CHAPITRE DIXIÈME
se grouper alentour, pour recevoir les pèlerins qui ne cessaient d'y affluer, et une nouvelle ville commença aux portes de Noie ^ ; laquelle, aujourd'hui, compte de trois à quatre mille habitants, et a empunté au cimetière auguste qui lui donna naissance le nom de Gimitille.
Tel était l'état de ces lieux vénérables quand Paulin et Therasia y arrivèrent, pour ne les plus quitter jamais. Nous avons dit que quand Paulin était consulaire de la Gampanie, il avait fait élever, le long de la basilique de Saint-Félix, du côté opposé à celui où se trouvait le presbyterium, ou habitation de l'évêque, un hospice pour les pauvres. Ce fut au-dessus même de cet hospice, et dans toute sa longueur, qu'il bâlit les cellules où il devait habiter lui - même avec les compagnons qui l'avaient suivi ou qui vinrent plus lard se mettre sous sa conduite; Therasia occupait des cellules séparées, avec aussi quelques compagnes. « Ainsi, disait Paulin, habitant sous le même toit, nous et les pauvres, nous nous rendons de mutuels services. Eux , ils sont comme les fondements de notre' demeure, sur laquelle leurs prières attirent la grâce du Ciel; nous, à ces frères indigents et sans
Atria dilïundens ; quarum fastigia longo Aspectata, instar magnœ dant visibus urbis.
[Natale vi.) Nous croyons que des fouilles laites sur ce cimetière amèneraient de précieuses découvertes.
1 Aucla
Givibus ecce novis, et mœnibus hic ctiani urbs sit, Pauper ubi tumulus.
[Natale vi.) 1 7
asile, nous avons donné un abri'. » De ces cellules, quelques-unes étaient reliées par un portique à la basilique elle-même, et avaient vue sur elle; les autres, plus éloignées, pouvaient au besoin recevoir les étrangers, envers qui Paulin, à l'imitation de ce qui se pratiquait dans les monastères de l'Orient, aimait à exercer une chrétienne hospitalité. Bien qu'il parle modestement de ces édifices , et les appelle quelquefois sa cabane, en comparaison sans doute des vastes et somptueuses demeures patriciennes de Rome et de Bordeaux, le nombre des cellules cependant était tel qu'il y pourra loger, nous le verrons, non seulement Mélanie et les personnes venues à sa suite de l'Orient, mais encore la nombreuse et brillante troupe qui s'était portée de Rome à sa rencontre.
Paulin, avons-nous dit, avait emmené avec lui une petite colonie; il nous a fait connaître les noms de quelques-uns de ceux qui avaient consenti à partager la vie de retraite et de pénitence qu'il était venu chercher à Noie : c'étaient Proforus , un Israélite devenu chrétien; Restitutus, jeune homme qu'embrasait le plus ardent amour pour Jésus-Christ * ; Agilis et Romanus, qu'il aimait tendrement, et dont il écrivait à saint Augustin, peu de temps après son arrivée à Noie, qu'ils n'étaient avec lui qu'un cœur et qu'une âme ' ; nous trouverons encore près de lui Julianus ,
i Natale xiii.
* Ex Hebrœis Proforus; Restitutus amans Deum. (Epist. v, ad Severum.) On s'est trompé en les croyant Juifs tous deux. ' Epist, Yii, ad S, Augustinum.