SAINT MARTIN ET LES DEUX PREFETS
Ce n'est pas, certes , sans raison que la ville de Tours tressaillait de joie en revoyant sortpontife : La présence de ce bon pasteur était pour ses i3râ)îs une source continuelle de bénédictions. En voici une preuve nouvelle *.
Lycontius, ex-vicaire de Tempire, c'est-k-dire ancien préfet d'une province, était un personnage plein de foi. Sa maison se trouva tout à coup frappée d'une contagion terrible. C'était une calamité sans exemple : on ne voyait partout chez lui que malades couchés çà et là. Il implore par lettre le secours de Martin. Le bienheureux répond d'abord que la chose demandée est difficile à obtenir; car l'esprit d'en haut
l.Dial. 3, n. 48.
lui fait comprendre que ce châtiment est parti de la main de Dieu. Toutefois, durant sept jours et autant de nuits, il ne cesse de prier et de jeûner , pour arracher au Ciel la grâce confiée à ses prières. Au bout de ce temps, Lycontius Tenait eu grande hâte lui donner la nouvelle, et en même temps le ranercier de Tentière délivrance de sa maison. Il lui offrit aussi ctnit livres d*argent : le bienheureux, sans refuser ce don , trouva moyen de ne pas Taccepter non plus. Sur-lechamp , et avant que cette somme touchât le monastère , il la destina au rachat des captifs. Les frères lui conseillaient d'en ri'sorver quelque chose pour la dépense du monastère. Tous , disaiont<'ils, ils avaient à peine de quoi se nourrir, et plusieurs
d'outre eux manquais de vètwnait. c Que l'Eglise , rélH>ndit-iK nous nourrisse et nous vêtisse: prenons garde seulement de paraitre rien rechercher pour notre propre usage. »
^Viusi, eu une seule occasion, le saint fait deux bonnes œuvres. Il a rendu la santé aux uns, il rend aux autres la liberté. Ces deux joies , dit le poète . celle des malades et celle des captif » chantent de concert les louanges de Martin. La conduite de notre évèque avait encore deux avantages, ellepermeitait à Lycontius de satis&ire à la justice de Dieu, irrité sans doute p;ir quelque péché commis dans sa maison : ensuite, eUe àiait aux envieux tout prétexte d'accuser Martin d'avarice.
Le rachat des captifs^ dont il est ici question, comp^ lait au iKMuhr^ des ituvi^ dont se glorifiaient alors les chrétiens.
L<^ phUas(^>hes . écrivait LKtance ^ rangeaient la compas- SH>n et la uù$<'ric\m)o parmi ks vices. Les chrétiens « au iH^Ur^rt\ )H>ur i^'ir à l>ieu que seuls ib adt»rent, exercent rUo^viuiditi^ I ttourrissietti ks pauvres . nchèie&i ks captife,
soulagent les malades^ L'histoire de saint Ambroise nous apprend quels étaient les captifs , au iv® siècle. « Les ravages des Goths , dans la Thrace et riUyrie , s'étendirent, nous ditàle, jusqu'aux Alpes et donnèrent au saint évéque de Milan Matière à exercer son zèle ; il s 'appliqua à racheter les captifs. > C'étaient donc des citoyens romains enlevés par les Barbares. Pour atténuer le mérite de ces œuvres , les païens , par la touche de Symmaque , répondaient que l'Église a des revenus. Que ne faisaient-ils , leur répliquait saint Ambroise , le même usage des leurs? Le bien de l'Église est l'entretien des pauvres. Que les païens comptent aussi les captifs que leurs temples ont rachetés , les pauvres qu'ils ont nourris , les exilés qu'ils ont secourus*.
Saint Martin se reposait sur l'Église , c'est-à-dire sur les fidèles , du soin de nourrir et de vêtir ses clercs. Tel était , en effet , l'usage ancien. Dans les premiers siècles, on faisait des collectes régulières, chaque dimanche, sans compter d autres quêtes. Saint Paul rappelle plus d'une fois l'obliga- ^'^ de faire part de nos biens temporels à ceux qui nous procurent les biens spirituels. Il a été dit aux Apôtres de ne porter ni or ni argent , parce que l'ouvrier est digne de sa nourriture , digne de son salaire , ce qui suppose pour ceux à ^^ l'évangile est prêché, l'obligation naturelle de pourvoir ^ ïïécessaire ceux qui le lui prêchent. Dans ce même ^ siècle, on voit que l'église d'Hippone, en Afrique, ^'^Qait des vêtements à l'évêque et aux clercs. « Je ne veux '^ » ciisait saint Augustin à son peuple , que votre sainteté ^^s offre des choses dont moi seul je pourrais me servir ^^^ quelque décence. Si l'on souhaite que je porte les habits
• lust. div. , 1. 7.
