CHAPITRE PREMIER
s'écriait saint Jérôme, oublier les souvenirs de son enfance? J'ai la tête deux fois chauve, et cependant que de fois en dormant je crois me voir jeune homme aux longs cheveux, à la toge drapée, déclamant devant le rhéteur! » Telle fut l'éducation, toute littéraire, selon le goût du temps, que reçut le jeune Paulin, toute empreinte des souvenirs mythologiques dont étaient pleins les poètes , toute chargée des subtils procédés qui encombraient, depuis Quintilien , la rhétorique et la poétique des écoles. Il y mêla plus tard l'étude de l'histoire, de la philosophie et du droit. Il réussissait dans tous les genres ; il écrivait avec grâce; il parlait avec élégance et facilité; il faisait ingénieusement les vers et annonçait un poète; il était la gloire de Bordeaux et l'orgueil d'Ausone, qui avait pour lui toute la sollicitude d'un maître et toute la tendresse d'un père. Plus tard , en effet , nous verrons le vieux rhéteur rappeler à son élève, passé heureusement à d'autres études el à d'autres maîtres, tout ce qu'il avait fait pour lui, et Pauhn reconnaître hautement qu'il lui devait tout. Avec un tel maître cependant Paulin courait grand risque de n'être qu'un rhéteur et un poète comme Ausone. Il fut un saint. Son génie comme son âme y gagna.