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Tei était aussi vers le tûêam temps le sujet du dernier entretien de saint Augustin avec sa mère , qui mourut en 387 , Tannée même du baptême de son fils. Appuyés ensemble sur uke fenêtre qui regardait le jardin de la maison , ils s'entretenaient avec une douceur extrême, et cherchaient quelle serait la vie éternelle des saints.
Or, pendant ces entretiens de Maxime avec Martin , il y
avait une personne qui passait les jours et les nuits comme
suspendue aux lèvres du saint, c'était la reine. Rivalisant
avec la femme de l'Évangile, elle arrosait de ses larmes les
pieds du saint, et les essuyait de ses cheveux. Martin, que
jamais aucune femme n'avait touché, ne pouvait se soustraire
à l'assiduité, ou pour mieux dire à l'esclavage de celle-ci.
Pour elle, en présence du saint , il n'y avait plus ni richesse
<ïu trône, ni dignité impériale, ni diadème, ni pourpre: on
"6 pouvait l'arracher des pieds de Martin, où elle demeurait
prosternée sur le sol. Enfin, elle demande à son mari la per-
^'^îssion de servir ^Bè-même au saint évoque un repas dont
tous les serviteurs iseraient éloignés. Tous deux sollicitent
"^ Martin cette faveur. Le bienheureux ne put refiiser cette
^âce avec trop de persistance. Les chastes mains de la reine
disposent donc les apprêts de cette petite fête. Elle couvre
^Ue^même d'un tapis la sellette de l'évêque, approche la
^l^le , donne au saint de l'eau pour ses mains : et sert elle-
^ê rue les plats qu'elle-même a préparés. Tandis que l'évêque
^^^ assis» elle se tient debout à distance, immobile h sa
Pl^ce, comme il est de règle pour les serviteurs, montrant
^^ tout la modestie d'une servante, l'humilité d'une esclave.
^'ll^ mêla elle-même le breuvage de l'évêque, et elle-même
*^ lui présenta. Le petit souper fini, elle recueillit les mor-
^«^itix et les miettes du pain que le saint avait pris, préférant,
^ns sa foi admirable , ces humbles restes aux délices it k
table impériale. Bienheureuse femme, ajoute Thistorien, digne , pour ce sentiment d'une si grande piété, d'être comparée à celle qui vint des extrémités de la terre entendre Salomon. Que dis-je ? si Ton met en parallèle la foi des deux reines , on trouve que Tune a désiré d'entendre le sage , et que l'autre, non contente d'avoir entendu le sage, a mérité de le servir.
Cependant , craignant qu*on n'abusât de cet exemple de Martin, servi à table par une femme : « Il faut, dit encore l'historien , remarquer ce que les grammairiens enseignent , à savoir le lieu, le temps , la personne. Qu'on se représente, en effet, Martin enfermé dans le palais , circonvenu par les prières de l'empereur , pressé par la foi de la reine , contraint par la nécessité du temps ; car il était venu pour délivrer des prisonniers , faire rappeler des exilés , et rendre des biens confisqués. De quel intérêt pense-t-on que ces motifs devaient être pour un évêque? Tout cela n'a-t-il pu le dispenser un moment de la sévérité des règles ? Ceux-là seront heureux qui ne s'écarteront pas de l'enseignement tracé par la conduite de ce grand homme ; qu'ils y fassent attention. Martin , déjà septuagénaire, et une seule fois dans sa vie, a été servi non par une veuve libre , non par une vierge folâtre , mais par une reine , vivant sous la puissance d'un mari et appuyée dans sa démarche par les sollicitations de son mari luimême. »
Du reste, la pieuse invention de la femme de Maxime avait eu déjà, dans le même siècle, des antécédents. Ainsi, en Perse , durant la persécution de Sapor , une femme riche et vertueuse , nommée Jazdundecte , s'était chargée de nourrir cent vingt chrétiens, emprisonnés à Séleucie; puis, ayant appris le jour de leur exécution, elle leur avait fait, la veille, préparer un grand festin, et les avait servis elle-même à
table. Avant elle, une femme plus illustre encore, une impératrice, comme celle de notre histoire, avait donné au monde cet exemple de Thumilité chrétienne. Sainte Hélène, mère de Constantin, lors de son pèlerinage à Jérusalem, avait fait quelque séjour en Palestine. Entre autres marques de sa piété, elle rendit ce grand honneur aux vierges consacrées à Dieu. Les ayant toutes assemblées et fait asseoir sur plusieurs nattes, elle les servait à table, tenant elle-même Taiguière sur le bassin pour leur laver les mains , apportant les viandes, versant le vin et leur présentant à boire. La sainte était alors octogénaire.
