‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 28 sur 186 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

vant eux tous les autres : ce sont les Huns , à la tête desquels sera bientôt Attila. Ils poussent les Goths; ceux-ci débordent par-dessus le Danube sur l'empire d'Orient. Bientôt tous les peuples de la Germanie se mettront en marche vers la Gaule et vers l'Italie; la lutte suprême et décisive entre la civilisation romaine et la barbarie va commencer. Pressés donc par les barbares de la Scythie, les Goths avaient demandé à l'empereur d'Orient l'autorisation de passer le Danube, et de s'établir pacifiquement sur les terres de l'empire. Valens fît l'imprudence d'y consentir. Bientôt , s'apercevant de la faute qu'il avait commise , il chercha à la réparer par les armes , et il demanda le secours de Gratien. Celui-ci se mit en roule à la tête d'une armée; mais au lieu de l'attendre, Valens engagea prématurément la bataille près d'Andrinople , et périt misérablement dans l'immense désastre qui s'ensuivit, le 19 août de l'an 378. Ce fut à Sirmium que Gratien apprit la foudroyante nouvelle. Resté seul maître du monde après cette catastrophe, et sentant sa jeunesse ployer sous un tel fardeau, il eut la généreuse pensée de rappeler de l'Espagne, où il s'était volontairement exilé, un jeune homme de génie, Théodose, dont il avait, au début de son règne, condamné à mort le glorieux père sur de faux soupçons, et de lui remettre l'Orient. Cette inspiration sauva pour quelques années l'empire. C'est pendant qu'Ausone savait Gratien tout occupé à Sirmium de ces graves soucis, qu'il reçut à Trêves

28 IllSTOlIilî DE SAINT PAULIN DK NOI.li

une lellrc impériale lui annonçant, dans les termes les plus flatteurs, qu'il était désigné consul pour l'année suivante. « Je cherche à vous payer ma dette, disait Gratien, mais je vous suis encore redevable. » 11 lui envoyait en même temps le manteau consulaire'. Le jeune prince eût souhaité ardemment de présider la cérémonie où son maître allait être revêtu de ce manteau dos consuls; mais il fut retenu sur les bords du Danube par la lutte vigoureuse qu'il livrait aux barbares. Il voulut assister du moins à sa sortie du consulat, et revint du fond de la Pannonie à Trêves avec une promptitude incroyable, pour honorer les fêtes de sa présence. Ausone put étaler toute sa rhétorique pour le remercier de l'avoir élevé d'une si modeste profession , ex qua mediocritate, à ce comble des honneurs'. Mais dans cette haute fortune il n'avait pas oublié ses amis, et Paulin moins qu'aucun autre.

De très bonne heure donc, lui-même d'ailleurs l'a dit formellement, Paulin entra dans la carrière des honneurs; et il obtint les dignités, préliminaires du consulat : dès 372, gouverneur de l'Albanie et de l'Épire, édile en 378, préteur ou préfet de Rome en 380. C'est du moins ce qu'on a conjecturé, non sans vraisemblance, de plusieurs textes des lois con-

1 Ce manteau était le même dont les empereurs se servaient à la cérémonie de leur triomphe, et celui-là avait été porté par Constance. (Augustin Thierry, d'Ausone et de la litlératiore dans les Gaules au iv" siècle.)

- Graliarum actiones pro consalalu; œuvre de rhétorique élégante, mais pauvrement adulatrice.

CUAPITRE DEUXIÈME 29

temporaines, où son nom se trouve inscrit ', Mais, ce qui ne fait aucun doute, c'est 'qu'il fut admis au sénat, et qu'il en fut l'ornement et la gloire. Tous les témoignages l'attestent: Ausone , saint Ambroise, saint Jérôme, Gassiodore. Ausone l'appelle « la colonne du sénat- ». Saint Ambroise le louo « d'avoir abandonné le sénat pour l'Église' ». — « Soyez, lui écrivait saint Jérôme, aussi éminent dans l'Église que vous l'avez été au sénats « — « De sénateur il

• Un rescrit du Code Théodosien daté du v^ consulat de Gralien et de celui de Théodose, de l'an 380 par conséquent, est adressé, selon Baronius, Sacchini et Chifflet [Paulinus illuslratus, p. II, c. Il), au préteur urbain Paulin. Le P. Chifflet ayant remarqué en outre que l'édilité précédait de deux ans la préture, en a conclu que Paulin avait été édile en 378. Par une induction (le même nature et de même valeur, Lebrun suppose qu'il fut préleur de l'Albanie ou de l'Epire en 372, âgé de dix-neuf à vingt ans. (S. Paulini vita, c. m, n. 2.) Rien ne démontre toutefois que le Paulin en question ici soit l'élève d'Ausone, et en tout cas, comme l'observe justement Muratori, ce n'est pas d'un préleur urbain, mais d'un préfet de Rome qu'il s'agit dans le rescrit de 380. — Legum harum inscriptiones ita sunt conceptse: ad Paulinum P. V., quœ verba etiam minus eruditi Prxfectum Urbi interpretantur, non vero Prselorem Urbis. (Muratori, disscrt. X.) C'est pourquoi Lebrun, qui, comme Chifflet, appliquée Paulin ce rescril, en fait un préfet de Rome. [S. Paulini Vita, c. m, n° 2.) Nous ne donnons tout ceci que comme des conjectures; et nous ferons même observer que ce qui oblige encore à ne les donner que comme telles, c'est que, comme nous le dirons et comme le remarque Borghesi {Œuvres complètes, t. Vlll, p. 218), Paulin avait un frère; il dit même deux, adoptant, de confiance peut-être, l'opinion de Remondini.

- Columenque senatus. {Ad Paulinum, Epist. xxv.)

3 Migravisse a senatu. — Epist. ad Sabinum.

^ Nobilem te Ecclesia habeat, ut prius senatus habuit. (Epist. ad Paulinum , la xlix= de l'édition bénédictine.)

30 niSTOlRE DE SAINT PAULIN DE NOLE

se fit prêtre \ » a écrit Gassiodore. D'ailleurs, Paulin lui-mômc l'atteste fûrrrîellemcnt :

« Étai^-jc aussi heureux quand j'étais décore du titre de sénateur -? »

Il n'est pas moins certain qu'il parvint à la dignité de consul ^ Ausone dit formellement que le nom de Paulin a été écrit dans les fastes, et même avant»le sien ; d'où il suivrait que le consulat de Paulin aurait précédé celui d'Ausone.

« Tu fus inscrit avant moi dans les fastes , et ta chaise curule à Rome a précédé la mienne ^ »

Il dit ailleurs que Paulin a porté comme lui-même la pourpre sacrée de Quirinus, et la robe consulaire :

« Paulin et Ausone , hommes qu'a revêtus la pourpre sacrée de Quirinus, et la trabée dorée ^ »

Et il s'indignera, nous le verrons, de ce que son

1 Ex senalore presbyterum. {De Insl. div. Script, lib. 1, cap.

Page 1