‹ Histoire de saint Martin, évêque de ToursChapitre 67 sur 155 · Acla SS., 1" sept.. Vit. S. Vict · texte numérisé non relu

Acla SS., 1" sept.. Vit. S. Vict

« Béui sois-tu , mon seigneur , répond Victor , et bénie s ta [Kirole , toi qui daignes tenir on pareil langage à un paa hoinnic tel que moi.

— Faut-il m'exprimer plus clairement? poursuit rhonneur de Tépiscopat t'est réservé. » Victor ne savait saint parlait sérieusement ou voulait plaisanter. Il M donc : < Qu'en tout temps ton âme se délecte pleinement lajoieetla gaieté, pour moi je m*en retourne.» Alors, le ^sm. l'arrêtant, lui ôta sa bêche et lui donna, dit la légende ^^ soutien sur lequel les prélats ont coutume de s'appuyer priant , c'est-à-dire la crosse. Ensuite il l'emmena avec 1en grande hâte, l'espace de cinq cents pas qui les sépa^c^ encore de la ville , et ils allèrent visiter saint Liboire.

Notre saint trouva le malade à l'extrémité et cepends couché sur la cendre , vêtu d'une haire , chantant les psaunc»^ enlln tout occupé de la joie du ciel où il devait aller. Mar^ s'approche de lui et le tient un instant étroitement embra^^ Sa vue remplit Liboire d'une joie ineffable. Mais ici , dît K^gendc, il faut renoncer aux paroles. Car, qui pourr*= exprimer dignement combien divins , combien spirituels ^ célestes furent leurs entretiens , avec quelle allégresse ils s^ ' virent l'un l'autre, avec quel sentiment leurs âmes purent^ supporter une séparation momentanée? Tous deux , en effet, étaient de très-excellents chefs des soldats du Christ , tous deux s'étaient illustrés par maint triomphe sur le diable, l'outefois, l'un était alors sur le point de recevoir sa récompense éternelle , Tautï'e devait l'attendre quelque temps et eotuhaltrc encore pour le camp de Dieu. Notre saint admininlra les sacrements au moribond, ou, comme dit la légende, hit tlonna le suprême et premier conseil de la vie ; puis le Ivrtiî^er de i>aix en signe d'adieu et sa bénédiction. Saint tiboire expira doucement entre les hras de son ami, le

juillet de l'an 386. Il avait présidé depuis la dernière année de Constantin, jusqu'à la septième du grand Théodose. Sdint Martin l'ensevelit avec l'honneur convenable et les prières accoutumées, dans l'église du Pré, située au bord de Ist Sarthe , auprès de ses prédécesseurs saint Thuribe et saint Pavace. Le fait de la sépulture de saint Liboire, par saint Martin , est rapporté par quatre légendes différentes.

Ili€s funérailles terminées , notre saint se hâta de retourner k la ville , où, le lendemain, Victor se cacha. Martin convoqua dLans l'église tout le peuple qui s'était rassemblé en foules innombrables pour les obsèques de Liboire , et qui témoigréait par des torrents de larmes son amour pour son pasteur dLéfixnt. Il les console par des instructions pleines d'une sainte doctrine , ensuite il prie très-longtemps. Sa prière achevée , il dit au peuple : — Nous ne voulons pas, en quittant cette ville , la. laisser dans le désordre. Il nous faut auparavant , par le ^^oyen de votre élection, procurer à votre évêque un successeur qui puisse porter avec éclat la dignité pastorale. » Les assistants répondent : t Tout ce que tu jugeras à propos de laire, fais-le, car le Seigneur est avec toi. » Alors , le saint posant sa main sur Victor qu'on a ramené près de lui. «Voilà, "'t-îi ^ ^jyj qyg jg Seigneur a choisi pour succéder à saint

*-*it>oîre. — Comment , répond Victor , cette parole pourra-

*^11^ s'accomplir? Je suis marié et j'ai un enfant. » En

^^ » la loi de la continence pour les sous-diacres n'était

pas encore promulguée ou observée partout dans l'église

*^^. On envoie sur-le-champ des messagers à la femme

^^îclor pour la faire venir. Maura, c'était son nom,

^'v^e en grande hâte, et se prosterne devant le saint.

