p*proebent de nous avec cet appareil? — Ce sont les sénateur» arvernes qui viennent au devant de toi , lui répond un hommo de cette troupe arrivé avant les autres. ^11 ne m'appartienl pa^, reprend le saint , d'entrer dans leur ville avec eetté ostentation. » El aussitôt tirant en arrière la bride de sou ine, il commence k rebrousser chemin. Les autres le sniventi la cofijurfflit , avee supplications, de se rendre d^ms leur ville* « Non» avons appris, lui diâ»eM-lls, 1» renommée de ta sëBM(éetne»soiûme»¥em»terii»toi> €9ÊÛyfkâMMm

beaucoup de malades qui ont besoin de ta visite. » Mais leurs prières furent inutiles. Seulement , imposant les mains aux malades qui étaient arrivés Q leur rendit la santé , et ensuite rentra dans le bourg d'Arthonne. Le lieu oii le saint s*était arrêté fut plus tard entouré d'un treillis qui subsistait encore au VI* siècle. L'ancienne Arvema, capitale des Arvernes, est appelée aujourd'hui Clermont. La noblesse dont jouissaient les sénateurs arvernes datait, croyons-nous, de César, qui récompensa par là des services rendus pendant ses guerres contre Pompée. La montagne de Belen, voisine d'Arverna, était ainsi appelée de Belen ou Apollon qui , avec Mars et Mercure , était le dieu le plus honoré des paysans gaulois. Elle est du reste actellement inconnue dans le pays. Quant au bourg de Ricomagus, c'est aujourd'hui la ville de Riom.

Ensuite , le saint s'étant une seconde fois rendu au tombeau de la vierge Vitaline : t Réjouis-toi maintenant, Vitaline, ma sœur bienheureuse, lui dit-il, car dans trois jours tu seras présentée à la Majesté suprême. » Puis il quitta ces lieux. Après cela , la vierge ayant apparu à beaucoup de personnes , leur accorda les grâces qu'elles demandaient , et leur marqua même le jour de sa mort, pour qu'on y honorât sa mémoire. « Que peut-on donc penser, ajoute notre auteur, si ce n'est que, grâce à l'entremise du bienheureux prélat, elle avait obtenu de voir la Majesté suprême et d'agir ensuite comme elle fit? » Dans la suite, après des veiller célébrées en l'honneur de cette vierge, Eulalius, archiprêtre d'Arthonne, avait invité les clercs à un repas , tandis qu'un autre prêtre , nommé Edatius , préparait à manger aux veuves et aux autres pauvres. Or , le premier n'avait pas de poisson ; l'autre manquait de bon vin. Une nuit, averti en vision, par la vierge, de porter du poisson à l'archiprêtre, un pêcheur se leva de son lit et trouva dans son filet un énorme saumon , dont il fit

l'usage qui lui avait été commandé. Ayant apparu également àEdatius : «Va, lui dit-elle, et sous un arbre de la cour , tu trouveras une pièce d'argent qui te servira pour acheter du vin digne de la table des pauvres. » Sans parler à personne de cette vision, le prêtre s'en alla, chercha, trouva, puis acheta du vin dont il reconforta les pauvres du Christ. Ce fut ainsi que la puissance de la vierge se fit sentir à Tun et à l'autre, et sut leur procurer à tous deux ce qui manquait à chacun. — Sainte Vitaline était jadis honorée, le 25 mai, dans tout le diocèse de Clermont, et son office se trouvait dans l'ancien bréviaire de ce diocèse, imprimé en 1535. Quant à Arthonne, qui est encore aujourd'hui un bourg d'Auvergne , à environ six lieues de Clermont, du côté de Moulins, on y voyait autrefois un collège de chanoines» institué sous l'invocation de saint Martin.

Ce fiit peut-être aussi dans le même voyage que le saint établit près de Tulle, sous le patronage de l'archange saint Michel , un monastère dont les chroniques locales lui attribuent la fondation , et qui prit ^ns la suite le nom de saint Martin.

Ail VI* siède on possédait * , sur lô tôititoif é bordelais , le corps de saint Romain , prêtre , dont Thistoire disait qu'il avait été enseveli par notre Martin. *^ Cette histoire ne nous est point parvenue et nous ignorons si saint Romain avait eu , pendant sa vie , des relations avec saint Martin. La chose a paru certaine à des écrivains plus récents qui le mettent au rang de ses disciples , et disent qu'il mourut entre les bras de son maître. Le tombeau de saint Romain se trouvait dans le voisinage de Blaye, au bord de la Garonne. De là, maintes fois il sauvait , par la puissance de ses mérites , les malheureux naufragés. Ils criaient au milieu des flots rapides : < Aie pitié de nous, saint Romain, confesseur de Dieu». Aussitôt la tempête se calmait et ils regagnaient , sains et saufs , le rivage. ^^ Gomme JUavia , aujourd'hui Blaye se trouve dans la direction de Bordeaux à Tours , nous croyons pouvoir placer le fait de la sépulture de saint Romain après le concile, et lorsque notre saint retournait dans son diocèse.

Bu quittant Blavia , il se dirigea vers le pays de Saintes. lik eut lieu le fait suivant que l'auteur du vi» siècle , à qui nous l'empruntons , recueillit à Saintes même , dans un repas où la conversation roulait sur les mérites du bienheureux*. Un des citoyens du pays le lui rapporta fidèlement, et les autres confirmèrent la vérité de son récit. Il y avait sur ce territoire un village du nom de Naïogialo , aujourd'hui inconnu. Saint Martin s'y rendait lorsqu'il rencontra un homme qui portait de l'eau dans un vase. Le puits d'où il l'avait tirée était situé dans la plaine à environ mille pas du village , dont les habitants venaient là chercher l'eau nécessaire à leurs besoins, qu'ils emportaient ensuite chez eux. Le saint dit à cet

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