CHAPITRE PREMIER
les Gaules, entre l'Océan, les Pyrénées et la Garonne, elle avait vu ses frontières reculées jusqu'à la Loire par Auguste, qui, dans un but politique, afin d'affaiblir l'esprit national des Gaules en mêlant les races gauloises, avait associé dans une province artificiellement construite des populations d'origine diverse : des Ibères et des Celtes. Contrée opulente, arrosée de belles eaux, semée de prés, de champs, de vignes ', elle n'était pas moins célèbre par son commerce. Ses ports, abrités et d'un accès facile, lui attiraient de l'Espagne et de la Bretagne des flottes marchandes, qui étaient une source de richesses pour le pays. Tant d'avantages réunis avaient amolli ses habitants, et en avaient fait, au dire d'un ancien historien, une proie facile aux Romains'-. En revanche, l'esprit vif et brillant des Aquitains s'était promptement assimilé la civilisation des vainqueurs; nulle part les écoles n'étaient plus florissanfes, et le latin plus élégamment parlé*; mais nulle part aussi les mœurs n'étaient plus relâchées. Salvien , qui vante cette province
1 Burdigalam insignem Baccho, fluviisque, virisque... Burdigala est natale solum, clemenlia cœli Mitis ubi, et ^riguîe larga indulgentia terrae.
(AusoNE, Ordo clararum urbium.) - Aquitani enim, ad quorum littora ut pro.xima placidaque merces adventitise conlrahuntur, moribus ad mollitiem lapsis, facile in ditionem venere romanam. (Ammien Marcellin, liv. IV, c. ii.)
3 Dans un de ses dialogues, Sulpice Sévère fait dire au moine Gallus , qui vient du Nord , qu'il a peur d'offenser les oreilles délicates des Aquitains par un langage inélégant: « Dum cogito me homincm Gallum inter Aquitanos verbafacturum,vereor ne offendat vestras nimium urbanas aures sez-mo rusticior. » [Dialog. \.)
comme la perle des Gaules, la représente aussi comme celle qui avait le plus besoin d'être purifiée par lé l'eu des invasions'. Bordeaux, sa capitale, était célèbre. Ausonc a chanté son doux ciel , ses longs printemps, ses courts hivers, son beau fleuve, vasle comme une mer; ces vaisseaux que lui amenait l'Océan, l'enceinle carrée de ses murailles, dont les hautes tours se perdaient dans les nuages; ses larges rues, ses places immenses, l'esprit vif et ingénieux de ses habitants ^ Il a célébré surtout seS écoles, et les maîtres fameux qui en faisaient avec lui la gloire ^
C'est dans cette province d'Aquitaine et dans cette ville de Bordeaux, qu'était venu se fixer un ancien préfet des Gaules, Pontius Paulinus, d'une illustre famille romaine, sénatoriale et consulaire. Saint Ambroise dit que nulle autre ne surpassait cette famille en splendeur*. On rencontre déjà un Pontius Pau-
' De Gubcrnatione Dei , lib. VII.
- Ver longum, brumœque brèves, juga frondea subsunt; Fervent œquoreos imitala fluenta meatus; Quadrua murorum species, sic turribus allis Ardua, ul aerias inlrent l'asUgia nubes; Distinclas interne vias mirera, domorum Uispositum, et latas nomen servare pl;iteas, etc.
[Ordo dararum urbium.) ^ De Profcssorihus Burdigalensibus.
'< Paulinum splendore generis in Aquitaniœ partibus nulli secundiim. [Episl. ad Sahimwi.) Baronius voudrait corriger le texte ainsi : Paulinum splendore generis nulli secundum , in Aquilaniae partibus, vendilis facullatibus, etc. — Taceamus generis nobilitatem, paternis maternisque nalalibus in senatorum purpuras rulilantem. (Uranius ad Pacalum.)