‹ Histoire de saint Martin, évêque de ToursChapitre 7 sur 155 · Sulp. Sev., V. B. M. n · texte numérisé non relu

Sulp. Sev., V. B. M. n

4* Hist. vu Dorm. > c. 2.

reçut cette grâce à Constantinople , par le ministère du patriarche Paul. Les catéchumènes considérés , dès lors , comme les nourrissons de TÉglise , recevaient des instructions spéciales. Saint Cyrille de Jérusalem , qui vivait dans ce siècle , fut, étant prêtre, chargé d'instruire cette portion du troupeau, à qui on expliquait le symbole. On leur permettait même d'assister à une partie du saint sacrifice , appelée pour cela Messe des catéchumènes. Martin , sans doute , profita de ces grâces avec le zèle ardent qui l'avait porté à les solliciter.

Cependant, éprouvant de jour en jour davantage l'opération de Dieu dans son âme, il fut bientôt transformé tout entier, et ne tarda pas d'en donner la preuve. C'étaient alors les beaux jours de la vie érémitique. C'était le temps où vivaient les Antoine, les Pacôme, les Hilarion. Le jeune Martin, connutil alors ces grands exemples , et lui inspirèrent-ils une noble émulation? ou bien ne suivit-il que l'inspiration intérieure? Son historien ne l'explique pas. Ce qu'il y a de certain , c'est que cette passion de la solitude, qui arrachait au monde tant d'âmes généreuses , s'empara aussi de la sienne. Enfant de douze ans, Martin s'enflamma d'amour pour le désert : la faiblesse de son âge l'empêcha d'y courir. Mais, dès lors, sa vocation était décidée. Sa pensée , sans cesse occupée des monastères ou de l'église , rêvait, dans ses tendres années , ce qu'il accomplit plus tard avec tant de zèle. C'est à la lumière de cette idée que nous devons désormais contempler cette vénérable figure. Martin sera toujours moine. Tout autre état ne pourra le soumettre à ses lois que comme un accident ou une violence.

Cependant, des édits impériaux ordonnaient d'enrôler, pour le service militaire, les fils des vétérans. Le père de Martin qui voyait avec peine les pieux débuts de son fils , profita de cette loi pour l'enlever à ses projets d'avenir, et le livra lui-

même aux officiers de l'empereur. Martin n'était âgé que de quinze ans. Or, Tâge voulu pour le nouveau soldat était de dix-sept ans. Son père eut néanmoins assez d'autorité pour le faire admettre. Le jeune homme avait aussi apparemment une complexion robuste qui pouvait faire illusion sur son âge. Martin donc , enlevé et chargé de chaînes, se vit forcé de se lier par les serments militaires. Il jura, par le salut de Tempereur, de faire tout ce qui serait ordonné pour le service de Tempire, et de se conduire en toute rencontre comme un vaillant soldat. Après quoi, le tribun lui ceignit le baudrier , puis le fit couvrir d'un manteau blanc , nommé chlamyde , qui descendait aux genoux. Son père avait servi dans la cavalerie. Or, les fils des vétérans , qui avaient fait partie de ce corps , avaient droit d'y entrer aussi. S'ils amenaient un serviteur avec un cheval, ils recevaient double paie; et cette milice était déjà une dignité. Martin fut reçu , en conséquence , dans ' l'armée des Gaules , parmi les jeunes recrues de cavalerie. Fils d'un tribun , il eût pu avoir plusieurs valets , il se contenta d'un seul. Encore, par un changement de rôles, était-ce d'ordinaire le maître qui servait le serviteur; le saint allait môme jusqu'à lui ôter ses chaussures pour les nettoyer de ses propres mains. Ils prenaient leurs repas ensemble , et c'était Martin qui y servait le plus souvent. Selon une légende locale et populaire, ce serviteur ou écuyer de saint Martin, s'appelait Démétrius, était de Constantinople , et fils du préfet de cette ville. Demeuré orphelin en bas âge , il avait voulu suivre les armées , et n'avait alors que onze ans. L'état militaire, tel que le subit Martin, était fort rude. On n'y avait pas encore adopté les adoucissements qui s'y introduisirent peu de temps après. Ainsi, pour ce qui regarde les cavaliers, l'usage de la selle leur était inconnu. Ils montaient le cheval à cru, ou se contentaient d'une housse carrée. Toutefois les %

soldats logeaient dans des casernes , dont l'usage avait commencé au règne de Tibère.

