CHAPITRE DIUXIÈME
contre les barbares, et Gralien, qui lui succéda, partagea immédiatement l'empire d'Occident avec son jeune frère Valentinien, fils d'une autre mère, l'impératrice arienne Justine, fameuse plus tard par ses démêlés avec saint Ambroise. Mais Valentinien n'étant encore qu'un enfant de quatre ans , le véritable empereur d'Occident ce fut Gratien, à peine adolescent lui-même, ainsi que nous l'avons dit. Il se montra reconnaissant, et combla de ses faveurs son maître, déjà comle du palais, et toute la ■ famille de son maître. Il l'honora à deux reprises différentes de la questure, charge de cour qui ne conservait de l'ancienne magistrature queslurale que le nom, mais qui rendait celui qui en était revêtu l'arbitre des faveurs du prince. A ces honneurs Gralien ajouta, en 377, la préfecture d'Italie et d'Afrique; en 378, celle des Gaules '. Mais le vieux rhéteur, peu l'ait aux affaires, ne voulant pas d'ailleurs se séparer de son élève, ni l'élève de son maître, par une nouvelle délicatesse Son fils lui fut associé dans cette charge. Tant de faveurs ne suffisaient pas encore à
' M. Augustin Thierry, d'Ausone et de la lilicrature dans les Gaules au iv= siècle. — Le litre de préfet d'Iilyrie fut donné à son vieux père, qui mourut un an après, âgé de quatre-vingtdix ans. Ausone avait un fils nommé Hespérius (qui fut père lui-même d'un Paulin, célèbre par ses malheurs et par sa conversion; poète aussi comme son grand-père; auteur de l'iTMc/iaristicon), et une fille mariée à un Thalassius. Son fils fut nommé vicaire des préfets de Macédoine, et presque aussitôt proconsul d'Afrique; puis, ayant été associé à son père dans la préfecture des Gaules, son beau-frère Thalassius le remplaça dans le proconsulat d'Afrique.
l'ambitieux rhéteur : il aspirait au suprême honneur du consulat. Il l'obtint, et dans des circonstances solennelles qui en rehaussèrent encore à ses yeux le prix. Des terreurs inaccoutumées étaient venues fondre sur l'empire. Les barbares arrivaient. En vain Ausone les traitait- il, dans ses vers, comme les beaux esprits de la Rome païenne , dans leurs banquets philosophiques, affectaient de traiter le christianisme , en feignant de l'ignorer ^ ; ils approchaient, leur heure était venue. « D'abord victimes obscures et prisonniers dédaignés des premiers Césars, puis auxiliaires tour à tour recherchés et redoutés, puis adversaires irrésistibles , enfin vainqueurs et maîtres de l'empire humilié, ils arrivent, dit M. de Montalembert, non comme un torrent qui passe, mais comme une marée qui avance, recule, revient et demeure maîtresse du sol envahi. Ils avancent, se retirent, reviennent, restent et triomphent. Ceux qui auraient envie de s'arrêter et de s'entendre avec les Romains effrayés sont tour à tour poussés, dépassés, surmontés par le flot qui les suit^ » Tel est bien le caractère de la grande invasion qui se préparait. Par delà tous ces barbares qui frémissent depuis trois siècles derrière le Rhin et le Danube, et que jusqu'ici les armes et la politique de Rome ont pu contenir, en voici d'autres plus formidables qu'on n'a pas vus encore, qui, des extrémités de l'Europe et de l'Asie, s'ébranlent et poussent irrésistiblement de-
^ Les Saturnalia de Macrobe sont un monument de ce dédain. - Les Moines d'Occident, t. I.