^ ï'erame , lui dit Martin , veux-tu que ton mari devienne

^ ^Mfe de la ville du Mans?» Tout épouvantée :«Je ne suis pas

^'^^e , mon seigneur , répond-t-elle, que mes yeux voient les

merveilles du très-Haut. — Cependant, reprend le saint, si la chose avait lieu que voudrais-tu faire après? — Si je suis assez heureuse, répond Maura, pour être témoin de ce prodige, mpn mari deviendra pour moi comme un frère; moi, je ne serai plus pour lui qu'une sœur, et notre unique pensée sera de servir le Seigneur. y> Satisr fait de ce langage , notre évêque fait asseoir Victor dans U chaire et s'adressant au peuple: c Voici, dit-il, le souverain pasteur , assis au lieu de sa dignité. C'est là le grand prêtre que le Seigneur a choisi , aimez-le , chérissez-le , cap le Seigneur est avec lui. » Saisi de respect à ces paroles , te peuple se prosterne devant Martin en disant : < La divine Puissance a daigné nous donner un souverain pasteur capable de soutenir son œuvre. Qu'il soit vraiment pour nous un père et un pasteur. Nous, soyons-lui soumis et aimons-le comaie nous-mêmes. » Alors , Tévéque de Tours bénit Victor de I9 bénédiction du ciel et lui conféra la dignité pontificale. Quand Uaura sut ce qui était arrivé elle fut remplie d'une grande joie et dit au saint : t Fais descendre le voile sur ma tête , pour que je plaise au Christ ; qu'un esprit droit vienne habiter dans mon cœur et que ta main sacrée me lave de mes souillures. — Que le Seigneur, lui répondit-il, accomplisse ton désir; » et il fut fait ainsi. Après avoir reçu la bénédiction qu'elle avait demandée , elle se prosterne encore aux pieds de Martin : « Seigneur , dit-elle , je demande que mon fils soit baptisé de ta main , qu'il devienne ton fils spirituel et te serve tous les jours de sa vie; car il touche à sa dixième année. »

Le pontife^, plein de grande joie , ordonne qu'on lui amène Tenfaiit. Quand celui-ci fut au milieu de l'assistance , Martin le baptisa, lui rendit témoignage et le nomma Victure, pour rapprocher son nom de celui de son père. Ensuite, fUui donna le baiser et pria pour lui. «Père du Ciel et de la terr e , ditril ,

d^zirc^ne à cet enfant une longue vie. Accorde-lui, Seigneur t l'mMm^^^lligence , la science, la sagesse, la modération, la cb^- » la chasteté, la sobriété, la subtilité, Thumilité, parce tu donnes ta grâce aux humbles et résistes aux superbes, ands sur lui la bénédiction céleste , pour que , quand son p 4^:mr^ aura terminé ses jours , il reçoive Thonneur de sa dignité ett. <xiie tu lui permettes de juger le peuple de son père. » Les a^ distants dirent: c Ainsi soit-il.» Ensuite, les deux pontifes muniquèrent ensemble et se dirent adieu ; car notre évéque it hâte de retourner à sa ville de Tours; mais il voulut que c^nne Victure vînt avec lui.

i nous allons , sous toutes réserves , donner place au récit

autre légende que nous avons déjà Citée dans les com^

ments de cette histoire. C'est celle de Tancien écuyer de

, nommé Démétrius , que celui-ci avait jadis laissé à

«"niée.

•Auprès la mort de l'empereur Constance , il était parti pour

où il avait reçu les saints ordres. Se ressouvenant alors

son maître , il avait résolu de tout endurer , jusqu'à ce

*îl l'eût trouvé. Arrivé à Tours . il demande saint Martin.

^^ lui dit qu'il est allé au Mans , peur les fanérailles de saint

Mboîre. De son côté , Martin menant avec lui , comme noua

Vivons vu, le fils de Victor, se dirigeait vers Angers.

^^lieijrjj^ faisant , il s'arrête dans une forêt ; là , il a révéla*

^^^^ une son disciple est venu le chercher et se trouve

*^X. B'orges à fer de Vaisdré. Il part donc le lendemain de

Ç^^nd matin de ce lieu avec Victure pour revoir son

cher Démétrius qui , la nuit suivante, rêvait que saint Martin

fc*^ à sa recherche. Ils se rencontrent enfin , et l'évéque dit à

^*»^ àisciple : « Toute cette nuit j'ai marché pour te trouver. »

