CHAPITRE XVni
DERNIER VOYAGE DE SAUiT MiUlTIM A TRÊVES.
3Sous sommes arrivés à Tépoque où la gloire terrestre de ^c>t.re saint allait atteindre son apogée.
TJi) regard rétrospectif sur les événements politicpies de ^^ temps est ici nécessaire pour Tintelligence des faits que ^ous avons à raconter.
Nous avons déjà lié connaissance avec cet irascible Valen- ^îuien I". Son terrible emportement qui avait coûté la vie à ^^ lit d'autres devait finir par la lui coûter à lui-même. Un gé- ^^ral de Tempereur avait fait massacrer le roi des Quades, au ^^^Tiir d'un repas où il l'avait invité. Ceux-ci indignés étaient ^Oirés dans la Pannonie et l'avaient dévastée. Valentinîen , à p^lte nouvelle, quitte les Gaules, les poursuit à son tour î ^sque dans l'illyrie , qu'ils habitaient , et , malgré les réclamations et les plaintes de leurs députés , il brûle leurs villes
puis repasse le Danube sans avoir perdu un seul homme. Les Quades lui envoyèrent de nouveaux députés pour le prier de borner là sa vengeance; c'était le 17 novembre 375, deux ans environ après la visite qu'il avait reçue de saint Martin , et dix ans avant Tépoque où nous en sommes de cette histoire. Ce jour-là même , répondant aux ambassadeurs , dans son camp, il s'abandonna tellement à la colère qu'un vaisseau se rompit dans sa poitrine et qu'il expira dans de violentes convulsions , à l'âge de cinquante-cinq ans.
Les généraux de l'armée , pour prévenir de nouvelles calamités, proclamèrent empereur le jeune Valentinien, son fils putné , âgé seulement de quatre ans, II9 n'attendirent pas la permission de Tempereur Gratien , son frère aîné , qui était demeuré à Trêves par ordre de son père. Mais ce prince était si bon qu'il ne s'en plaignit point, et traita toujours son jeune frère comme son fils. Gratien avait été lui-même , quelques années auparavant , reconnu empereur par son père , relevant d'une maladie qui avait réveillé l'ambition des prétendants. Il partagea l'empire d'Occident avec Valentinien II , qui eut l'Italie , rillyrie et l'Afrique. Gratien eut le^ Gaules , l'Espagne et la Bretagne ; mais tant qu'il vécut il gouverna l'Oceident tout entier. II n'avait que seize ans et demi à la mort de son père , et était marié depuis un an à la fille de l'empereur Constance. D'un génie heureux et docile, bien fait de sa personne, habile dans tous les exercices, c'eût été un prince accompli s'il eût été mieux formé aux affaires de l'État. Il avait trouvé le palais plein d'alarmes et de terreur ; il en fit un séjour aimable. On n'y entendit plus de gémissements; on n'y vit plus d'instruments de tortures. Il rappela sa mère et un grand nombre d'exilés ; il ouvrit les prisons à ceux que la calomnie y avait enfermés ; il rendit les biens confisqués injuêtement ? et fit oublier U dureté du gouv^aement de son
père. Naturellement pieux, 11 était entretenu dans eetteheii-^ ircuse disposition par les conseils de Gracchus , de rillustri ifflille de ce nom , qu'il honora de sa eonflance et éleva à k Lignite de préfet de Rome. Plein de zèle pour le christianisme, celui-ci profita de son autorité pour affaiblir Tidolâ* *ie; il détruisit un grand nombre d'idoles, mais sans user le violence , ni donner ouvertement atteinte à la liberté de :uUe dont les païens jouissaient encore. L'empereur fit, dô| <z::ette année et la suivante, plusieurs lois avantageuses à TÉslise.
Il était étroitement lié avec saint Âmbroise. Retournant l'Illyrie en Gaule , Gratien écrivit , de sa main , à l'évêque <^e Milan , une lettre où il le nomme son père : il le priait de "venir le trouver pour l'instruire encore de la vérité dont il ^tait déjà très-persuadé , et de lui renvoyer le traité qu'il lu*; ^vait déjà donné, en y joignant les preuves de la divinité an Saint-Esprit. Dans sa réponse, saint Âmbroise lui donne le tûre du plus chrétien des princes, ajoutant qu'il ne connaît '^iàn de plus vrai et de plus glorieux.
