CHAPITRE TREIZIÈME
dans la liturgie chrétienne, et les motifs particuliers qui donnaient tant d'éclat à celle de saint Félix. « C'est, dit- il, pour soutenir notre foi, que tout le long de l'année, des jours ont été choisis et consacrés pour nos fêtes pieuses. » — « Comme il a semé dans le ciel les étoiles, et dans les champs les fleurs, de même Dieu a semé dans l'année les fêtes, pour que ceux dont le travail quotidien appesantit les âmes pussent, de temps en temps, excités par ces jours solennels, se relever du côté du ciel \ » Placées de distance en distance dans le cycle de l'année, ces fêtes, dit encore le poète chrétien, sont comme les cordes d'une lyre qui, touchées par l'archet divin, chantent un hymne sublime à Celui qui, créateur des êtres, les régit et les gouverne avec une merveilleuse harmonie-. Et il nomme quelques-unes des principales; ce sont celles qui se rapportent à Noire-Seigneur Jésus-Christ : Noël, l'Epiphanie, le baptême du Sauveur, son premier miracle à Cana, sa glorieuse résurrection ou la grande pâque chrétienne, et enfin l'effusion de l'Esprit divin sur le monde à la Pentecôte. On voit qu'à l'époque de saint Paulin déjà le cycle de nos fêtes est presque complet. A ces solenni-
1 Ergo velut cœlum stellis, ut floribus arva, Temporibusque annos Dominus, sic ipse diebus Tempora distinxit festis, ut pigra diurnis Ingénia obsequiis, saltem discrimine facto, Post intervallurii, reduci sollennia volo Sancta libenter agant.
[Natale xi.)
2 Ihid.
tés qui ont pour objet le Christ, l'Église a mêlé celles qui se rapportent aux saints. Des écrivains légers lui ont reproché à ce propos d'avoir remplacé pour le peuple un paganisme par un autre. C'est regarder les choses profondes d'une façon bien superficielle.
« Il y a dans le paganisme deux choses, a très bien dit M. Ozanam : il y a la fausse religion ; mais ij y a la religion même, c'est-à-dire le commerce de l'homme avec le monde invisible; par conséquent tous les moyens de fixer ce commerce sous des formes sensibles, les temples, les fêles, les symboles ». » Ceux qui nous parlent de renfermer la religion dans le sanctuaire de l'âme n'entendent rien à la nature humaine, ni à ce qui constitue la religion. Il est de l'essence de tout sentiment , et par conséquent du plus grand de tous, le sentiment religieux, de se produire au dehors. Et ces manifestations sont d'autant plus nécessaires quand il s'agit du sentiment religieux, que l'objet du culte d'une part est infini, ineffable : dans son impuissance à l'exprimer et à l'atteindre , l'homme a besoin d'emprunter à la nature toutes les richesses de son langage et de son symbolisme ; et d'autre part cet objet est invisible : on sait assez que, sans un secours extérieur, la foule des hommes, plongés de toutes parts dans la vie matérielle et naturelle, est incapable de s'élever aux choses de l'ordre intelligible et surnaturel. Si donc le christianisme ne pouvait que substituer un culte à un autre, le culte
1 Ozanam, La Civilisation au v siècle, t. I, p. 163.