‹ Histoire de saint Martin, évêque de ToursChapitre 70 sur 155 · Dial. 2, n · texte numérisé non relu

Dial. 2, n

Musi , l'Écriture sainte, dont il était nourri, jaillissait de sa ^^Uioire en allusions gracieuses et austères à la fois , au cou- ^î^Ades objets extérieurs. Dans le premier trait, il s'était rappelé cette parole du saint Précurseur : « Que celui qui a deux robes en donne une à celui qui en manque. » Dans le second, la vue du pâtre lui avait remis en esprit ce verset de /a Genèse: « Le Seigneur Dieu fit à Adam et à sa femme des tuniques de peaux de bête et les en revêtit, et le Seigneur Dieu les fit sortir du paradis de volupté.» Puis ces autres, de la première épîtrc aux Corinthiens : «Le premier homme, Adam, fut fait en âme vivante , et le dernier Adam en esprit vivifiant. Le premier homme, tiré de la terre, fut terrestre; le second homme venu du ciel est céleste. » Et ces autres de Tépître aux Ephésiens : « Il vous faut dépouiller votre ancienne manière de vivre , ce vieil homme qui se corrompt selon ses désirs égarés. Renouvelez-vous ensuite par l'esprit de votre âme , et revêtez-vous de l'homme nouveau qui a été créé selon Dieu dans lu justice et la sainteté véritable. »

Le trait que nous avons maintenant h raconter demande quelques explications préliminaires.

Les erreurs de Priscillien, les désordres de ses adeptes qui outrageaient à la fois le mariage et la virginité, inspirèrent à notre saint une vive horreur dont il tâcha de pénétrer ses disciples. Du reste , ces doctrines putrides avaient déjà été celles de plusieurs hérétiques du même siècle.

Un certain Eustathe, avec ses sectateurs, sous prétexte de mener une vie plus parfaite, condamnaient le mariage , et disaient qu'une femme vivant avec son mari ne peut être sauvée. Ils embrassaient la virginité où la continence , non pour la beauté de la vertu, mais par horreur pour le mariage et insultaient aux gens mariés. En conséquence , les femmes abandonnaient leurs maris et s'habillaient en hommes. Les

parents délaissaient leurs enfants , sans prendre soin de leur nourriture ni de leur éducation ; les enfants quittaient leurs parents sans leur rendre Thonneur qu'ils leur devaient.

Le concile de Gangres avait , en 524, condamné les erreurs d'Eustathe.

Plus tard , pendant que saint Jérôme entretenait à Rome avec Tamour de la virginité, celui des saintes lettres, un certain Helpidius , disciple obscur de Tarien Auxence , y fit un livre où il prétendait tirer de l'Écriture des preuves contre la perpétuelle virginité de la Mère de Dieu. Passant à la thèse générale, il soutenait , par un excès opposé à celui d'Eustathe, que la virginité n'a aucun avantage sur le mariage. Saint Jérôme se laissa persuader d'y répondre et montra clairement qu*il n*y a rien dans l'Écriture qui ne favorise la créance établie dans TÉglise. Il releva ensuite la virginité, mais sans blâmer le mariage.

Enfin , vers le temps où il condamnait Ithace , le pape saint Sirice condamna aussi l'hérétique Jovinien. Cet homme avait passé les premières années de sa vie dans les austérités de la vie monastique, jeûnant, vivant de pain et d'eau, marchant pieds nus , portant un habit noir et travaillant de ses mains.

Mais , sortant de son monastère qui était à Milan , il se rendit à Rome. Là, il commença de semer ses erreurs. Il disait , entr*autres choses , que les vierges n'ont pas plus de mérite que les veuves ou les femmes mariées si leurs oeuvres ne les distinguent d'ailleurs. Pour lui , il était vêtu et chaussé proprement, portait des étoffes blanches et fines, du linge et de la soie. Il se frisait les cheveux , fréquentait les bains et les cabarets , aimait les jeux de hasard , les grands repas, les mets délicats et les vins exquis. Aussi , y paraissait-il à son teint vermeil et à son embonpoint. Plusieurs personnes, après avoir vécu longtemps dans la continence et la mortifia

eât^ion, se mariaient et revenaient h une vie sensuelle. Le pA-pe assembla son clergé. Cette doctrine fut trouvée contraire k la loi chrétienne. De l'avis de tous ceux qui étaient pré- &^nt*s , tant prêtres que diacres et autres clercs , on condamna Jovînien avec huit autres qui sont nommés comme auteurs âL*u.ne nouvelle hérésie. Les condamnés s'en allèrent à Milan tï'otx'Ver Tempereur. Mais le pape y envoya trois prêtres avec lettre à Téglise de Milan. « Nous ne condamnons pas les X du mariage , disait-il , puisque nous y assistons pour le l>^nir; mais nous honorons beaucoup plus les vierges que le inariage produit et qui se consacrent à Dieu.» Saint Jérôme écrivit aussi deux livres contre Jovinien.

lievenons maintenant aux propos familiers de saint ^ai-tin.