* ^p.adSymm.
4|tron me donne, qu*oa m'en donne qui ne me fassent p rougir, (^ar , je vous Tayoue , un habit de prix me rougir. »
Vm <*auHc semblable à celle que nous venons de voir notroHaiiit en relationavecun autre ancien préfet. Il senomm Arltorius. (Votait aussi un homme de foi et de piété , sa fi ôlail m proie aux ardfeurs dévorantes d'une fièvre quar Sur rt's outrofaites . une lettre de Martin tombe par bas rulro SOS uuùus ; il la place, au commencement d'un ace sur la poitrine de la jeune fille, la fièvre disparait aussitôt.
Tu kW n\M> ^K>ou^ prétend que cette lettre était adressée (K^^i 0 vlo la malade (Kir saint 3Aartin qui avait appris son affl lu»a » 01 lui ivrivaii pour le consoler. Les missives étai aUus un moiwau do papier roulé sur luknéme. Ce mira-u\ ut (Ms^ souleiueut un effet matériel. Il augmenta le se uiou( de la foi dans ces deux âmes éprouvées par la douleu
Xrborius voulut à l'heure même consacrer sa fille à Die U wHior à la \irginité perpétuelle. Il se rend auprès de Mar ot lui pro:>onte cette jeune fiUe , vivant témoignage de sa p N^two miraouleuse. C'était Martin qoi . toot absent qu*il l\^N ;iil guérie : dans la pensée de ce père . uni autre que u<^ do\ aii la revêtir de l'habit de la virginité et h consacrer Soij^noui.
l^ ^vnsiVraiiiMi duno \iersre s^ hisjùt dès lors avec ^rand api^roil. l.e sujet i^i s^iuveni quelque fille is^ iVuao dos plus illustivis ùnilks. Ainsi, en 053, le p^ l .dM^\\^ A> ,'iit d^MtiK^ k^ v<de des vierfres à U âQe d'Ambroî pwioi dos tîaulos. V,<Ht«^ cérWKttie avùi eu lieu à la me do N.vl . ou jMvs, i\v d'ïitt pC'^A^ inaooibnble. Nous av ouoow Kl Ivllo AlKvîiiK^n cv* « f.; i iVîk- s:4eanité. Il ypa ,^ h \ ïovjio d.^ U diïiuai^ *v ss^r, c;v\i\. Cest oehû4à me 4)ui \ou;^\t do ^KHinic t.^a ^v î^^pk. ika pks avec des
^'^ï^t mais avec son corps descendu du Cîiel, celui qui , ce
jMir^là même , naquH homme d'une Vierge » mais ayant toutes
choses est engendré du père , Dieu de Dieu. C'est lui qu'elle
<2oit aimer , c'est lui qu'elle doit honorer par la sobriété , la
modestie «tle silence.
' Xtens les lettres de samt Basile sur la discipline , on voit 91^1 e h vierge infidèle à son vœu , condamnée par le concile d'ELvire, en Espagne, à une pénitence de toute delà vie, a*^tait condamnée en Cappadoce qu'à la pénitence d'un an. S^iint Basile approuve cette indulgence ancienne pour les temps de persécution , mais il est d'avis que l'Église étant fortifiée &t. It3^ nombre des vierges augmenté , on doit user d'une plus rigueur et traiter la vierge tombée comme une adul- !:dont la pénitence la plus longue était de quinze ans , mais
'accroissement du nombre des vierges sacrées fut sensi-
9 surtout à Milan , grâce aux prédications de saint Am«
ise. Plusieurs personnes se plaignaient même qu'il relevait
la virginité et les mères renfermaient leurs filles de peur
elles n'assistassent à ses instructions ou n'allassent se con-
entreses mains.