î^^ efEei , il avait marché un jour et une nuit dans la forêt

poor déGOuvrir le lieu des Forges. Ensuite, tous deux ensemU e

louèrent Dieu en chantant des hymnes. Saint Martin donna sa bénédiction à Démétrius , puis Martin , Démétrius et Victure prièrent pour toute TÉglise chrétienne en récitant les psaumes de la pénitence. Le lendemain qui était le samedi , en cheminant au matin dans la forêt , ils trouvent un assez beau temple dédié à Jupiter Olympien. Ils y pénètrent. Un homme, nommé Âlapius , y sacrifiait en ce moment un bouc à Jupiter , pour sa fille qui était possédée. A peine les saints ont-ils paru dans le temple , que l'idole de Jupiter dit par trois fois : c Je n'ai plus aucune puissance, à cause de ces saints personnages ;» puis elle tombe à terre. L*idole dlsis prononce lei mêmes paroles et tombe aussi. En même temps un grand coup de tonnerre se fit entendre et la terre trembla. Tous ceux qui étaient dans le temple se ci-urent perdus. Alors l'évêque : c Si vous voulez , leur dit-il , croire en notre Dieu qui est Jésus-Christ, je vous délivrerai de ce péril. — Nous croyons en lui, répond-on de toutes parts, situ nous délivres.* Le saint leur commande à tous de crier à haute voix : cDieu tout-puissant , aie pitié de nous . par les mérites de Jésus- Christ, ton fils. » Ils le font , et aussitôt Torage s'apaise. Saint Martin se met de suite k les catéchiser. Puis il ajoute : cJe suis venu ici, par l'ordre de Jésus-Christ, pour vous tirer de Verreur où vous êtes au sujet de vos fausses divinités. Incapables de vous rendre aucun service , elles nfe peuvent que nuire aux corps et aux âmes. Pour vous montrer qu'au contraire rien n'est impossible au nom de Jésus-Christ, je commande maintenant en ce nom , aux sept démons qui sont dans le corps de cette fille, d'en sortir sur-le-champ, i

Aussitôt , la jeune fille délivrée se jette aux pieds du saint, confessant hautement que Jésus-Christ est fils de Dieu , toutr puissant et éternel. Cependant les habitants de ce lieu ayant reconnu que toutes ces choses étaient faites au nom de Jésus-

Christ demandèrent à Tévéque la grâce du baptême. Celui-ci ne les voulut pas baptiser dans le temple parce qu'il était consacré à Jupiter et souillé par le sang du bouc immolé à l'idole. Il les mena derrière cet édifice , mais il n'y trouva point d'eau. Voyant donc une grande pierre , il s'agenouille dessus eu pleurant et regardant le ciel : « Seigneur Jésus- Christ, dit-il, je te rends grâce, parce que tu m'exauces toujours. Exauce-moi encore à cause de ce peuple qui m'entoure.,Montre-leur que c'est toi qui m'as envoyé. » Le saint pria encore assez longtemps tout bas. Bientôt on le voit tout environné d'une clarté si vive qu'à peine peut-on le regarder. Il se relève ensuite , et de son bâton frappe trois fois la pierre qui se perce d'outre en outre et laisse jaillir une eau claire et abondante. S'agenouillant de nouveau sur cette pierre où se voit encore l'empreinte de ses genoux , il puisa ^6 l'eau avec la main et baptisa tous ceux qui étaient présents, c est- Jt^^re deux mille quatre cents personnes , tant hommes , ^^ feiiunes et enfants. Il but aussi de cette eau.

^^ récit est appuyé sur la tradition, du pays. « Il est très- ^rtain^ nous écrivait-on naguère, que saint Martin est venu aaas ixotre paroisse, qu'il a fait naître de la pierre qu'on voit encox*^ la source qui est auprès de notre église, et que ce "ï^a^cle a donné à notre localité le nom de Fontaine-Saint- ^^ï't.îxi, qu'elle porte actuellement, t» Dans les environs du ^^ ^Se, avons-nous lu dans un journal de la même province.

^° ^ï^ouve des voies attribuées aux Romains et remplies d'an-

*l^€is scories, des forges à bras, des monnaies romaines,

^^ Arases et des débris de constructions gallo-romaines. La

S^Ofle semble donc mériter quelque confiance, quand elle

P Porte que la Fontaine-Saint-Martin se nommait d'abord

le^ "my*

^ orges-de-Vaisdré, et qu'on y voyait un templeen l'honneur

^ iipiter-Olympien. Saint Martin, ajoute la légende, com-

Démétrius de demeurer dans cette forêt pour admi-

les sacrements, et annoncer la parole de Dieu. Le

lureux Démétrius est encore aujoud'hui honoré par la

Son populaire , comme le premier pasteur du village de

intaine-Saint-Martin. Il doit donc y avoir quelque vérité

cette légende ; mais nous n'oserions en garantir tous les

tils. Car Tunique source où nous les ayons puisés est un

inuscrit français , de deux cents ans au plus, qui nous a été ^^^

Immuniqué.