I3es bœufs avaient brouté une partie d*un pré : des pour-

<i€^aux l'avaient aussi fouillé en quelques endroits. Le reste,

^^meuré intact, était émaillé de mille fleurs printannières.

^ AToyez , dit-il , ce côté de la prairie que les animaux ont

^^iité : il n'a pas, il est vrai, perdu entièrement la grâce de

^^ Verdure , mais il n'a plus du tout l'agrément de ses fleurs,

'^ ^st la figure du mariage. Quant à celui que les pourceaux,

^^îraatix immondes, ont fouillé , il nous oflre la hideuse image

^ la fornication. Enfin, cette portion qui n'a souffert aucun

^^-ï^a^e , c'est le glorieux symbole de la virginité. Sa fécondité

^ ^otivre d'une herbe luxuriante , les fruits de sa végétation

^i^aboûdent : mais ce qui ajoute le dernier charme à sa

^^^ té , ce sont ces fleurs dont elle est toute diaprée ; et

^ ^ lesquelles elle rayonne comme ornée de pierreries étin-

Î!|^*^ï:àte$. Bienheureuse beauté, vraiment digne de Dieu ! car

^^'est rien de comparable k la virginité. Ils se trompent

^^^ci lourdement ceux qui comparent les noces à la forni-

H) mais à coup sûr» malheureux et insensés, ceux qui

croient pouvoir égaler le mariage à la virginité ! Voici i^m^^^ onc la distinction que doivent garder les gens sages : le mark appartient à la classe des choses permises ; la virginité a à la gloire; pour la fornication, elle mérite châtiment — — M si elle n*est lavée par la satisfaction. »

Gallus met encore au nombre des paroles familières saint , son colloque avec le soldat ermite , que nous av< reproduit plus haut. Puis il ajoute : « Tu te souviens, crois, Sulpice, car tu étais présent, avec quelle afifectioi nous vantait cette vierge, qui s'était si entièrement dérol aux regards de tous les hommes , que Martin lui-même lui voulait rendre une visite d'honneur, ne fut pas admis sa présence. »

Voici le fait :

Lé saint passait un jour près d'une maison de campaj où depuis déjà plusieurs années une vierge pudique vi^ dans la retraite. Entendant faire l'éloge de la foi et d( vertu de cette pieuse fille , il se détourne de son chemin veut, par une visite religieuse , honorer un mérite si éclatî «Pour nous, dit Gallus, nous le suivions, bien persuadés cette vierge trouverait dans cette démarche du saint grand sujet de joie. Car c'était pour rendre témoignage à vertu, qu'un prêtre d'un si grand renom se départait de: rigueur monastique, et daignait la visiter. » Les disciples trompaient. La résolution de cette vierge fut plus forte sa considération pour Martin : elle n'en voulut rien relâchi Une autre femme se présente au bienheureux, et lui agréer une honnête excuse ; pour lui s'éloigne plein de j( du seuil de cette vierge qui ne lui a permis ni de la voir, ni la saluer. « 0 vierge glorieuse , s'écrie le narrateur , qui pu souffrir d'être vue, même par Martin! 0 bienheurei Martin, qui n'a point regardé ce refus comme une insull

exaltant avec allégresse la vertu de cetM vierge, le fiSMMoiiét d'un exemple inusité seulement dans nos contrées I nuit qui approchait contraignit le saint et ses corn* oâs de s'arrêter non loin de cette petite maison de eam« e. L'ayant appris , cette même vierge envoya au fmlieureux le présent de l'hospitalité. On appelait ainsi , 'Ëcne nous Tavons déjà dit, celui qu'on faisait alors, au ent de leur départ , aux personnes qu*on avait hébergées «çues à sa table. Martin , en cette occasion , fit ce que encore il n'avait fait. Jamais il n'avait accepté de pere, ni présent de l'hospitalité, ni aucune espèce de cadeau, indant, il ne refusa rien de ce que la vierge vénérable Tait envoyé: car comment, disaitril, un prêtre eûlril pu iper la bénédiction de celle qui était préférable à coup de prêtres. Ce mot de bénédiction a ici le même ^ que celui A'eulogie, par lequel on entendait généra- ^sai tous les présents que les chrétiens même Uiïcs '^oyaient en signe de communion et de charité fraternelle, ^^^ent ordinairement des pains.

allus ne peut contenir ses sentiments en présence d'un tel i Que le monde entier l'entende , s'écrie-t-il, une vierge pas Voulu être vue de Martin ! Ce n'est pas au premier venu qu'elle refuse l'entrée de sa maison; celui dont a évité la présence était le salut de ceux qui le voyaient. » le narrateur termine par ces mots gracieux : c Du reste, 'préconisant la vertu de cette vierge , je ne prétends nuisent blâmer celles qui tant de fois sont venues de pays ipdés pour voir Martin. Attirés vers le bienheureux par la affection, les anges aussi ne lui rendaient-Os pas de ^qiieiites visites?»

