CHAPITRE DEUXIÈME
mencer sérieusement son éducation. Valentinien aimait les lettres ; il regarda naturellement vers les maîtres illustres qui occupaient alors les chaires fameuses; la renommée d'Ausone le désignait à son choix; Ausone devint précepteur du jeune Auguste. Devenir précepteur d'un prince était une fortune ordinaire aux rhéteurs : Sénèque, Fronton et Laclance l'avaient été. N'allait-on pas voir bientôt la pourpre impériale elle-même jetée par Arbogast sur les épaules du rhéteur Eugène, et un petit- fils du grand Théodose faire asseoir à ses côtés sur le trône de Constantinople la fille d'un rhéteur athénien , la belle Athénaïs, la célèbre impératrice Eudoxie? Telle est la grande place que les grammairiens et les rhéteurs tiennent dans la société du iv^ siècle : ils sont partout, jusque sur le trône.
Ausone quitta donc Bordeaux pour Trêves et Milan, et les écoles pour la cour. L'heureux rhéteur eut là, de 367 à 375, où, Valentinien étant mort au cours d'une expédition contre les barbares, Gratien, âgé à peine de dix- sept ans, lui succéda, et jusqu'à la mort de Gratien lui-même, en 383, seize années de haute faveur, pendant lesquelles il fut un des personnages importants de l'empire. L'éducation qu'il donna à Gratien, à en juger par ses habitudes d'esprit, et par les divertissements poétiques, plus que légers, da rhéteur avec l'empereur Valentinien luimême, était-elle propre à faire un empereur? Était-ce assez que de polir son langage et de le former à l'art de bien dire? Mais Gratien ne contracta pas seule-
22 HISTOIRE DE SAI.NT PAULIN Db NOLE
ment à l'école d'Ausone le goût des lettres : nature tendre, honnête, élevée, il développa, sous l'influence du maître de Paulin, des qualités d'âme et de cœur précieuses dans un souverain, et qui, s'il s'y fût joint un caractère plus ferme et une activité plus laborieuse, auraient pu faire de son règne, trop tôt interrompu par une mort tragique, une époque heureuse pour l'Église et pour le monde. Il est vrai que le jeune prince devait subir une autre influence et entendre une autre parole : Ambroise allait être élu archevêque de Milan.
Cependant, après le départ de son maître Ausone, que faisait à Bordeaux Paulin, âgé seulement de quinze ans? Il complétait son éducation littéraire, nous l'avons dit, par l'étude de la philosophie, qui s'enseignait aussi dans les écoles de Bordeaux, surtout la philosophie platonicienne, dogma plalonicum, comme dit Ausone S et par l'étude indispensable du droit. Puis il parut au barreau , et s'y fit promptement une réputation d'éloquence". En même temps il donnait carrière à son talent poétique, et composait des vers qu'il envoyait à Ausone, et qui ravis-
1 De Professoribus Burdigalensibtis.
2 Epist. V, ad S'cverum. On a prétendu , sur deux textes mal compris, qu'il avait peu étudié l'histoire et la géographie. Une critique plus attentive a fait justice dé ces allégations. Nous le verrons composer un poème historique ; de plus , Sulpice Sévère le consultera sur son Histoire universelle. Et quant à sa prétendue erreur géographique, le docteur Busé (page 398) prouve qu'il n'est pas même besoin de recourir, avec Pagi, à une faute de copiste pour l'en laver.