iSùm avons déjà vu que notre saint avait établi, dès le
cionomencement de son épiscopat, un monastère de filles à
<lue]que distance du sien. Suivant la tradition , ce monastère
•^^aît dans un îlot de la Loire. Ce fut sans doute dans cette
^^tteure sainte que la fille d'Arborius acheva sous l'aile du
^^igueur le cours d'une vie qu'ttlni avait conservée par un
^^^ï'^cle. Quelques années après , on vit s'élever aux environs
^^ Tours d'autres maisons semblables. Elles étaient situées
^ ï-'opposé de la première, c'est-à-dire à l'occident de la
- Quant à l'ancien préfet» il fut récompensé dès ce monde de
M générolité divers Dieu. Il attesta lu^mêffle arMr vu » p6fl* dant que Martia offrait le sacrifice, la main du pônUfe, comme revêtue des plus belles pierreries > jeter un éclat éblouissabU II avait même entendu • quand cette main s*agi^ tait, le bruit produit par ces pierres précieuses en se frois^ «ant Tune contre Tautre.
Ces pierreries, dit le poëte , n'étaient pas de celles qui or^ nent les panaches des guerriers , ou brillent aux diadèmes des rois: elles ressemblaient à celles dont le souverain Juge embellit dans les cieux les couronnes des saints.
Nous placerons ici plusieurs traits racontés par Gallus immédiatement avant le précédent*. Voici ce dont Hefrigerius avait été témoin : Une femme souffrait d'un flux de sang. A l'exemple de celle dont parle l'Évangile, elle touche le vêtement de Martin : à l'instant elle se trouve entièrement guérie.
Elle fut guérie , dit le poëte , à l'insu de son médecin terrestre i car son médecin véritable fut Dieu lui-môme qui , bien qu'assis sur son trône étoile peut encore , comme on le voit , être touohé dans les saints qui sont ses membres.
Un serpent traversait le fleuve à la nage , se dirigeant ver^ la rive où , avec ses disciples, l'évêque était assis» «Au nom du Seigneur je t'ordonne de t'en retourner. » Ainsi parle le saint. Aussitôt, la maligne bête rebrousse chemin , et, sous les yeux de la pieuse troupe, regagne là rive opposée. A cette vue , tous les disciples du saint de témoigner leur admiration. Pour lui , poussant un profond soupir : « Les serpents m'écouteat, dit-il, et les hommes ne m'écoutent pas. »
On était dans les jours de Pâques, le saint avait coutume d'y manger du poissQtt. Un peu avant l'heure de la réfection «
i, fiba^ tu «2 «t M.
il limande s*il s'en tmire. Voici Tenir le diâéf e Caton , économe du monastère, et en même temps habile pécheur. U déclare que de la journée il n'a pu rien prendre-, les autres p<Scheurs , qui avaient l'habitude d'en vendre , n'ont pas été plus heureux.
« Va, dit le saint, jeter ton filet, ta peine ne sera pas perdue. »
Les moines, comme on l'a vu plus haut, avalent leurs l^abitations proches du fleuve. Tous sortent pour voir le diacre lî va pêcher ; car c'étaient des jours de repos ; chacun est t^tentif, chacun est assuré de la réussite d'une tentative, par l'ordre de Martin , et pour l'usage de Martin. Du naier coup, le diacre tire dans son étroit filet un énorme s^aiirnon, que tout joyeux il court porter au monastère.
Comment ne pas reconnaître après cela que le Christ opéen Martin? Disciple du Christ, Martin imitait les miracles le Sauveur a produits pour servir d'exemple à ses saints ; ^t, le Christ, glorifiant son saint en toute circonstance , réunisen un seul homme les dons multiples de ses grâces. Saturnin est pris à témoin par Gallus de cet autre fait, il était à cette époque un des disciples de notre saint. Un cliîen poursuivait les moines de ses aboiements importuns. « Au nom de Martin , dit l'un d'eux , je t'ordonne de te taire.» Le chien s'arrêta tout court , vous eussiez cru qu'il avait la langue arrachée. C'est donc peu de dire que Martin a fait des niîracles. D'autres aussi en ont fait beaucoup en son nom. I^e trait suivant prête un nouvel appui à cette réflexion de l'historien.
Un navire voguait sur la mer Tyrrhénienne , dans la
érection de Rome. Tout k coup des tourbillons s'élèvent ; la
^^^ de tous les passagers est dans un péril extrême. « Dieu de
^^tin , sauve-nous , » s'écrie un marchand égyptien encore
idoUtre ; aussitôt la tempête se calme et les voyageurs poursuivent heureusentent leur course sur une mer parEaitement paisible.
AJDsi le nom et la gloire du saint étaient dès lors répandus dans les contrées les plus lointaines.