Reprenons la légende plus authentique de saint Vîcture. .-£

Au bout de trois jours, les deux voyageurs, Tévêque et Js

l'enfant, arrivèrent au bord de la Loire. Là, le saint voit un £ij

aveugle qui voulait passer le fleuve pour aller den[iander ^^

Taumône. «Mon fils, dit-il àVicture, va trouver cet homme: . 3

lave-lui le visage et les yeux avec Teau de la Loire. Puis, dis- ^^

lui de venir ici, près Je moi. » L*enfant obéit : « Ami, dit-il li^

au mendiant, le seigneur, père et pontife Martin t'invite à jé ^

venir à lui. — Comme je suis aveugle , répond le malheureux, si tu ne me prends par la main, je ne pourrai te suivre. — Auparavant, reprend Tenfant, je vais te laver le visage et les yeux avec Teau de la Loire, après quoi, tu viendras. > Il trempe donc ses mains dans Teau, et lui touche le visage et les yeux. Aussitôt les yeux de Tavcugle s'ouvrent: il voit le ciel, la terre, les eaux, enfin tout ce qu'il veut. Rempli d'unejoie extrême : « Je te rends grâces, dit-il à haute voix, Dieu du ciel et de la terre , d'avoir voulu que, par le ministère de ^^§ fg

l'enfant qui m'a été envoyé, mes yeux fussent éclairés. > Courant ensuite k l'évêque, il se prosterne à ses pieds : € Seigneur, lui dit-il, si mes yeux, jadis plongés dans la nuit, ont mérité de voir la lumière, c'est k toi que je le dois. Car cet enfant couronné et vêtu de blanc , qui m'a ordomié de venir vers toi, a lavé mes yeux de sa main sainte, et j'ai vu. »

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comme nouveau baptisé , portait des habits blatacs et tJtxke couronne selon Tancienne coutume de TÉglise. Le

se mit ensuite à crier immodérément, t Homme , lui

saint évêque ne parle pas davantage, calme-toi, et viens

. JVIonte dans ce bateau avec moi, et nous passerons Teab

sorïible. » Arrivés à l'autre bord , ils se rendent à Tours.

- I>auvre demeura trois jours et trois nuits auprès de Martin.

ce temps, tout ce qu'il désira manger lui fut servi

là main empressée de l'enfant. Ensuite , suffisamment

tx et vêtu d'habits convenables à un pauvre, il se remit

ute avec joie.

ur Victure, on le vit bientôt croître dans l'œuvre de

IX ; car il pensait continuellement au Seigneur, et mettait un

zèle à exécuter tout ce qui lui était enjoint par les

"^î^îllards. Martin le chérissait donc et le traitait avec un

^ïï^oxir paternel, au point de ne le laisser jamais s'éloigner

^^ s a présence. Quand il le vit instruit dans les lettres , parfait

^'^ toutes choses , et s'îattachant à Dieu de toutes ses forces ,

^' ^^'liésita p'as à lui conférer la dignité de clerc, et lui coupa

^ <^lxevelure de ses propres mains. Décoré de ce premier

s^^> i^x^ du sacerdoce , Victure se réjouit à la fois de l'honneur

V^^ * îl recevait , et des bonnes grâces du pontife, dont cette

fa-Ar^ur était le gage. Aussi, s'appliqua-t-il plus que jamais à

*^î 'T'endre toutes sortes de bons offices. Cependant, le saint

^ ^^''^^truisait et le catéchisait , le reprenait, le châtiait et l'aver-

^^sssiît. Il l'excitait à la foi la plus vive , même à celle des

txufiàicles, et le formait aux œuvres apostoliques. En effet,

^Gti ait-on demander une grâce à l'évêque : sur la permission

^^ l'ordre du pontife, Victure partait, et ses prières ne

tar liaient pas à rendre la santé au malade. Lorsque, soit pour

réprimer l'hérésie , soit pour défendre le nom chrétien ou

^tribuer des aumônes aux pauvres ; le saint montait sur son

âne, et parcourait des contrées diverses, Yicture le suivait à pied, prêt à lui rendre les services nécessaires. Pendant les veilles et les prières , Tenfaut se tenait attentif devant le saint , et ne manquait jamais, toutes les nuits, d'assister à la psalmodie, pour servir ceux qui chantaient.

La gracieuse légende de saint Yicture parait avoir été écrite par quelque auteur contemporain.

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