‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 158 sur 186 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

du vrai Dieu à celui des fausses divinités , pourquoi n'aurait- il pas conservé de l'ancienne religion les usages qui n'étaient pas incompatibles avec les croyances nouvelles? Le paganisme avait divinisé des hommes; mais à côté d'une grande erreur il y avait une grande vérité dans le culte des héros. Que fallait -il? Retrancher l'erreur et garder la vérité. C'est ce qu'a fait l'Eglise en honorant non pas les saints comme des dieux, mais Dieu dans les saints. Et en quoi donc le culte des saints , ces héros du christianisme, contredirait-il la foi chrétienne? Estce que leur intercession nuit à celle du Christ, d'où elle tire toute sa valeur, dont elle est inséparable? Est-ce que leurs exemples, en nous montrant, par des modèles placés plus près encore de nous que luimême, comment on le peut imiter-, ne sont pas aussi consolants qu'encourageants? L'Église a donc sagement fait d'instituer les fêles des saints, de remplacer sur les autels, sans détriment de l'honneur dû au seul adorable, les fabuleux héros de la mythologie par ses héros à elle, les martyrs; et ceux qui savent combien des traditions et des souvenirs qui ont longtemps régné sur les imaginations, parce qu'ils répondaient à des besoins plus ou moins profonds de l'âme humaine, conservent d'empire, admireront avec quelle habile tolérance et quelle maternelle tendresse l'Église a traité les sectateurs grossiers du paganisme romain, en conservant dans sa liturgie tant de rites et de fêtes dont l'origine, peut-être, est païenne, mais qu'elle a christianisés et purifiés; ou

même en souffrant, jusqu'à ce qu'elle pût les déraciner sans péril, certains usages moins conformes à son esprit, mais invétérés et chers aux peuples: par exemple, ces agapes fraternelles, qui mêlaient un divertissement innocent en soi au culte des martyrs. Nous verrons Paulin lui-même réclamer centre ces banquets; mais il cherchera à en prévenir les abus; il ne les supprimera pas, quoique déjà saint Ambroise et saint Augustin eussent réussi, non sans peine, à les faire disparaître.

La pensée de l'Église sur ce point capital a été admirablement comprise et exprimée, en particulier par saint Jérôme et saint Augustin. « Nous tous, dit avec son bon sens profond le solitaire de Bethléhem, qui croyons en Jésus- Christ, nous venons de l'idolâtrie; on n'est pas chrétien par la naissance, on le devient par une renaissance. Mais parce qu'autrefois nous offrions un culte aux idoles , faut-il n'en pas offrir à Dieu, dans la crainte de le traiter comme une idole? Nous faisions cela pour des simulacres, et c'est ce qui était criminel ; nous le faisons pour les martyrs,- et c'est ce qui est légitime '. » Augustin demandait de même à Faust le manichéen : « Parce que les vestales gardent la virginité, faut-il donc que nous blâmions la chasteté de nos vierges -? » C'est le même

1 Non nascimur, sed renascimur Christiani, et quia quondam colebamus idola, nura colère Deum non debemus, ne simili eum videamur cum idolis honore venerari? Illud fiebat idolis, et idcirco delestandum erat; hoc fit martyribus, et idcirco recipiendum est. (S. Hieronymus, adversus Vigilantium.)

- Non ideo contemnenda vel detestanda est virginitas, quia et

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