Martin porta les armes , d*abord sous le roi Constance (ce sont les expressions de Thistorien) , ensuite sous le césar Jules Constant. Nous savons , en effet , par Thistoire générale , que Constance, avant d*étre empereur, commanda dans les Gaules en qualité de césar , du vivant du grand Constantin son père. Quant îi Constant, son frère , qu'on appelait aussi Jules, il peut lui avoir succédé quelque temps , et son nom doit , ce nous semble , remplacer celui du césar Julien , que porte ici le texte du biographe. En effet , Julien dit VApostat ne fut césar que vingt ans plus tard. Vivant au milieu des soldats , classe d'hommes livrée d'ordinaire à plus d'une sorte de vices, le jeune Martin sut se conserver pur. Grande était sa bonté , sa charité à l'égard de ses compagnons d'armes tenait du prodige. Sa patience et son humilité paraissaient surhumaines. Inutile de parler de sa frugalité : elle le faisait dès lors regarder plutôt comme un moine que comme un soldat. Cette conduite lui gagna tous ses compagnons, pénétrés pour lui de vénération et d'amour *. A cette époque , suivant la légende de sa généalogie , son père le conduisit à Constantinople, pour le recommander à l'empereur, qui le retint quelque temps dans son palais. Cette donnée, du reste, ne contredit pas l'histoire. Depuis environ six ans , Constantin avait fondé à Byzance la nouvelle capitale, et lui avait donné , avec son nom , tout ce qu'il avait pu pour l'égaler à Rome , puis y avait fixé sa résidence. Au rapport d'un historien grec du v* siècle ', Martin, après avoir fait ses premières armes

i, nist. YuDorm., c. 3.

i . Sozom.> 1. 3 ; c. 14.

avec beaucoup d'éclat , se vit lui-même appelé à commander les escadrons.

Ce qui est plus certain et plus digne d'attention que son séjour au palais impérial ou son élévation en grade, ce sont ses vertus *. Avant d'avoir été régénéré dans le Christ, il se montrait, par ses bonnes œuvres, un digne candidat du baptême. Assister ceux qui se trouvaient dans la peine, porter secours aux malheureux , nourrir les indigents, vêtir ceux qui étaient nus, telles étaient ses occupations. De sa solde militaire, il se réservait seulement de quoi vivre au jour le jour. Car dès ce temps-là , il avait entendu et compris l'Évangile ; il ne prenait aucun souci du lendemain. Un jour , il ne lui restait plus que ses armes et son habit militaire. C'était au milieu d'un hiver tellement rigoureux, que plusieurs personnes étaient mortes de froid. Le détachement où servait Martin hivernait alors dans Amiens , ville des plus considérables de l'empire , et résidence ordinaire du gouverneur des Gaules. Martin se présente à une des portes de la cité, porte qui, suivant la tradition du pays, s'ouvrait sur la chaussée romaine construite par Agrippa, favori d'Auguste, pour aller de Lyon à Boulogne. Il y trouve un pauvre à demi-nu. Ce malheureux implorait la pitié des passants, mais aucun d'eux ne 's'arrêtait. Tous étaient sourds à sa prière. En homme plein de Dieu , notre cavalier comprend que le soulagement de cette misère lui a été réservé. Mais que peut-il faire? Il ne possède d'autre bien que la chlamyde qui le couvre , ayant employé le reste dans une œuvre semblable *. Il s'arrête un moment incertain. Sa

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