^^'histoire de saint Ambroise nous apprend qu'à la même ^^quci la réputation du saint évêque de Mifauif s^étendant

jusqu*en Mauritanie , en attirait aussi des vierges qui vena recevoir le voile de ses mains. Quant aux vierges rédm elles avai^t eu pour premier modèle , en Occident, e illustre dame romaine, nommée Marcella, dont nous av déjà parlé. Veuve le septième mois de ses noces, elle.$*^ retirée dans une maison de campagne , près de Rome, où pratiqua longtemps la vie monastique avec sa fille spirituel! vierge Principia. Mais le plus admirable en ce genre fut c de la vierge Âselle, dont saint Jérôme nous a laissé TéU Elle avait été consacrée à Dieu dès Tâge de dix ans. A de ans , elle s'enfermait dans une cellule , couchant à terre vivant que de pain et d'eau , jeûnant toute Tannée , et pasi souvent deux ou trois jours sans manger, et, en carême , semaines entières. Elle avait déjà cinquante ans, et ses au rites n'avaient point altéré sa santé : elle travaillait de wains, ne sortait point, si ce n'était pour aller aux égl des martyrs , mais sans être vue. Elle n'avait jamais par aucun homme , et à peine sa sœur la voyait-elle. Sa vie i simple et uniforme, et elle gardait, au milieu de Rome, parfaite solitude.

Que Martin ait eu souvent avec les anges des entrer familières, reprend Gallus, nous en avons eu la preuve fait l'expérience. Je vais raconter un fait, quoiqu'il soit considérable * .

Un synode d'évêques se tenait à Nîme : Le saint n'a pas voulu y aller. Toutefois il désirait savoir ce qui s'y i passé. Sulpice se trouvait alors avec lui. Ils voyageaient eau. Mais, comme toujours, le saint éloigné des autres tenait à l'extrémité du bateau. Là , un ange lui annonça qui s'était fait au synode. Le saint en fit part à ses compagiK

i. Di4» ?, n. IB.

S'étant informés etasuite du temps où s'était terni le concile , ses disciples acquirent la certitude que c'était bien ce ]ôûr-Ik même , et que les évéqnes y avaient réeHettient prononcé les décrets révélés par Tange à Martin.

Nous terminerons par quelques minimes particularités ce qui a rapport à Tapostolat de notre saint dans son propre diocèse.

Au VI* siècle, la tradition comptait comme fondée par lui, outre Tégiise d'Âmboise dont nous avons parlé, celle du bourg appelé alors viens Alingaviensis , et aujourd'hui Langeais , Petite ville située sur la rive droite de la Loire ; celle de Gliîsseaux-sur-Cher , village près de Montrichard., autrefois Ciêomagensis ; celle de Sonnay , viens Svlonaeensis , je près de Ghâteaurenault , non loin duquel on voit une ^•^ntsiirie , appelée encore la Fontaine-des-Druides , et où t'est ^^^^scrvée l'opinion du passage àe Saint-Martin. On «te l'église de Tournon, viens Tomamagensis , village encore aujourd'hui Saint-Martin-de-Toumon , et situé la rive droite de la Creuse, au confluent du Suin; enfin les, que nous avons déjà nommé plus haut , et que notre a rendu à jamais célèbre. Dans tous ces lieux ; le saint, 5S y avoir détruit des édifices profanes et baptisé les âls, éleva des temples au vrai Dieu. C'est le témoignage successeur de Martin, au vi* siècle *.

[ne tradition locale veut que le saint ait aussi visité le bourg -^^ombillou , dont l'église lui est en effet dédiée , et qu'il ait «é par celui de Cléré , pour se rendre au village dé Contin- , dont l'église lui est ausri consacrée. Il aurait alors ^^v^ersé des bois appelés encore bois de Saint-Martin. Il y a Jadis, dans un lieu nommé alors SirojalOf un oratoire dont

* • Greg. Tur. , Histi 1. 10» c« 80 et passim*

l'AUMil avait élé conMoré par lui. Ge lieu est aujottfd'huî Girâi^ U4iatte » Qon-loin de Givray et de Baleame. Il existait ausëi jadia i au vilkge de Saiot^^Senoch » près la ville de Lochea « un oratoire, où, disait-on, le aaint avait prié. Il conaacra encore un autel dan^ [un bourg qui aérait» aelon qtteltj[ueê-*uns , 4e lieu appelé] maintenant Neuvy. Il y avait de même , au vi"" siècle , dans le village actuel de Marigny , nommé alor^ tiiUa MatHmêcenoit, à quelque distance de Tours, M oratoire ^èbre où la tradition rapportait que saint Martin avait prié.

Dans Une de ses courses » il lui arriva de s^asseoir sur une pierre : elle fut précieusement conservée , et plus tard placée dans une église* Â MeuiUé , village du territoire de Tours , un aitre renversé par le vent embarrassait la voie publique. Martiiai» passant dans cet endroit, fut ému de con^pasdion pour les voyageurs, et releva cet arbre avec uu signe de ^sroix *•

Au dernier aiède -, on voyait , dans la basilique de Saitt^- Martin de Tours ; une pierre creusée eomme une auge , d&QS b)ttelle« disait-'Oâ , il baptisait les nouveaux convertiSr

Le «aint avait encore , sur les bords de la Loire « près de Tours « une retraite qui lui servait d'oratoire i et qu'il visitait fréquemment

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