CHAPITRE DEUXIÈME
saient le vieux rhéteur. Ausone, à la cour impériale, versifiait lui-même incessamment , et ajoutait chaque jour à sa renommée poétique; il faisait des vers sur les incidents du jour, de spirituels impromptus ; il décrivait le cours gracieux de la Moselle, où l'avait conduit à la suite de l'empereur une expédition contre les barbares. Est-ce dès lors, est-ce seulement à Rome, que Paulin concourut à ces combats d'éloquence et de poésie si en vogue dans l'empire % et où le vainqueur recevait entre autres récompenses une palme très simple, ou, ce qui était un plus grand honneur, ornée de bandelettes - ? On ne peut le déterminer. Ce qui est certain , c'est qu'il fut vainqueur dans ces jeux, et avec plus de gloire qu'Ausone luimême, qui ne remporta jamais que la palme simple, tandis que son élève gagna l'autre palme; c'est ce qu'un vers d' Ausone 'nous apprend explicitement:
« Et la palme poétique dont tu es honoré est ornée de ces bandelettes qui manquent à la mienne '. »
« Ces combats poétiques, dit M. Ozanam, se perpétuèrent longtemps à Rome, jusques après les in-
' Chaque année, une i'oule d'orateurs des provinces transalpines se rendaient à Lugdunum au concours de l'autel d'Auguste, et, pour y faire briller leur ingénieuse facilité, se résignaient aux lois bizarres imposées par Caligula. i> (Amédée Thierry, Histoire des Gaulois, etc., t. III, p. 322.)
- Eran premide' vincitori le palme, aile quali se aggungevansi alcune colorate fasce, o fiocchi, lemniscate palme appellavansi, ed eran délie semplici molto più pregevoli. (Remondini, t. II, p. 16.)
3 Et quœ jamdudum tibi palma poetica poUel
Lemnisco ornata est, quo mea palma caret.
Aus. Epirit. XX, ad Paulinum.
vasions, et Forlunat parle encore des lectures publiques qui se faisaient au forum de Trajan ; les poètes du temps y trouvaient un auditoire, et s'y livraient à ces combats littéraires dont le vainqueur, couronné par les magistrats, était promené en triomphe dans les rues couvertes de tapis d'or^ »
Ce qui n'est pas douteux non plus, c'est que la jeune ambition de Paulin, éveillée par ses succès et par la fortune de son maître, le fît accourir de bonne heure, des rivages de l'Occident, vers Rome et la riante Italie :
Nam puer occiduis Gallorum advectus ab oris 2,
dit -il lui-même. Tout, à Rome, favorisait cette ambition, et sa haute origine, et son immense fortune, et ses puissants protecteurs, et sa naissante renommée. On ignore en quelle année mourut son père. Paulin ne quitta -t- il l'Aquitaine qu'après ce deuil ? Ou bien la subite élévation de Gratien à l'empire , en portant plus haut encore la fortune d'Ausone , fut- elle le signal que son impatience attendait? Quoi qu'il en soit, vers la fin de l'an 375, Valentinien mourut subitement dans une expédition
' La Civilisation au v siècle, t. II.
Vix modo lam nitido pomposa poemata cultii
Audit Trajono Roma verenda foro.
Quod si taie decus récitasses aura senalus,
Stravissent plantis aurea fila luis; Per loca, per populos, per compila cuncla videres Currere versiculos plèbe favenle luos.
(Venantius Forlunat., cannen 111.) - Natale xiii.