CHAPITRE NEUVIÈME
flexiblement cet honneur, et désigna lui-même un prêtre, plus ancien que lui, disait-il, dans le sacerdoce; il l'était, en effet, de sept jours. Pour lui, il continua à paître de sa parole le troupeau que Quintus, le nouvel évêque, guidait de sa houlette '.Et, plein de jours et de mérites, austère et pauvre, n'ayant jamais voulu réclamer après la persécution son patrimoine qui avait été confisqué; car, à ses yeux, c'eût été reprendre ce qu'il avait donné à Dieu : et, disait-il souvent, « si je reste pauvre, Jésus- Christ sera mon trésor-; » cultivant de ses mains pour vivre un petit champ qu'il avait loué, et dont il partageait encore le produit avec un malheureux, il s'endormit dans le Seigneur; martyr sans avoir répandu son sang. Paulin ne craint pas de lui donner constamment ce titre. Le peuple se pressa autour de son cercueil; chacun voulait baiser ses restes sacrés. Hors des murs de Noie, à environ cinq cents pas de la cité, s'étendait une verte plaine, que le printemps alors, comme pour faire honneur au martyr, émaillait de fleurs odorantes ' ; c'est là qu'on transporta les
1 111e gregem officio , Félix sermone regebat.
{Natale v.)
2 Christum pauper habebo, Divitiis inopem ditabit gratia Christi.
{Ihid.)
3 Qua mûris regio et tectis déserta vacabat, Festus ibi lœto ridebat cespite campus...
Seque Veris amœna habilu , quo dignior esset humando Martyre, graminibus tellus sternebat odoris.
{Ibid.) ■
212 HISTOIRE DE SAINT l'AULlN DE NOLE
restes du saint, et qu'on les déposa dans un humble tombeau; car dans ces temps mauvais, où la religion était un crime, tremblant entre le feu et les glaives, le peuple dut se hâter'. Mais cette humble sépulture ne tarda pas à être illustrée par des miracles, et dès lors commença ce concours de pèlerins, et plus tard , quand les persécutions eurent définitivement cessé, ces fêles, que Paulin chantera avec tant d'amour.
Tel est le saint dont on peut dire que s'était épris Paulin : on comprend quel prestige cette vie et ce glorieux tombeau devaient exercer sur les, imaginations populaires; on ne s'explique pas moins qu'il ait saisi, subjugué, alors même qu'il n'était encore que catéchumène, l'âme de poète de Paulin. C'est là que le premier coup de lumière lui était venu; c'est là qu'après quinze années, pleines pour lui de tant de vicissitudes, la Providence le ramenait pour l'y fixer, et donner à sa vie une solution si différente des pensées qui l'agitaient quand pour la première fois il avait fait ce pèlerinage. Il y arriva au commencement de l'automne de l'an 394. Il avait quarante ans. Il y devait passer trente-cinq années encore dans la profonde paix de Dieu, et le travail incessant de son âme. Las des honneurs, des richesses, des ambitions,
1 Pauper iibi primuni tumulus, quem tempore sœvo , Relligio quo crimen erat, minitunte profano, Struxerat angusle, gladios trépida inter et ignés, Plebs Domini.
[Natale v.)