Pour notre saint , il quitta Trêves après avoir sans nul doute obtenu les grâces qu'il s'était chargé de demander à l'enapereur. Passant de nouveau par Toul , il se rendit encore ^u tombeau de saint Mansuet, que, du reste, il visita toutes tes fois qu'il vint dans ce pays. N'entendant plus la voix de la défunte , qui lui avait précédemment demandé ses prières , il rendit grâces au Créateur. On conserva longtemps dans l'église de l'abbaye de saint Mansuet, près Toul, la pierre sur laquelle saint Martin s'était agenouillé. On la montrait aux pèlerins comme un monument qui attestait à la fois la piété de saint Martin et l'antiquité du culte de saint Mansuet. Elle portait une inscription exprimant que saint Martin était venu à Toul et avait prié au tombeau de saint Mansuet *. Ces deux dernières particularités nous paraissent suffisamment établies. Quant à celle de la religieuse, relatée par un auteur du rx* siècle , elle pourrait bien n'être qu'une reproduction itérée de la légende de sainte Vitaline.
En revenant de Trêves , Martin rencontra une vache que fe démon agitait et qui, ayant abandonné son troupeau, se
* - Act. SS. 3 Sept., Vit. S. Mansueti.
[t furieuse siir les personnes : déjà, dans ses écarts mâl- [isants, elle en avait blessé un grand nombre. Comme elle fpprochait de nous, dit Gallus * , les gens qui la suivaient de loin nous crièrent de prendre garde. Mais elle n'était plus [qu'à une faible distance, montrant sa rage dans ses yeux menaçants. Martin élève la main et lui ordonne de s'arrêter. A Vînstant elle demeure immobile ; Martin voit alors un démon assis sur le dos de l'animal. D'un ton courroucé : Œ Éloîgne-toi de cette bête, méchant, lui dit-il, et cesse de tourmenter cet animal innocent. » L'esprit malin obéit et se retire. Délivrée de son sinistre cavalier , la génisse eut asseï d'instinct pour comprendre le bienfait qu'elle avait reçu : elle vient se coucher aux pieds du saint qui lui a rendu le repos ; sur Tordre de Martin , elle regagne ensuite son troupeap et s'y môle aussi tranquille qu'une brebis. Nous voyons ici qae le saint avait fait ce voyage et sans doute aussi les autres accom- -....^^^ ^^ pagné de plusieurs de ses disciples.
Toute l'histoire de ce dernier voyage du saint k Trêves rattache à l'année 38G, qui correspond h la soixante-dixîèm^ de son âge. La prédiction qu'il avait faite à Maxime s'accomplit deux ans plus tard ^
L'impératrice Justine, la même qui avait jadis indisposé Valcntinien I"' contre saint Martin , avait aussi deux fois persécuté et maltraité saint Ambroise. Néanmoins elle le pria d'aller trouver Maxime. Ambroise accepta l'ambassade , dont le but était de demander le corps de Gratien et de confirmer la paix. C'était à l'époque même où saint Martin se trouvait à Trêves pour la dernière fois. Saint Ambroise, de la cour de Maxime , avait mandé à Valentiniert d'être bien en garde
i. Dial. 2, n. 9.
