‹ Histoire de saint Martin, évêque de ToursChapitre 50 sur 155 · Sulp. Sev. Vit., n. 15. — Paulin · texte numérisé non relu

Sulp. Sev. Vit., n. 15. — Paulin

Martin est dans la ville. A cette nouvelle, le père de la jeune malade court tout hors de lui. Il veut implorer pour sa fille la puissance du saint. Martin était déjà entré dans l'église. Là , à la vue du peuple , et en présence de plusieurs autres évéques, le vieillard, fondant en larmes, embrasse ses genoux : c Ma fille se meurt , dit-il , consumée par la plus triste maladie , et chose plus cruelle que la mort même , c'est Tesprit seul qui , maintenant , vit en elle : d'avance , sa chair est déjà morte. Je t'en prie , viens la voir et la bénir , car j'ai confiance que , grâce à toi , elle recouvrera la santé. > A ces paroles , le saint demeure confus et stupéfait. Il se refuse à ce qu'on lui demande : il n'a pas, dit-il, un tel pouvoir : le vieillard se trompe sur son compte ; il n'est qu'un homme indigne de servir au Seigneur d'instrument pour faire éclater sa puissance. Le malheureux père se prend alors à pleurer .plus fort et n'en persiste pas moins aie supplier de visiter sa fille mourante. Enfin , cédant aux vives instances des évéques qui l'entourent , il descend à la maison de la jeune fille. Une foule immense attend à la porte pour voir ce que le serviteur de Dieu va faire. D'abord, il a recours aux armes qui lui sont familières en ces rencontres : il se proâterne la face contre terre et prie. Ensuite , les yeux fixés sur la malade , il demande de l'huile. Après l'avoir bénite , il en verse quelques gouttes dans la bouche de la jeune fille : aussitôt elle recouvre la parole. Peu à peu et l'un après l'autre , à mesure qu'il les touche, les membres paralysés reprennent la vie. Bientôt, seutant ses pieds raffermis , la malade se leva, en présence du peuple.

Dans le même temps ^ , un homme de race proconsulaire , Tétradius , avait un esclave dont le démon s'était emparé et

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qui suudirat d'horribles tortures. Supplié de lui imposer les tua4Ui>> Martin ordonne qu*on le lui amène. On essaie donc de tuu(e manière de faire sortir le mauvais esprit de la chambre ou il se tient : on ne peut y réussir , tant sont redoutables » poui* quiconque l'approche , les transports de sa rage et les morsures de ses dents ! Alors , Tétradius se jette aux genoux du bienheureux» et le prie de descendre lui-même jusqu'à la maison où est renfermé le démoniaque. Mais Martin s'y refuse , ne pouvant , dit-il , entrer dans la maison d'un profane et d'un gentil; car, Tétradius, à cette époque , était encore dans les liens de la gentilité. Il s'engage donc , si son esclave est délivré du démon , à se faire chrétien. Sur cette promesse , Martin impose les mains a l'esclave et chasse de son corps l'esprit immonde. A cette vue , Tétradius crut au Seigneur Jésus , fut sur-le-champ fait catéchumène et peu de temps après baptisé. Depuis lors , il montra toujours une singulière affection envers Martin, l'auteur de son salut.

cÂinsi, ajoute le poète, le serviteur et le maître furent tous les deux purifiés de leurs souillures. Le premier fut arraché des liens de son ennemi , le second de ceux de son erreur. Celui-ci fut déUvré des peines de l'âme , celui-là des afQictions de la chair. Tous les deux rendent grâces à Dieu , l'un de la foi qu'il a reçue , l'autre de la raison qu'il a recouvrée. »

Au dire d'un auteur \ Tétradius eut tant de reconnaissance pour cette double grâce qu'il changea son palais en une église qui fut consacrée par saint Martin en l'honneur de la sainte Croix , et rebâtie au xvi® siècle.

A la même époque *, dans la même ville , Martin près d'entrer dans la maison d'un père de famille , s'arrête sur le

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