CHAPITRE PREMIER
ment sévère d'un critique allemand ; versificateur habile, quoique frivole ^ On est étonné, en effet, quand on parcourt le recueil de ses œuvres, de la futilité de ces poésies, épigrammes , idylles, épilaphes de héros, centons, pièces moitié grecques, moitié latines, sermone adludo bilingui, petits vers accompagnant l'envoi de ses poésies : qu'y a-t-il là pour l'âme et pour la vie? Amusements, jeux d'esprit, tours de force, étalage d'érudition pédanlesque, littérature sans conviction, partant sans inspiration, art de visible décadence. Et c'était le plus illustre, le distributeur de la renommée, le poète aimé de la cour, Ausone, le grand Ausone. A côté des autres, il est vrai, c'est un maître; sa langue est assez pure et claire encore , et ces effets de style qu'il met à si haut prix, s'il les cherche toujours, souvent il les trouve. Était-il païen? était-il chrétien? On l'a beaucoup controversé; il était surtout littérateur, et heureux homme, tout occupé des lettres auxquelles il devait tout , et des jouissances qu'il tirait des lettres. Païen en littérature, car la mythologie était alors comme la forme obligée des lettres classiques, il ne paraît pas douteux cependant qu'il ait appartenu à la foi chrétienne, du moins à la fin de sa vie. Il professe expressément la foi au Christ - ; il nomme la Trinité, la plaçant , il est vrai , ,en
t Versificaloris nomen ei concesseris, non poetae; sunt omnino parva poemata, effusa verius quam elaborala (Heync, professeur à l'Université de Gœtlingue, Academica , vi.)
- Lettre xxiii à Paulin. — Sa prière dans VEphemeri.'.
18 niSTOIRK DE SAINT PAULIN DE ^OLE
étrange compagnie ' ; il se préoccupe de la fête de Pâques qui approche -, il a une chapelle domestique, il fréquente l'église du village voisin ^ Chrétien donc, mais surtout homme de lettres et homme du monde; au demeurant, et dans la vie privée, homme estimable, bon père, bon fils, ami fidèle, et qui devait bien quelque reconnaissance à ces Muses qui l'avaient si libéralement récompensé ^
Ce que l'on enseignait alors dans les écoles sous les noms de grammaire et de rhétorique, c'était tout l'ensemble des études littéraires. « Les rhéteurs tantôt récitaient et lisaient des déclamations sur un sujet historique, mythologique ou d'invention; tantôt instruisaient les jeunes gens qui se destinaient au barreau ou à la tribune, tant qu'il y eut une tribune. Les grammairiens expliquaient, commentaient les auteurs, dissertaient sur leurs beautés, et s'efforçaient d'enseigner aux autres et de parvenir euxmêmes à reproduire ces beautés \ » — « Qui peut,
' Dans son poème intitulé le Gryphe.
- Instantis quia nos revocant solemnia Paschœ. (Epist. ad Pauîum.) 3 Celebrique frequens Ecclesia vico. (Epist. xxui , ad Paidi-
•* Les arguments eu faveur du clirislianisme ifAusone ont été rassemblés dans VHistoire -lillcraire de France, t. I, partie 2, p. 288, 2S9. Voir aussi M. Ampère, Histoire litléraire, etc., t. I, c. VI. L'opinion contraire a été soutenue par M. de la Bastie , dans les Mémoire de rAcadémie des inscriptions, t. XV, p. 12^1,
= Ampère, Histoire littéraire de la France avant Charlemaçjne. t. I, c. I.