2. Soçrat., 1. 5, c. il, 12 et 44.-Théodôr., liv. 5, c.l2 eli08.
contre un homme qui couvrait la guerre soi}s une apparence de paix. Les courtisans trouvèrent que Tévêque n'avait point assez de souplesse pour un diplomate. Un d'entre eux, nommé Domnînus , principal ministre de Valentinien , qu'on regardait comme un profond politique, s'offrit de renouer la négociation et de la conduire à bonne fin. Maxime le reçut à bras ouverts , le combla d'honneur et de présents , accepta toutes ses propositions et lui offrit même un corps de troupes pour aider Valentinien contre les Barbares. Domninus , accompagné de ses auxiliaires, revenait triomphant à travers les Alpes, lorsque Maxime , qui le suivait sans bruit , parut tout à coup en Italie avec une armée formidable dont ses prétendus auxiliaires n'étaient que l'avant-garde , et marcha sur Milan. Valentinien surpris n'a que le temps de se sauver à Aquilée. itôt même, ne s'y croyant pas en sûreté, il s'embarque sa mère et gagne Thessalonique pour y trouver un asile la protection de Théodose, auquel il fait savoir à Con- ^^^otinople l'extrémité où ils sont réduits. Maxime demeurait ^însî maître de l'Italie et de l'Afrique. Les païens se déclai*èrent pour lui avec empressement. Le fameux Symmaque Pi*oiionça un panégyrique en son honneur. La première partie de la prédiction de saint Martin était donc accomplie : la ^^conde pesait sur la tête du vainqueur. •
Théodose ne se fit pas attendre à Thessalonique. Là il tint *^iiseil sur le parti qu'il devait prendre. Tous les avis allaient ^ tirer de Maxime une prompte vengeance. Théodose, plus
personne , était touché du sort déplorable des deux emurs, l'un son bienfaiteur, et l'autre son beau-frère ; car ^ l'année précédente, il avait épousé, en secondes noces, ^^^^ , sœur de Valentinien. Mais comme la saison ne permet- ^^^ pas de commencer la guerre, il crut à propos d'amuser lue par des espérances d'accommodement. L'hiver se passe
donc en négociations infructueuses. Bientôt après , Théodose s'avance avec promptitude en Pannonie et y défait en deux batailles les troupes de Maxime plus nombreuses que les siennes. Il passe les Alpes sans obstacles et s'arrête à trois milles d'Âquilée. Ses troupes y entrent sans éprouver de résistance et y surprennent Maxime , occupé à distribuer de l'argent aux soldats qui lui restent, tant il est peu instruit des mouvements de Théodose. On le jette à bas de son tribunal , on lui arrache son diadème , on le dépouille des vêtements impériaux; puis les pieds nus , les mains liées derrière le dos, il est conduit au camp du vainqueur. Il parait devant Théodose et Yalentinien. Théodose lui adressa quelques reproches, mais d'un air où la compassion avait plus de part que la colère. Il paraissait touché de l'état déplorable où il voyait Maxhne : il détournait la vue et changeait de couleur, balançant entre la clémence et la justice. Les soldats s'en aperçoivent, enlèvent Maxime de sa présence et lui tranchent la tête hors du camp. C'était le 28 juillet 388; Maxime avait régné environ cinq ans, depuis la mort de Gratien. Le comte Arbogaste, envoyé en Gaule par Théodose, prit, quelques jours après, le jeune Victor, fils de Maxime , associé par son père à l'empire , et lui ôta la vie. Du res^, Théodose accorda une amnistie générale. Il prit soin de la mère et des filles de Maxime , et leur assigna des pensions pour subsister avec honneur. Maxime est représenté, dans plusieurs de ses médailles, tenant en main le labarum, avec cette légende : Magnus Maximus, restitutor Reipublîcœ. Aquilée , où il fut pris , possédait alors un clergé qui , conduit par saint Valérien, passait pour une assemblée d'anges et de bienheureux. L'impératrice Justine mourut cette même année, toujours obstinée dans son erreur. Après la mort de Maxime il n'y eut plus d'empereur à Trêves , qui devint la résidence du préfet des Gaules.
Après le même événement, le pape Syrice condamna expressément la conduite de Tévéque Ithace dans la poursuite des priscillianistes, et régla les conditions auxquelles priscillianistes et ithaciens devaient être reçus à la communion de l'Église. Pour ce qui est d*Ithace en personne *, non-seulement il fut déposé de Tépiscopat et excommunié , mais encore envoyé en exil où il mourut deux ans après. Dans un concile , ^nu à Milan, Tannée suivante, et où les évéques des Gaules se trouvèrent, on confirma la condamnation dlthace et de ses partisans, prononcée par saint Syrice et saint Ambroise. Son confrère Idace , appelé aussi Nardace, quoique moins coupable, se démit lui-même de Tépiscopat, acte qui eût fait croire à son bon sens s*il n'eût essayé plus tard de remonter sur son siège. La condamnation dlthace ne donna pas la paix à Téglise des Gaules. La querelle soulevée par sa conduite fut pendant plusieurs années encore un sujet de division et de trouble. Quant aux priscillianistes eux-mêmes, ^^ oxercèrent le zèle et la patience de TÉglise jusqu'au vi* Siècle ^ où fut assemblé contre eux le concile de Brague.
S^lp. Sev., Hist. Sacr., 1. 2, n. 64.