CHAPITRE QUATORZIÈME
presse de dire à Sévère que s'il vient à lui reprocher ce souvenir, comme une infidélité à ses résolutions monastiques, lui-même est encore plus coupable. Sévère, en effet, avait terminé une de ses lettres, où il s'excusait de ne pas venir à Noie, par ce vers de Virgile : Vivez heureux, vous dont la destinée est accomplie \- bien plus, dans une autre lettre, il avait emprunté un mot à un prologue de Plante- : au lieu de dire simplement le foyer domestique, Sévère avait dit comme le comique : le lare familier : le païen !... On a beau être moine : quand on a été lettré, même en s'excusant de l'être, on l'est toujours.
La suite de la correspondance va nous montrer comment Sévère répondit aux reproches et à la leçon qu'il venait de recevoir. Nous allons voir apparaître aussi un nouveau et intéressant personnage qui, pendant plusieurs années , ira et reviendra d'Aquitaine en Campanie et de Campanie en Aquitaine ; et c'était un vrai moine celui-là, un disciple de saint Martin, devenu le plus cher disciple de Sévère : il s'appelait Victor.
1 Vivete felices, quibus est fortuna peracta.
{Enéide, 1. 111.) - Le prologue de rAidulaiy^e.