CHAPITRE DIXIÈME
Sorianus et Virinus, qui lui servaient de messagers; Theridius, sur lequel saint Félix fît un miracle que nous raconterons en son lieu; puis Posthumianus , moine gaulois, qui viendra finir à Noie ses longs pèlerinages; et enfin le prêtre Uranius, à qui nous devrons sur sa mort, dont il sera témoin, les détails les plus précieux.
Le monastère ainsi fondé à Noie par saint Paulin ne doit pas donner l'idée de ce que, au moyen âge, par exemple, on appelait de ce nom; d'une communauté d'hommes ou de femmes liés par des vœux, et vivant sous une règle précise et détaillée. Cette forme de la vie religieuse n'était pas encore trouvée ou imposée en Occident. Ces premières aspirations à la vie monastique se produisaient un peu comme elles pouvaient, sous une règle toute volontaire : la règle de Saint- Basile était peu connue hors de l'Orient; saint Augustin en était à ses essais de vie commune; Gassien ne devait publier que plus tard ses célèbres Conférences sur la vie et les vertus des Pères du désert; saint Benoît n'écrira que plus d'un siècle après sa législation monastique. Il n'y avait encore en Gaule que les monastères de Ligugé et de Marmoulier, fondés par saint Martin. Ge qui constituait alors le moine, c'est ce qui fait et fera toujours le fond, l'essence de la vie monastique, quelle qu'en soit la forme , à savoir la séparation d'avec le monde, la pauvreté, et la vie de prière et de pénitence : la vie commune , qui ne faisait que de naître en Occident, ne pouvait encore être ordonnée
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comme elle le sera dans la suite; mais celle que conçut et réalisa saint Paulin se rapproche déjà beaucoup de ce que seront un jour les vrais ordres religieux.
C'était d'abord une séquestration complète de la société, une véritable solitude. Même les bruits de Noie, éloignée, nous l'avons dit, de près d'un mille, n'y pouvaient arriver. Et en dehors des voyageurs ou des pèlerins qui venaient visiter le saint tombeau ou les solitaires, Paulin ne voyait personne et ne vivait qu'avec ses frères et avec Dieu K C'était de plus une vie austère et mortifiée. On jeûnait une grande partie de l'année, et les jours de jeûne on ne mangeait que vers le soir; au temps même de Pâques on ne prenait point le repas avant la neuvième heure, qui correspond à trois heures de l'après-midi-. Au jeûne on joignait l'abstinence la plus rigoureuse : des légumes, et rien que des légumes; point de vin, ou très peu ^ Et cependant Paulin était d'une constitution délicate; mais c'était au sérieux qu'il prenait sa profession de vie monastique : il voulait dompter sa chair, pour affranchir son âme. Point d'argenterie, il est presque superflu de le dire ; rien qui pût rappeler le luxe d'autrefois ; des vases d'argile, en souvenir, dira -t- il, de cette boue originelle dont nous avons été pétris , et aussi parce que nous portons, selon la parole de l'A-
1 Proposili ratio, quo secretus et tacitus agens, neque videre nisi raros praelereunliura possuni. (Epist. xiii, ad Pammachixnn.) - Epist. XV, ad Amandum; — xix, ad Delphinum. 3 Epifct. XV, ad Amandum; — xxii, ad Severum.