‹ Histoire de saint Martin, évêque de ToursChapitre 69 sur 155 · SAINT MARTIN FAIT UNE NOUVELLE VISITE DE SON DIOCESE · texte numérisé non relu

SAINT MARTIN FAIT UNE NOUVELLE VISITE DE SON DIOCESE

Le saint fit vers ce temps une nouvelle visite de son diocèse. Sulpice Sévère était alors à Tours. Il raconte le fait suivant* . Suiv!int sa règle ordinaire et conformément à la coutume dès lors en vigueur* chez les évêques de visiter leurs églises, Martin s'était , rendu dans certaine paroisse de son diocèse. C'était vers le milieu de l'hiver. Les clercs de cette localité lui préparent un logement dans la sacristie de l'église. Sous le pavé inégal et déjà tout usé de. cet appartement, ils placent un grand feu, — mots dç l'historien qui semblent indiquer l'usage où l'on aurait été alors de pratiquer sous le pavé des chambres des espèces de fourneaux qu'on remplissait de charbons ardents , et qui servaient à y répandre le chaleur ; — puis ces mêmes clercs font au saint

i. Sulp. Sev., ad Euseb.

un lit avec un grand amas de paille. Martin s'y étend pour dormir; mais la mollesse inaccoutumée de cette couche, qui flattait perfidement la nature, lui fait horreur. Car la terre nue, ou recouverte seulement d'un cili'ce, telle était sa couche habituelle. Indigné, comme si on lui eût £ait injure, il jette dd côté toute cette paille. Malheureusement , sans y prendre garde , il en amoncelle une partie sur le fourneau dont nous avons parlé; il se couche ensuite sur la dure, où, grâce à la fatigue du voyage, il ne tarde pas à s'endormir. Vers le milieu de la nuit , pénétrant à travers le pavé qui, comme on l'a dit, était rompu en. plusieurs endroits, le feu prend à ces pailles desséchées. Martin s'éveille en sursaut. La surprise , l'imminence du danger , et principalement l'influence obstinée du diable qui voulait encore une fois le faire tomber dans ses pièges , tout cela lui enlève un moment sa présence d'esprit, et l'empêche de recourir, aussitôt qu'il le devrait, à la prière. Dans l'intention de se précipiter hors de la cellule , il se consume en longs et violents efforts sur le verrou qu'il a lui-môme mis à la porte. Pendant ce temps l'incendie le gagne , et de si près , que le vêtement dont il est couvert est dévoré par le feu. Rentrant enfin en lui-même , fl comprend que ce n'est pas dans la fuite qu'il doit chercher sa sauvegarde. Saisissant le bouclier de • la foi et de la prière , l'esprit tout entier tourné vers le Seigneur, il se couche au milieu des flammes. Alors, ô puissance divine! le feu s'éloigne autour de sa personne. Ainsi, environné d'un cercle de flammes inoffensives pour lui, le saint priait. Accourus au pétillement et au fracas de l'incendie , les moines enfoncent la porte , écartent le feu et enlèvent du milieu des flammes, Martin que déjà l'on croyait entièrçment consumé par un si long embrasement. Plus tard , rapportant lui-même le fait à Sulpice Sévère ,

il lui avouait en gémissant avoir été , dans cette circonstance , \sL dupe des artifices du démon. C'était lui qui, au moment do son réveil, avait ôté au saint la pensée de repousser le péril par la foi et la prière ; enfin , tant qu'avaient duré son trouUe et ses efforts pour sortir , le feu n'avait cessé de le molester. Avait-il recouru à la protection de la croix et aux armes de la prière; aussitôt les flammes qui l'entouraient s*étaient éloignées, et alors ces mêmes feux dont il avait

éprouvé les terribles ardeurs s'étaient changés pour lui en

iine rosée rafraîchissante.

^ Quiconque lira notre récit, ajoute l'historien , devra donc

^^ttiprendre que si , pour Martin , ce danger a été une épreuve ,

Il €^n est sorti victorieux. »

ville d'Amboise n'était alors qu'une bourgade» une ^spèee de vieux château abandonné*. Un peu plus tard, elle liabitéepar un grand nombre de frères : cVous voussouz , dit Gallus à ses auditeurs , y avoir vu jadis une idole ^^*^s truite dans des proportions gigantesques. C'étaient des es d'un poli parfait dont la masse s'élevait en forme de et se terminait par un cône. La beauté de cet ouvrage P^^^trîbuait à entretenir la superstition dans le pays. Le bien- ^ ^^^ï^^ux , qui ne l'ignorait pas , en avait souvent recommandé ^ '^ '^ struction au prêtre Marcellus, établi en ce même lieu.

que temps après sa dernière recommandation , il revient

boise et trouve encore debout l'édifice profane. Il en fait

Reproches au prêtre ; celui-ci se défend : une troupe de

ts et tout l'appareil de la force publique suffiraient à

^ pour renverser une telle masse-, devait-on croire Ten-

*^^^ Tise facile pour de faibles clercs et des moines exténués?

'"^'■^s , Martin a recours à sa ressource habituelle ; il passe

-- Sulp, Sev.. Pial. 3, n. 9.

toute la nuit en prière. Au matin , un ouragan s'élève , l'édifice (le ridole est balayé jusque dans ses fondements. Le fait était attesté par Marcellus lui-même.

Voici un autre miracle* à peu près semblable*. Il est raconté sous la garantie du témoin Refrigerius. 11 y avait dans un autre endroit une colonne d'une masse énorme qu'une idole surmontait. Le saint avait résolu de l'abattre , mais il

n'avait en son pouvoir aucun moyen d'y réussir. Suivant sa coutume , il a recours à l'oraison. Soudain , une colonne en quelque façon pareille à l'autre , tombe du ciel , heurte l'idole et réduit en poudre toute cette masse qui semblait' indestructible. C'était donc peu pour notre évêque de faire en secret usage de la puissance du Ciel; il fallait encore que cette même puissance se montrât visiblement, et aux yeux même des hommes obéissant à Martin.

Nous pouvons rattacher encore k cette époque différents traits que l'historien annonce en ces termes: U n'est pas hors de propos de rappeler même ses paroles familières , tout assaisonnées d'un sel spirituel.

Il voyait un jour une brebis nouvellement tondue. « En voilà une, dit-il , qui a rempli le précepte évangélique , elle avait deux robes , elle en a cédé une à qui n'en avait point ; vous aussi, vous devez agir de même. »

Une autre fois il vit un bouvier transi de froid et presque nu dans son vêtement de peau de bête. «Voilà, dit-il, Adam chassé du paradis, et qui, sans autre vêtement qu'une peau d'animal, est réduit à garder les pourceaux. Mais nous, dépouillons ce vieil Adam , qui demeure encore dans cet homme et revêtons-nous du nouveau. »

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