La bonne volonté que Gratien témoignait pour la religion , *I la témoignait également pour le progrès des belles-lettre» , ^t même pour la conservation des anciens monuments de I^ome. Enfin, sous ce prince, toute l'Église d'Occident était dans la paix et la joie. Cependant, à l'âge de dix-sept ans, circonvenu par les intrigues des courtisans , Gratien avait fait ^ï^ancher la tôte au comte Théodose. A l'âge de dix-neuf an$, il sut réparer sa faute avec une magnanimité sans exemple dans l'histoire. Il associa à l'empire le fils de la victime. Théodose monta sur le trône impérial le 19 janvier 379 , dans la trente-troisième année de son âge. Il allait bientôt avoir ^ venger son bienfaiteur.
Nous avons déjà plusieurs fois nommé l'empereur Maxime .
Saivamt Topinion la plus probable, Maxinie était Breton d'origine, n occupait depuis longtemps un rang distingué parmi les principaux officiers des troupes romaines en Bretagne , où il avait su se (aire aimer des soldats. Ceux-ci , peu satisfaits du gouvernement de Gratien , proclamèrent auguste leur général. En effet, Gratien, prince excellent sous tant de rapports , s^appliquait au plaisir de la chasse bien plus qu'au gouvernement de l'État. Ses ministres étant ainsi les maîtres , tout se vendait à la cour. Nous l'avons appris dans l'aflEaire priscillianiste. Gomme les barbares de la Germanie étaient d'habiles chasseurs , Gratien en avait attiré plusieurs à son service , en particulier des Alains. Il les comblait de faveurs, les approchait de sa personne, en faisait ses favoris , au point de s'habiller comme eux. Tous ces motifs avaient provoqué le mécontentement et la haine des vieux soldats romains.
Sans perdre de temps , le nouvel empereur débarque par le Rhin et s'avance dans les Gaules. Gratien vint lui présenter la bataille près de Paris. Maxime ne l'ayant pas acceptée, les armées restèrent en présence plusieurs jours, au bout desquels Gratien se vit abandonné de la sienne et obligé de s'enfuir avec trois cents cavaliers qu'il croyait fidèles, mais qui l'abandonnèrent encore. Toutes les villes lui fermèrent leurs portes. Alors errant ça et là , sans secours et sans espérance , poursuivi par la cavalerie de Maxime , il quitta la robe impériale pour n'être pas reconnu. Arrivé à Lyon , il y fut trahi par un homme qui mangeait à sa table et qu'il avait honoré d'emplois distingués. Le prince invité à un festin refusa d'abord de s'y trouver , mais il se laissa persuader par les serments que ce perfide lui fit sur les saints évangiles. On fit reprendre à Gratien ses habits impériaux; on le traita avec honneur pendant le repas, puis au sortir de table on Tassas-
sina. Il était âgé de vingt-cinq ans , et avait régné , depuis la mort de Valentinien , sept ans , neuf mois et huit jours. Pendant qu'il succombait aux coups des meurtriers , il nomma plusieurs fois saint Ambroise et avait encore son nom à la
bouche en rendant les derniers soupirs. Le saint évéque qui raconta ce fait, en versant des larmes, proleste qu'il n'oubliera jamais ce prince, et qu'il l'offrira sans cesse à Dieu dans ses prières et dans le saint sacrifice. 11 fait en toute occasion l'éloge de sa piété et de ses autres vertus. Par cette mort, Maxime demeura, sans combat, maître des Gaules, de l'Espagne et de la Bretagne. 11 établit à Trêves le siège de son empire.
Deux ans après cette révolution, saint Martin fit un troisième voyage à Trêves. En s'y rendant, il passa, dit une légende * , par la ville de Toul. Là , conduit par sa dévotion or cîinaire , il entre dans l'oratoire du bienheureux Mansuet. ^w appelait ainsi une église bâtie jadis par ce saint évêque de Toiil et consacrée à saint Pierre, apôtre. Elle était située d^ns le faubourg septentrional de la ville. Le corps de saint ^^tansuet, mort depuis neuf ans, y reposait. Tandis que Martin ie en ce lieu, l'âme d'une vierge sacrée, qui, peu auparant y avait été ensevelie, répète tout à coup, à plusieurs ^^}[)rises, du fond de son tombeau, le nom de notre saint. ^ bienheureux prête l'oreille à cette voix suppliante; elle ntinue de se faire entendre: « Très-saint pontife, dit-elle, puissant au ciel et sur la terre, aie pitié d'une pauvre dente ensevelie en ce lieu; car mon corps est ici caché sous *^^ terre, mais mon âme est dans les tourments. Emploie pour e secourir le patronage du très-saint évêque Mansuet et le en. Tu devras croire mon âme délivrée si à ton retour tu